Pour les milliers de Français installés entre le Golfe et le Levant, la question de la mobilité des capitaux est devenue, en quelques semaines, un enjeu de sécurité quotidien. Alors que la région traverse une zone de fortes turbulences, comprendre l’évolution des infrastructures financières est essentiel pour protéger son patrimoine. Vous êtes expatrié(e) dans un des pays impliqués dans la nouvelle guerre du Golfe ? On fait le point sur la sécurité des actifs bancaires.
Un hub financier mondial
Avant l’escalade des tensions, la région du Golfe était un pilier de la finance internationale. Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït abritaient une concentration exceptionnelle de fortunes privées et d’investissements internationaux. Selon les dernières analyses, ces pays attiraient des millions d’expatriés, dont de nombreux Français, grâce à des régimes fiscaux avantageux, une stabilité économique relative et des infrastructures bancaires modernes. Les marchés financiers de Dubaï, Abu Dhabi, Riyad et Doha étaient des plaques tournantes pour les transactions internationales, avec des volumes d’échanges en constante croissance, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’immobilier et des nouvelles technologies.
Les Émirats arabes unis, par exemple, se distinguaient par une adoption massive des cryptomonnaies et une digitalisation accélérée des paiements, tandis que l’Arabie saoudite et le Qatar misaient sur des émissions record de sukuk (obligations islamiques) pour financer leurs mégaprojets. La région était aussi un carrefour pour les échanges commerciaux, avec des flux constants de capitaux entre les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et le reste du monde.
Cybersécurité et résilience
Le conflit a introduit des vulnérabilités physiques là où l’on ne percevait que de l’immatériel. Le passage d’une guerre hybride à des frappes cinétiques a changé la donne pour la sécurité des avoirs.
En effet, pour la première fois en mars 2026, des infrastructures cloud (hyperscalers) aux Émirats et au Bahreïn ont été touchées par des débris ou des frappes de drones. En conséquence, si vos données bancaires sont répliquées sur plusieurs zones géographiques (elles ne sont donc pas perdues), la destruction physique d’un data center local peut entraîner des interruptions temporaires d’accès aux services de banque en ligne et aux applications mobiles.
Car il ne faut pas négliger les risques liés aux capacités de communications dont les câbles sous-marins. Le détroit d’Ormuz et la mer Rouge sont des points de passage critiques pour les câbles de fibre optique reliant l’Europe à l’Asie. Les sabotages récents ont montré que 20 % à 25 % du trafic internet peut être ralenti instantanément, impactant la vitesse d’exécution des ordres de bourse ou des virements internationaux SWIFT.
Pour contrer ces risques, les banques centrales de la région (CBUAE aux Émirats, SAMA en Arabie Saoudite) ont activé des protocoles de continuité :
- Cloud souverain : Migration des données critiques vers des serveurs hautement sécurisés et enterrés.
- Redondance satellite : Utilisation de systèmes comme Starlink ou des satellites gouvernementaux pour maintenir les transactions interbancaires en cas de coupure des câbles terrestres.
Contrôle des changes et restrictions financières
Évidemment, la situation sur le terrain provoque des freins à la circulation de l’argent qui n’est plus aussi fluide qu’auparavant. Plusieurs pays ont dû adapter leur cadre réglementaire pour éviter la fuite des capitaux ou l’asphyxie monétaire.
Au Liban, le pays reste dans une situation de blocage quasi total des dépôts bancaires, avec une économie largement « cash » et dollarisée. Même son voisin, Israël vit une période de pic de tension. La Banque d’Israël surveille étroitement les sorties de devises pour soutenir le Shekel. Des limitations temporaires sur les gros virements sortants peuvent apparaître.
Tandis qu’au Koweït comme à Oman, bien que les monnaies restent stables, une surveillance accrue sur l’origine des fonds et le volume des transactions numériques a été instaurée pour prévenir le financement lié au conflit.
Enfin, la plupart des juridictions ont réduit les plafonds de retrait d’espèces aux distributeurs pour éviter les « bank runs » (ruées bancaires) en cas d’alerte. Parallèlement, le volume des paiements mobiles est encouragé, mais les transactions vers l’étranger (notamment vers la France) subissent des délais de conformité (compliance) plus longs : ce qui prenait 24h peut désormais prendre 5 à 7 jours ouvrés.
Les conseils des experts pour les expatriés
Pour sécuriser leurs actifs dans ce contexte, les expatriés français sont invités, par les experts bancaires, à :
- Diversifier leurs comptes : Répartir les fonds entre plusieurs banques et pays, en privilégiant les établissements dotés de solides protocoles de cybersécurité. Pour cela, il est conseillé, afin de pouvoir ouvrir rapidement un compte, de privilégier les établissements spécialisés comme France Pay ou la banque Transatlantique ;
- Privilégier les actifs numériques sécurisés : Utiliser des portefeuilles électroniques ou des monnaies digitales (comme le dirham numérique émirati) pour limiter les risques liés aux restrictions sur les espèces
- Se tenir informé des évolutions réglementaires : Suivre les annonces des autorités locales et consulter régulièrement les conseils des ambassades.
- Anticiper les blocages : Prévoir des solutions de repli pour les transferts (virements SWIFT, plateformes spécialisées) et éviter de concentrer ses liquidités dans une seule devise ou institution

En conclusion, si la région du Golfe reste un acteur clé de la finance mondiale, le conflit actuel impose une vigilance accrue. Les Français de l’étranger doivent adapter leur gestion financière à un environnement en rapide mutation, en combinant prudence, diversification et utilisation des outils numériques sécurisés.
Auteur/Autrice
- Voir toutes les publications
Directeur de publication et rédacteur en chef du site lesfrancais.press























