Est-on expatrié quand on va dans l’espace ?

Est-on expatrié quand on va dans l’espace ?

Vendredi 13 février, l’astronaute française Sophie Adenot s’est envolée avec deux Américains et un Russe vers la Station spatiale internationale où elle passera environ huit mois. Elle n’est que la deuxième Française à aller dans l’espace, mais est-elle une expatriée ? Derrière cette question, un peu loufoque, il faut l’avouer, on se pose la question du statut juridique des voyageurs et des biens dans l’espace ! Après tout, on nous annonce bien à l’horizon 2050 de possibles séjours dans un hôtel stellaire…

La Ligne de Kármán

Officiellement, pour la plupart des organisations internationales (comme la Fédération Aéronautique Internationale), l’espace commence à 100 kilomètres d’altitude. Cette limite s’appelle la Ligne de Kármán. Mais la NASA et l’armée américaine placent souvent cette barre un peu plus bas, à 80 kilomètres (50 miles), car c’est là qu’ils considèrent que les effets atmosphériques deviennent négligeables.

En tout cas à partir de 100 km d’altitude, l’atmosphère est si ténue qu’un avion devrait voler plus vite que la vitesse orbitale pour générer assez de portance pour rester en l’air. En gros, au-dessus de cette ligne, on ne « vole » plus, on est en orbite et qu’on atteint un territoire « bien commun de l’humanité ».

Ainsi, l’espace est régi par le droit international public, et plus particulièrement par le Traité de l’espace de 1967, ratifié par toutes les grandes puissances spatiales. Ce texte spécifie qu’aucun pays ne peut revendiquer la souveraineté sur la Lune, Mars ou un bout de vide spatial. L’espace est considéré comme le « bien commun de l’humanité ». D’ailleurs, il y est interdit de placer des armes de destruction massive en orbite ou sur des corps célestes. Par contre, tout pays a le droit d’explorer l’espace, à condition de respecter le droit international.

Cependant, il n’y a pas de « Gendarmerie Galactique », pour tenter de faire régner l’ordre au-delà des nuages mais deux entités se partagent « l’autorité judiciaire ». Comme le Bureau des affaires spatiales – UNOOSA, c’est le secrétariat qui gère les traités et le registre des objets lancés dans l’espace. Mais et c’est la règle la plus concrète, un vaisseau spatial ou une station est soumis à la loi du pays où il est enregistré.

Ainsi, si un astronaute commet un crime à bord du segment américain de l’ISS, c’est la loi des États-Unis qui s’applique. Sophie Adenot est donc bien une expatriée, mais aux USA. Touristes et résidents permanents du futur seront donc surement soumis au droit américain pour leur séjour orbital…

Du "voyage d'exploration" au "voyage de loisir" !

Nous sommes en 2026, et ce qui n’était que de la science-fiction il y a dix ans devient un véritable secteur hôtelier de luxe, bien que réservé pour l’instant à une élite. De nombreux projets sont sur la rampe de lancement. L’idée n’est plus de dormir dans un sac de couchage accroché au mur comme sur l’ISS, mais de proposer un confort « terrestre ».

C’est sans doute le projet le plus concret à court terme : Vast – Haven-1. Cette station monobloc, lancée par une fusée SpaceX, dès ce mois de mai, pourra accueillir 4 personnes pour des séjours de 30 jours. Le design intérieur est pensé pour être « chaleureux » (tons boisés, surfaces douces) plutôt que métallique et froid.

Illustration of Haven-1
Illustration of Haven-1 © Vast

Ensuite, c’est Axiom Space qui devrait lancer son hôtel. La société construit actuellement des modules commerciaux qui s’attacheront d’abord à l’ISS. Le designer Philippe Starck a d’ailleurs conçu l’intérieur de ces cabines : des parois matelassées avec des LEDs changeant de couleur et de larges fenêtres pour admirer la Terre. À terme, ces modules se détacheront pour devenir une station autonome. Les premiers « travaux » sont prévus pour fin 2027 ou début 2028.

Axiom modules à connecter à l'ISS
Axiom modules à connecter à l'ISS. ©Axiom

Il y aussi l’Orbital Reef de Blue Origin (Amazon). Décrit comme un « parc d’affaires et de loisirs polyvalent », ce projet de Jeff Bezos vise la fin de la décennie. Ce serait un immense complexe modulaire capable d’accueillir des touristes, mais aussi des chercheurs et des entreprises.

Vue d'artiste du projet oribtal-reef ©Blue Origin
Vue d'artiste du projet oribtal-reef ©Blue Origin

Mais à ce jour, le voyage reste, et restera encore quelques décennies, accessible qu’à une poignée d’entre-nous. Car pour l’instant, les prix restent… astronomiques.

Type de voyageExpériencePrix estimé (2025/2026)
Saut Suborbital (Blue Origin)10 min de vol, 3 min d'apesanteur~500 000 $
Séjour Orbital (Vast/Axiom)Plusieurs jours en orbite~55 millions $
Ballon Stratosphérique6h de vue incroyable (sans apesanteur)~125 000 $

L'expérience Hôtel *****

Afin de se rapprocher d’une expérience « terrestre », des entreprises voient plus loin. Comme la société Above Space (anciennement Orbital Assembly) qui travaille sur des stations en forme de roue qui tournent sur elles-mêmes. La force centrifuge créerait une gravité artificielle (similaire à celle de la Lune). Cela permettrait de manger assis à une table ou d’utiliser des toilettes normalement.

D’ailleurs, des chefs comme Alain Ducasse travaillent déjà sur des menus adaptés aux papilles qui perdent de leur sensibilité en microgravité. On prévoit, aussi, des salles de sport pour pratiquer des sports en 3D (comme le Quidditch, mais en vrai) et des salons d’observation panoramiques.

L’enjeu est bien plus grand et surtout bien plus proche qu’on l’imagine. Ce qu’a bien compris, le groupe hôtelier français Accor. Il s’est d’ailleurs associé à la start-up Orbite pour créer des centres d’entraînement au sol (en Floride ou à Paris) pour préparer les futurs clients à la vie en orbite.

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