Ouvrir ou conserver un compte bancaire en France quand on vit à l’étranger relève aujourd’hui d’un parcours du combattant. Entre fermetures massives de comptes par les banques traditionnelles, complexité administrative et droits mal appliqués, les Français de l’étranger se heurtent à un système bancaire de plus en plus restrictif. Pourtant, la loi française prévoit un « droit au compte » pour garantir l’accès aux services bancaires de base. Mais dans les faits, ce dispositif est-il vraiment efficace ? Quelles solutions concrètes existent pour contourner ces blocages ?
Une vague de "divorces" bancaires forcés
La tendance n’est plus à l’accompagnement des clients mobiles, mais au désengagement. De nombreux Français de l’étranger reçoivent aujourd’hui des courriers laconiques les informant de la clôture de leur compte sous soixante jours, souvent sans la moindre explication.
Comme le soulignait déjà BFMTV dès 2021, les banques traditionnelles (Société Générale, BNP Paribas, CIC, etc.) justifient ces fermetures par une « politique commerciale » ou des « contraintes réglementaires ». En réalité, le coût de la conformité est devenu prohibitif. Les banques doivent répondre à des exigences de plus en plus strictes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent (LCB-FT) et de transparence fiscale (normes CRS et surtout FATCA pour les résidents aux États-Unis).
« J’ai vécu en Asie pendant 10 ans avec un compte BNP Paribas. En 2023, j’ai reçu un mail m’informant que mon compte était fermé pour “raisons réglementaires”. Impossible de récupérer mes économies sans compte ! »
Pierre, expatrié en Thaïlande
Pour un établissement, gérer un client résidant au fin fond de l’Asie ou en Amérique du Nord représente un risque juridique et un coût de traitement administratif bien supérieur à ce que rapporte un compte courant classique. Résultat : plutôt que de gérer la complexité, les banques préfèrent « purger » leurs fichiers de clients non-résidents, jugés peu rentables et trop risqués.
Des exemples concrets :
- Crédit Agricole et BNP Paribas ont été pointées du doigt pour des fermetures massives de comptes de non-résidents, parfois sans préavis. Même si la BNP se défend en communiquant sur une branche dédiée, elle limite la capacité d’accueil à ceux qui sont expatriés, conservant des actifs en France ou ayant une date de retour définie.
- La Banque Postale a aussi durci ses critères, exigeant par exemple des visites physiques régulières en agence pour maintenir le compte ouvert.
- LCL et Société Générale appliquent des frais supplémentaires ou des conditions plus strictes pour les clients expatriés.
Notons que les Français résidant aux États-Unis sont les premières victimes. Sous la pression de la loi américaine FATCA, qui impose aux banques étrangères de transmettre des informations détaillées sur leurs clients ayant un lien avec les USA, de nombreuses enseignes françaises ferment purement et simplement les comptes pour éviter les sanctions colossales de Washington.
Le Droit au Compte, un bouclier aux pieds d'argile
Face à cette exclusion, le droit français propose pourtant une solution : la procédure de Droit au Compte (DAC). Le principe, renforcé par un décret de mars 2022, est simple : toute personne de nationalité française résidant hors de France et dépourvue de compte de dépôt a droit à l’ouverture d’un tel compte dans l’établissement de son choix. En cas de refus, l’épargnant peut saisir la Banque de France, qui désignera d’office une banque obligée de lui ouvrir un compte avec des services de base gratuits.
Mais le dispositif « ne marche pas » en pratique, malgré une simplification de la procédure (le silence d’une banque pendant 15 jours vaut désormais refus, permettant de saisir la Banque de France), plusieurs limites structurelles bloquent le système :
- L’exigence de présence physique : De nombreuses banques désignées exigent que le futur client se déplace en agence en France pour signer les documents, une aberration pour quelqu’un vivant à 10 000 km.
« La Banque Postale m’a demandé de venir en France tous les 6 mois pour justifier de ma résidence. J’ai dû ouvrir un compte local à Bangkok. »
Sophie, professeure au Vietnam.
- La ségrégation des services : Le compte ouvert via le DAC est souvent un « compte service minimum ». Pas de chéquier, pas de découvert autorisé, et parfois des difficultés à accéder aux services de banque en ligne.
- L’absence de recours contre la clôture : La loi oblige à ouvrir un compte, mais elle n’empêche pas une banque de le refermer quelques mois plus tard en respectant le préavis légal, créant un cycle sans fin de procédures pour l’expatrié.
Comme l’indique l’exposé des motifs d’une proposition de loi au Sénat portée par les sénatrices des Français de l’étranger, Mélanie Vogel et Mathilde Ollivier (Ecologistes), le système actuel est « dysfonctionnel » car il repose sur une logique de sanction plutôt que de service.

