Dans un contexte régional très tendu, la situation sécuritaire en Israël reste préoccupante. Les Français résidant sur place, confrontés à des alertes et à une adaptation de leur quotidien, surveillent de près l’évolution du conflit ainsi que les mesures prises par les autorités israéliennes et françaises. Pour en parler avec nous, Lesfrancais.press reçoit Daphna Poznanski‑Benhamou conseillère des Français établis en Israël et membre de l’AFE. Pour l’élue consulaire : « entre deux missiles, il y a une vie ».
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A Tel Aviv, un quotidien rythmé par les alertes et les abris
Depuis Tel Aviv, Daphna Poznanski‑Benhamou, conseillère des Français établis en Israël et membre de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), décrit un quotidien profondément bouleversé par l’escalade militaire dans la région. Les alertes rythment désormais les journées comme les nuits. « C’est d’abord le bruit du pivert sur tous les portables pour vous dire qu’il va y avoir une alerte », explique-t-elle. Quelques secondes plus tard, une sirène stridente retentit : « vous savez que ce n’est pas du faux, (…) et il faut y aller » partage-t-elle.
« C’est tombé juste à côté de la maison. Il y a un couple qui a été tué (…) il ne s’était pas réfugié dans l’abri. »
Daphna Poznanski Benhamou, conseillère des Français établis en Israël et membre de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE)
Face à la menace, les habitants doivent rejoindre au plus vite les abris. Israël dispose de plusieurs dispositifs de protection : les mamad (pièces blindées dans les logements récents) et les miklat, abris collectifs en sous-sol. Mais malgré ces infrastructures, le danger reste bien réel. L’élue consulaire évoque notamment une nuit particulièrement marquante : « c’est tombé juste à côté de la maison. Il y a un couple qui a été tué (…) il ne s’était pas réfugié dans l’abri », informe-t-elle. Notons également qu’aujourd’hui environ 40% d’habitants d’Israël n’ont pas d’abris, les municipalités en mettent alors à leur disposition.
Fatigue et adaptation : une nouvelle normalité
Au fil des jours, la fatigue s’installe. Le manque de sommeil et la tension permanente affectent les habitants, y compris les Français expatriés. « On a l’air de zombie le matin », confie Daphna Poznanski‑Benhamou. « La journée et la nuit sont difficiles (…) ça finit vraiment par avoir une incidence ». Le quotidien est également perturbé par la fermeture des écoles, obligeant les familles à s’organiser autrement. Si le télétravail est largement répandu, notamment dans le secteur de la high-tech, il complique la gestion familiale.

Malgré tout, une forme d’adaptation s’installe. « Ce qui est anormal devient la norme », observe-t-elle. Dans ce contexte, la solidarité joue un rôle central : « il y a une immense solidarité […] tout le monde fait attention à tout le monde ». Les Français d’Israël partagent cet état d’esprit avec la population locale : « ils ont la même résilience », souligne-t-elle.
Des zones floues sur les évacuations des Français d’Israël
Parmi les préoccupations majeures figure la question des rapatriements et des Français de passage. La conseillère fait état de nombreuses interrogations, notamment concernant les touristes et les personnes vulnérables. Notre invitée nous a informés que les autorités françaises ont organisé trois vols d’aide au retour pour les touristes français, et que la priorité a été donnée aux cas médicaux graves et aux situations humanitaires. Ainsi plus de 500 touristes français ont été évacués. Les Français d’Israël souhaitant voyager doivent consulter les sites des compagnies aériennes israéliennes EL AL, Israir, Arkia, Air Haïfa..
« On surmontera cela aussi […] ensemble »
Daphna Poznanski Benhamou, conseillère des Français établis en Israël et membre de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE)
Au cours de notre interview, elle mentionne cependant encore des témoignages « des gens (…) malades qui n’ont pas encore été rappelés », malgré leur inscription sur les dispositifs officiels comme le fil d’Ariane. Face à ces incertitudes, elle promet de poursuivre ses démarches auprès des autorités Françaises, ambassade et consulat. D’ailleurs a-t-elle rajouté, les services consulaires de Matthieu Clouvel « notre excellent Consul Général à Tel Aviv, » continuent de fonctionner de 10h00 à 15h30. Ils ont aidé plus de 5000 Français à partir par les voies terrestres, essentiellement par l’Égypte via Sharm El Sheikh et Taba.
Démarches consulaires et administratives : Certificats de vie, résidence de repli et élections
La crise impacte également les démarches administratives. Dès le début du mois de mars, Daphna Poznanski‑Benhamou a alerté les autorités françaises sur les difficultés rencontrées par les retraités. Dans cette situation de conflit, ces derniers «ne pouvaient pas envoyer […] leur certificat de vie » et donc ne pas toucher leur pension, explique-t-elle. Par son action, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a apporté une réponse rapide. Les retraités bénéficient désormais d’un délai supplémentaire pour fournir ce document.

Autre avancée notable, celle de l’extension du dispositif de résidence de repli pour les Français d’Israël. « Pour 2026, ils seront concernés », précise-t-elle, évoquant l’intégration de son pays de résidence dans ce mécanisme permettant des facilités pour les Français contraints de rejoindre leur habitation en France. La Ministre déléguée aux Français de l’étranger, Éléonore Caroit, a remis officiellement à notre invité ce texte (Arrêté du 25 février 2026 publié au Journal Officiel).
« Pour les élections consulaires, dans tous les locaux (bureaux de vote) il y aura un abri »
Daphna Poznanski Benhamou, conseillère des Français établis en Israël et membre de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE)
Également en cours de discussion, la question de l’organisation des élections consulaires se pose. Elles sont prévues à l’urne pour le 31 mai 2026. Malgré le contexte, tout est mis en œuvre pour maintenir le scrutin explique notre invitée. Avec le consul général les contraintes ont été, semble-t-il, anticipées : « dans tous les locaux (bureaux de vote), il y aura un abri ». Le vote en ligne sera également proposé, bien que des difficultés techniques soient redoutées.
Dans ce climat tendu, et cette guerre avec l’Iran, la résilience reste le fil conducteur. Daphna Poznanski‑Benhamou évoque ses mots qui l’avaient déjà marqué en 1991 et qui est complété depuis par cette notion de collectif : « On surmontera cela aussi […] ensemble ». Un message qui prend tout son sens au regard des scènes de vie observées au cœur de la crise, Elle raconte notamment : « entre deux missiles, il y a une vie ».
Et même des projets : « il y avait 50 Français juifs qui ont fait leur Alyah cette nuit ». À Tel Aviv comme ailleurs en Israël, les expatriés composent avec l’incertitude, entre vigilance permanente et volonté de continuer à vivre. Dans un contexte sécuritaire instable, la communauté Française d’Israël (environ 300.000 personnes) s’appuie sur une solidarité forte et une capacité d’adaptation devenue essentielle.
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Jérémy Michel est rédacteur en chef adjoint du média Lesfrancais.press. Il est également coach en développement personnel et formateur en communication. Jérémy a auparavant travaillé au sein de diverses institutions politiques françaises et européennes. Il a aussi été en charge des affaires publiques d’un grand groupe spécialisé dans la santé.























