Le taux d’intérêt à 10 ans aux Etats-Unis oscille dans la période récente entre 4 et 4,2 %, celui de l’Allemagne entre 2,8 et 2,9 %, celui de la France entre 3,3 et 3,5 %, celui du Japon entre 2,1 et 2,3 %. Depuis l’automne 2025, les taux d’intérêt à long terme aux Etats-Unis et dans la zone euro sont assez stables. Ils ont même baissé au Japon. Les investisseurs semblent ne pas s’inquiéter du niveau des dettes publiques. Ils estiment que les Etats-Unis pourront faire face à leurs échéances et qu’ils pourront toujours attirer des capitaux de non-résidents sur le marché des Treasuries. Ils pensent que la BCE interviendra en cas de tensions majeures sur le front obligataire. Enfin, ils tiennent pour acquis que le Japon dispose d’une réserve d’épargne suffisante pour financer les besoins de financement élevés de l’État. Compte tenu du contexte économique et financier, les investisseurs font-ils preuve d’un excès de confiance ?
Le taux d’endettement public de l’Allemagne est de 64,4 % en 2025 et devrait augmenter à 73,6 % du PIB en 2030 avec la hausse des investissements publics en infrastructures et celle des dépenses militaires. L’endettement public représente 220 % du PIB au Japon et 116 % en France ou aux Etats-Unis. Le poids de la dette publique ne peut que progresser dans les prochaines années en raison de la persistance de déficits élevés. Le déficit devrait, en 2026, aux Etats-Unis, dépasser 6 % et 5 % en France. Au Japon, il devrait se situer entre 3 à 4 % du PIB au Japon compte tenu du programme de relance en cours de préparation. En Allemagne, il devrait atteindre, cette année 4,5 %.
La France, le mauvais élève ?
Les taux d’intérêt sont globalement stables ces derniers mois. Le taux d’intérêt réel à 10 ans est ainsi inférieur à la croissance en volume aux Etats-Unis et au Japon, voisin de la croissance en volume attendue en 2026 en Allemagne. Seule la France a un taux d’intérêt réel à long terme supérieur au taux de croissance en raison d’une faible inflation. Ses taux d’intérêt à long terme se déterminent par rapport au taux moyen de la zone euro.
Les investisseurs suivent non pas le niveau d’endettement public pour le moment mais l’inflation. La guerre en Iran avec le blocage du Detroit d’Ormuz fait craindre la survenue d’une nouvelle vague inflationniste. Le prix du baril de pétrole a augmenté en moins d’une semaine 15 % et a franchi la barre des 80 dollars (baril de Brent) et celui du gaz a doublé. Par crainte de l’inflation, les taux des obligations d’Etat de la zone euro ont augmenté de 70 points de base en une semaine.
Au-delà de ce contexte à nouveau inflationniste, les investisseurs pensent que les Etats-Unis pourront toujours attirer des investisseurs vers le marché des Treasuries en raison du rôle central de ce marché, de l’absence d’actif sans risque alternatif. Depuis 2010, la détention de Treasuries américains par les non-résidents est en constante augmentation. Elle a doublé pour atteindre plus de 9000 milliards de dollars. Les investisseurs considèrent que la Banque centrale européenne n’acceptera pas une crise de la dette publique au sein de la zone euro par crainte d’une implosion de celle-ci. Ils estiment qu’elle interviendrait en achetant la dette publique du pays en difficulté pour éviter une crise et un risque de défaut. Un défaut sur la dette publique d’un Etats membre entraînerait, en effet, une perte de confiance sur tous les actifs financiers en euros et constituerait un choc systémique. Si le pays concerné était un Etat de grande taille comme la France ou l’Italie, le risque serait évidemment encore plus marqué. Le Japon, de son côté, peut compter sur le taux élevé de ses ménages, les excédents de la balance des paiements et sur une réserve de capital investie à l’étranger qui le met à l’abri d’une crise de la dette publique. Les avoirs nets investis à l’étranger représentent 80 % du PIB en 2025, contre 55 % en 2010.

La BCE et la FED, les socles de la confiance
L’absence d’inquiétude des investisseurs semble raisonnable en ce qui concerne les grands pays de la zone euro. Si un de ces pays rencontrait des difficultés de financement de sa dette publique, la BCE interviendrait et il ne s’agirait que d’un pays, pas de l’ensemble des pays de la zone euro. Les Etats-Unis ont le devoir de conserver leur rôle de valeur refuge et maintenir un haut niveau du capital investi pour attirer les capitaux du monde entier. La meilleure rémunération des placements au Japon pourrait conduire à un retrait de capitaux des Etats-Unis. Cette situation devrait conduire Donald Trump à la prudence, ce qui n’est pas en soi une évidence…
Auteur/Autrice
- Voir toutes les publications
Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.























