Fin de partie pour les cryptoactifs ?

Fin de partie pour les cryptoactifs ?

Les cryptoactifs sont les grandes victimes du printemps 2022. Un retour à la raison sur fond de hausse des taux et des prix semble prédominer sur ce marché. Les dictons boursiers, « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel », « achetez la rumeur, vendez le fait » ou « les marchés ne peuvent pas rester irrationnels plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable », reprennent tous leur sens En novembre, la valeur marchande des crypto-monnaies était de près de 3000 milliards de dollars. Ce montant est tombé à 2000 milliards de dollars à la mi-avril avant de se contracter de 35 %. L’encours ne dépasse pas désormais 1300 milliards de dollars. Un Bitcoin s’échangeait le 25 mai 2022 à 27 000 dollars, contre plus de 56 000 dollars au mois de novembre 2021.

Un tri entre bons et mauvais cryptoactifs ?

Les détracteurs des cryptoactifs soulignent que cette chute était inévitable. Ils estiment que ces actifs ne servent qu’à des opérations de blanchiment ou de spéculation. Ils ne sont adossés à aucun actif tangible susceptible de générer du rendement. Les partisans des cryptoactifs indiquent que le processus en cours permet la réalisation d’un tri entre bons et mauvais cryptoactifs.

Par ailleurs, la dépréciation des cours des valeurs technologiques a réduit le pouvoir d’achat des jeunes épargnants qui sont les plus actifs sur le marché des cryptos. Les stable coins dont la valeur est arrimée à une autre cryptomonnaie, à une monnaie fiduciaire ou à un produit négocié en bourse (comme les métaux précieux ou les métaux industriels), n’échappent pas à la crise. Ainsi le Terra, un stable coin algorithmique, dont la valeur est adossée à un autre crypto, le Luna, qui serait émise pour répondre à la demande. La baisse du prix du Luna s’est de ce fait transmise au terra. À son apogée, le Luna valait 40 milliards de dollars et soutenait 18 milliards de dollars de Terra. Maintenant, le Luna ne vaut presque plus rien et le Terra se négocie à 10 cents.

L’effondrement des cryptoactifs s’inscrit dans un ajustement financier plus large. Le retour de l’inflation oblige les banques centrales à resserrer leur politique monétaire, déclenchant une vente massive d’actifs plus risqués ou à long terme, les investisseurs privilégiant les obligations. L’indice américain des valeurs technologiques, le Nasdaq, a perdu près de 30 % par rapport à son sommet. L’indice S&P 500 est, de son côté en recul de 18 % par rapport à son dernier sommet. Des investisseurs pour solder leurs positions ont dû céder des cryptoactifs.

Le fait d’être adossés à des titres tangibles ne protège pas les stable coins de la crise

En revanche, l’Usdc, un stable coin adossé à des monnaies et à des bons du Trésor à court terme, résiste tout comme le Dai, un autre stable coin géré par des algorithmes transparents et soutenu par des supports représentant au moins 1,5 fois sa valeur. Le fait d’être adossés à des titres tangibles ne protège pas les stable coins de la crise. Ainsi, le Tether, le plus important stable coin, dont la valeur est tombée en dessous de sa valeur nominale de 1 dollar par jeton le 12 mai était pourtant soutenu par des actifs tels que des liquidités, des bons du Trésor et des dettes d’entreprise. Le refus des administrateurs du Tether de révéler la composition précise des actifs, affirmant qu’il s’agit d’un secret, a sévèrement été jugé par le marché. Les administrateurs ont déjà été condamnés à une amende par le procureur général de New York pour avoir induit des investisseurs en erreur.

Bientôt les monnaies digitales de banque centrale

Les investisseurs sanctionnent de plus en plus les cryptoactifs dont la gestion est peu transparente ou émis par des organisations peu recommandables ou mal gérées. Les autorités américaines apprécient avec attention les conséquences de la chute des cryptoactifs qui pourraient perturber les marchés financiers traditionnels compte tenu des liens tissés ces dernières années à travers les mécanismes d’adossement.

Des acteurs réclament une interdiction des cryptoactifs quand d’autres demandent l’adoption d’une réglementation. Celle-ci serait synonyme de reconnaissance de fait des cryptoactifs par les autorités officielles, ce qui n’est pas pour le moment leur souhait. La crise actuelle en réalisant un tri entre les cryptoactifs travaille de fait pour les pouvoirs publics. Elle souligne les dangers de ce marché non régulé et permet d’en réduire le poids. Ce processus facilitera l’avènement des monnaies digitales que les banques centrales préparent.

Auteur

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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