La bataille parlementaire : Entre idéalisme et réalité bancaire
Ainsi, conscientes de cette impasse, les sénatrices Mélanie Vogel et Mathilde Ollivier ont déposé une proposition de loi visant à consacrer une véritable « garantie d’accès » au compte bancaire pour les Français de l’étranger. L’idée phare est de transformer le droit au compte en une obligation de maintien. La pétition associée réclame que le changement de résidence fiscale ne puisse plus être un motif de clôture de compte. Elle propose également que les banques publiques, comme La Banque Postale, soient investies d’une mission de service public renforcée pour les expatriés.
Mais face à elle, il y a le mur de la réalité comme le rappelle régulièrement les gouvernements successifs lorsqu’ils sont interrogés sur ce point. En 2025, en réponse à une question de la sénatrice Sophie Briante-Guillemont, l’exécutif a réitéré sa position. S’il comprend les difficultés, il refuse d’imposer aux banques le maintien systématique des comptes. L’exécutif argue que la banque est un « prestataire de services » privé qui doit rester libre d’évaluer ses risques.
Pour les professionnels, une telle disposition est jugée irréaliste ! Mais pourquoi ? Tout d’abord, car une loi française ne peut pas soustraire une banque aux lois internationales (comme FATCA). Si la France obligeait le maintien d’un compte pour un résident US, la banque s’exposerait à des représailles américaines. Aussi, imposer le maintien d’un compte déficitaire pour la banque (frais de conformité, frais de tenue de compte) reviendrait à forcer une entreprise privée à travailler à perte, ce qui soulève des questions de constitutionnalité. Enfin, comme rappelé sur Village Justice, l’historique du droit au compte depuis 1984 montre que le législateur ne peut pas forcer la « relation contractuelle ». On peut forcer l’ouverture d’un outil, on ne peut pas forcer la confiance mutuelle nécessaire entre un banquier et son client.

Quelles solutions en 2026 ?
Ainsi, si vous faites face à une clôture ou un refus, ne vous épuisez pas nécessairement contre les banques de réseau traditionnelles. Pour garder un lien bancaire en France, l’agilité est votre meilleure alliée.
Si vous résidez dans l’Union européenne, Révolut & N26 sont les plus « expatriés-friendly ». Elles permettent une ouverture de compte 100% mobile en quelques minutes, acceptent souvent des résidences fiscales étrangères et offrent des frais de change imbattables. Attention toutefois, elles vous fourniront des cartes et des IBAN liés à votre pays de résidence si elles y sont présentes ou à défaut, pour N26, l’IBAN sera allemand et pour Revolut lituanien. L’obtention de moyens de paiement émis depuis la France étant réservé aux résidents. Ceux qui résident hors de l’Union européenne ne sont pas acceptés. Et cela même si vous disposez d’une résidence secondaire, certains ont eu la mauvaise aventure de voir leurs fonds bloqués suite à la mise en place de l’échange automatique des données fiscales entre les pays. Des données auxquelles les banques ont accès.
Sinon, pour tous, Fortuneo est parmi les banques en ligne « pures », l’une des rares à conserver des procédures d’ouverture pour les non-résidents cependant il existe des conditions de revenus et tous les pays de résidence ne sont pas acceptés. Enfin, France Pay est la solution émergente spécialisée dans l’expatriation, elle s’adresse spécifiquement aux Français de l’étranger qui ont besoin d’un compte transactionnel rapide sans la lourdeur d’une banque systémique. A l’exception de l’Afghanistan, la Libye, l’Iran et la Corée du Nord, tous les pays de résidence sont acceptés, même les USA ou la Russie. En tant qu’expatriés, vous disposerez d’un IBAN français, de cartes Visa internationales émises en France. Imaginée par Lesfrancais.press, en réponse aux difficultés remontées par ses lecteurs, l’app de paiement s’est appuyée à sa création sur une filiale dédiée du groupe des Banques Populaires et des Caisses d’Épargne et va bientôt rejoindre la galaxie d’une banque d’affaires françaises spécialisée dans l’international. Elle propose des prestations adaptées aux Français de l’étranger comme, par exemple, le rapatriement en cas d’accident en voyage vers votre pays de résidence usuel ou vers la France.
En conclusion, n’attendez pas la clôture de votre compte actuel pour en ouvrir un second. Multiplier les points d’attache bancaires est la seule stratégie viable pour ne jamais se retrouver « financièrement apatride ».
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Loic Pautou est un jeune Français parti en VIE au Vietnam et qui n'est jamais revenu. Propriétaire d'une agence de tourisme à Hanoï, il écrit aussi pour Lesfrancais.press et le Guide du Routard.
























