Alors que le contexte international ravive les incertitudes autour de Cuba, notamment avec les positions américaines, la situation sur place reste marquée par une crise économique profonde. Pour les Français installés sur l’île, les difficultés s’intensifient. Pour mieux comprendre la vie de tous les jours de nos expatriés sur place, Marion Giraldou, présidente du Conseil consulaire pour les Français de Cuba, témoigne sur Lesfrancais.press, d’un quotidien de plus en plus contraint mais aussi d’une capacité d’adaptation bien ancrée.
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Coupures d’électricité, essence introuvable : un quotidien bouleversé
Au cours de cette interview, notre invitée parle du quotidien à Cuba. Le premier constat qu’elle partage est celui de la dégradation des conditions de vie. L’énergie est d’ailleurs au cœur des difficultés : « un des impacts les plus importants, ce sont les coupures de courant qui affectent Internet (…) qui affectent toutes les conditions de vie en général », explique Marion Giraldou.
« On a des pénuries d'essence, ça fait trois mois qu'aucun pétrolier n'est arrivé sur l'île. »
Marion Giraldou, présidente du Conseil consulaire pour les Français établis à Cuba
Ces coupures ont une incidence directe sur tout, y compris les communications, rendant même les échanges professionnels difficiles. À cela s’ajoute une crise durable du carburant : « on a des pénuries d’essence, ça fait trois mois qu’aucun pétrolier n’est arrivé sur l’île » explique l’élue consulaire. Résultat : transports perturbés, déplacements limités et adaptation forcée du rythme de travail, avec « la semaine de quatre jours dans la majorité des administrations publiques ». Si les denrées alimentaires restent disponibles, leur coût explose. « Un carton d’œuf peut valoir le salaire d’un Cubain », souligne-t-elle.
Une communauté française entre 500 et 700 personnes à Cuba
Le nombre exact de Français présents à Cuba reste difficile à établir, mais Marion Giraldou estime leur nombre « à peu près (…) entre 500 et 700 personnes ». Une communauté hétérogène, souvent installée de longue date et travaillant sous contrat local.

Leurs préoccupations sont avant tout concrètes. « Les Français, ils sont surtout préoccupés par leur vie quotidienne (…) acheter les aliments (…) pouvoir aller à l’hôpital s’ils sont malades ». La situation sanitaire est d’ailleurs fragilisée par les coupures d’électricité : « les hôpitaux fonctionnent très mal ». L’éducation est également impactée, avec des écoles fonctionnant au ralenti.
Pour les expatriés : s’adapter plutôt que s’inquiéter
Face à ces difficultés, la communauté française ne semble pas du tout céder à la panique. Au contraire, elle s’organise localement. « On essaye de mettre en place du covoiturage pour aller à l’école », explique Marion Giraldou, illustrant des solutions pragmatiques pour pallier les pénuries de carburant. Cette capacité d’adaptation s’inscrit dans la durée. « Ce n’est pas nouveau, en fait, c’est juste une amplification d’un phénomène qui existait déjà ». Depuis plusieurs années, notamment depuis la pandémie du Covid, les habitants ont appris à composer avec ces contraintes.
« Les Français, ils sont surtout préoccupés par leur vie quotidienne (…) acheter les aliments (…) pouvoir aller à l'hôpital s'ils sont malades. »
Marion Giraldou, présidente du Conseil consulaire pour les Français établis à Cuba
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les tensions internationales ne provoquent pas d’inquiétude majeure sur place. « Je n’ai jamais eu cette question-là » concernant un éventuel départ, affirme-t-elle. Les relations sociales restent stables : « tout se passe exactement pareil (…) je ne ressens pas du tout de changement » affirme notre invitée.
Une organisation consulaire structurée pour les Français de Cuba
Du côté des autorités françaises, un dispositif de communication est en place. L’ambassade de France à Cuba s’appuie sur un système d’îlots : « chaque quartier a son responsable d’îlots (…) pour transmettre les informations » en cas de besoin. Un fonctionnement jugé efficace par Marion Giraldou : « je pense que la communication a été bien faite ». Toutefois, une limite persiste : certains Français restent en dehors de ces circuits. « Il y a beaucoup de Français (…) qui ne sont pas du tout en lien avec la France et avec l’ambassade ».

Ces profils, souvent installés depuis plusieurs décennies, échappent aux dispositifs d’information. D’où l’importance, selon elle, de sensibiliser sans contraindre et de les inviter à s’inscrire au registre des Français établis hors de France : « je les incite à s’inscrire (…) mais après, libre choix à chacun » indique-t-elle.
Sur l’île la situation actuelle ne constitue donc pas une rupture totale mais plutôt une intensification des difficultés existantes. Entre pénuries, inflation et infrastructures fragilisées, les Français de Cuba s’adaptent au jour le jour. « C’est juste un seuil de plus d’adaptation à avoir », résume Marion Giraldou. Une phrase qui traduit le quotidien de nos expatriés établis sur place.
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