Et après-demain, de quoi parlerons-nous ?

Et après-demain, de quoi parlerons-nous ?

Le Général de Gaulle entendait rendre à la France sa splendeur. Georges Pompidou désirait qu’elle soit une grande puissance industrielle. Valéry Giscard d’Estaing la voyait libérale, sociale et européenne. François Mitterrand voulait changer la vie des Français. Chacun de ces Présidents de la République a été confronté à des oppositions déterminées, contestant leur politique sans ménagement. Pour autant, ils ont réussi à tracer un sillon en défendant des choix de société. Pour autant, la France restait alors rétive à l’esprit de consensus, à la différence de l’Allemagne, après la conversion à l’économie de marché du SPD, en 1959, lors de son congrès de Bad Godesberg. Le consensus sur l’économie a été, en France, implicite, honteux. Il prit forme après le refus du Système monétaire européen en 1983 puis avec la chute du Mur de Berlin en 1989 et de l’URSS en 1991. Ces deux évènements marquèrent la victoire du capitalisme sur le communisme. Celle-ci était d’autant plus nette qu’en 1978, Deng Xiaoping avait décidé d’arrimer son pays, la Chine, au commerce mondial.

Oppositions sans vision 

La fin de l’histoire, signifiant le succès de l’économie de marché et des démocraties, n’a pas pris la forme espérée. De nouvelles oppositions sont apparues en dehors et à l’intérieur des démocraties mais elles ne sont pas portées par une vision globale de l’avenir. La fabrique à projets semble être tombée en panne. Les élections se jouent essentiellement autour de la personnalité des candidats. Leur programme est devenu subalterne, l’opinion doutant de plus en plus de leurs capacités présumées à influer sur le cours des choses. Les partis politiques censés contribuer à l’expression des suffrages peinent à se faire entendre. 

Avec des dépenses publiques qui captent plus de la moitié de la richesse nationale produite chaque année, la France constitue un cas assez unique d’économie sociale de marché. Les prestations sociales qui représentent plus du tiers du PIB permettent de réduire les inégalités de manière importante. Pour autant, l’économie de marché demeure toujours sujette à caution. La tentation du grand soir demeure une antienne bien vivante même si nul n’a réellement imaginé les contours du jour d’après. Cette lourde méfiance est renforcée par le sentiment de dépossession économique que génère la montée en puissance des multinationales du secteur de l’information et de la communication d’origine américaine ou chinoise. La désindustrialisation française est vécue comme une défaite et, à tort ou à raison, la preuve de la prise de pouvoir du capitalisme financier, hautement condamné par une large partie de l’opinion. 

A défaut d’imaginer un futur, la nostalgie d’un passé qui n’a jamais existé est devenue un leitmotiv amplement partagé. Si sur les questions sociétales, comme le mariage pour tous, une large majorité des Français ont accepté les évolutions législatives, sur de nombreux sujets, les lignes de fractures du pays sont plurielles, se superposant sans regroupement possible.

Il n’y a pas « la politique du gouvernement » mais « des politiques »  

Dans le passé, il y avait des courants assez clairs de pensée, aujourd’hui, les frontières se chevauchent et s’entrecroisent. La transition énergétique par son caractère punitif peine à fédérer. Le problème majeur des sociétés occidentales se trouve dans la segmentation à l’infini des populations. Il n’y a pas « la politique du gouvernement » mais « des politiques » qui visent à satisfaire telle ou telle partie de l’électorat.

Fabriques à chapelle 

Mais « qui trop embrasse, mal étreint ». Les nouveaux moyens de communication que sont les réseaux sociaux sont des fabriques à chapelles. Les réseaux confortent les opinions. Ils isolent plus qu’ils n’ouvrent leurs membres sur l’extérieur. Une image, une vidéo, quelques mots suffisent à créer une tendance ou à défaire une réputation. La politique a renoué avec le temps des libelles rendant difficile les débats de fonds, les clivages sur des valeurs, des principes. 

Dans un an, la France sera de plain-pied dans la campagne présidentielle qui  interviendra après la survenue de la crise économique la plus sévère que le pays ait connue depuis les années 1930. Il serait sain que les candidats élaborent un projet à cinq, dix ou quinze ans, que ce projet ne soit pas une simple accumulation de promesses qui ne résistent pas aux dures réalités de l’actualité. 

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