En France, un "Ségur de la Santé" pour remettre l'hôpital sur pied

Sous pression après la crise du coronavirus, le gouvernement français a promis d'ouvrir plusieurs chantiers afin d'améliorer la prise en charge des malades et les conditions de travail des soignants. Les discussions devraient durer sept semaines, jusqu'à la mi-juillet. Quels sont les sujets brûlants et les propositions faites ? Tour d'horizon.

Ce lundi 25 mai 2020 marque une nouvelle étape pour l'hôpital public, en France. Alors que les nombreuses manifestations et les longues grèves de 2019 n'avaient pas produit la réponse politique attendue par les professionnels de la santé, la crise du coronavirus a mis en lumière les réelles difficultés du secteur hospitalier. Manque d'effectif, carrières peu attractives, salaires insuffisants et pénibilité du travail... Voici quelques-unes des thématiques abordées lors des concertations du "Ségur de la Santé", du nom de la rue où est implanté le ministère.

Un format inédit

Comme lors des concertations avec le monde de la culture en début de mois, les discussions ont lieu une fois encore par visioconférence, crise du Covid-19 oblige.

Face aux quelque 300 participants réunis en visioconférence pour le lancement du "Ségur de la Santé",Edouard Philippe, a assuré que l'Etat allait investir "massivement" dans le secteur hospitalier, jugeant nécessaire d'"accélérer les projets" portés par les hôpitaux et de les accompagner "dans leurs démarches de désendettement". Le Premier ministre a également annoncé une "revalorisation significative" des salaires pour le personnel soignant.

La question de la dette des hôpitaux, aujourd'hui proche de 30 milliards d'euros, est au coeur de multiples discussions entre l'exécutif et les fédérations hospitalières. Dans le cadre du "plan hôpital" décidé à l'automne 2019, le gouvernement avait annoncé une reprise de dettes "massive" de 10 milliards d'euros sur trois ans. Lors du Conseil des ministres du 20 mai, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a évoqué un "effort de 13 milliards d'euros".

Manifeste des "jours heureux"

A la veille de l'ouverture des négociations, un collectif de soignants et diverses personnalités rappellent, dans une lettre ouverte adressée au président Emmanuel Macron, l'inquiétude exprimée depuis des mois voire des années "quant à l'évolution extrêmement préoccupante du système de santé... sans réponse à la hauteur des problèmes soulevés". "Et ce que nous craignions tous est advenu : un cataclysme. L'épidémie de Covid s'est abattue sur la nation, plaçant l'hôpital public fragile, démuni, désossé, en première ligne", disent-ils.

Par ailleurs, ce collectif a rédigé un ensemble de propositions détaillées sur le site du quotidien Libération. Un manifeste des "jours heureux" qui prévoit une revalorisation des carrières pour les soignants, un égal accès aux soins pour tous, un rattrapage pour la psychiatrie, la réforme de l'assurance maladie, la refonte des études de médecine...

La question qui fâche  : la hausse des salaires

Emmanuel Macron avait promis de "mettre fin" à la "paupérisation" des personnels soignants, en engageant une hausse des rémunérations, parallèlement aux primes annoncées face à la crise du Covid-19. Ce lundi, Edouard Phlippe a assuré que la hausse envisagée serait "significative", sans plus de précisions.

Ce geste est attendu depuis des années par les syndicats, qui pointent la faiblesse des  salaires hospitaliers, notamment pour les infirmiers : ces derniers touchent 1 500 euros net en début de carrière. La France se hisse péniblement à la  28ème place du classement des 32 pays de l'OCDE : les infirmiers français sont moins bien payés que leurs collègues espagnols ou grecs.

Le ministre français de la Santé, Olivier Véran, a d'ailleurs assuré que l'objectif est d'atteindre un "niveau de rémunération" équivalent "à la moyenne européenne". Ces augmentations devraient concerner à la fois les hôpitaux et les Ehpad (résidence médicalisée pour personnes âgées en situation de dépendance).

Selon les syndicats, le différentiel est d'environ 300 euros par mois. Ces derniers mettent toutefois en garde contre une mesure limitée aux seuls infirmiers. "Il faut un geste rapide pour l'ensemble des personnels hospitaliers", a prévenu Julie Ferrua, du syndicat SUD Santé.

Temps de travail

Olivier Véran dit vouloir "revoir le cadre d'organisation du temps de travail à l'hôpital", estimant nécessaire de remettre en cause les "carcans qui empêchent ceux qui le souhaitent de travailler davantage".

Une annonce qui a fait bondir plusieurs syndicats, attachés aux 35 heures. Ces derniers rappellent que de nombreux salariés n'ont jamais pu accéder à la réduction du temps de travail, faute d'embauches suffisantes dans les hôpitaux.

La question n'est pas de "déréglementer le temps de travail", a toutefois précisé Olivier Véran. Cette réforme correspond à une demande de longue date de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui préconise un "dispositif d'autonomie avancée" pour les hôpitaux, désorganisés selon elle par la réforme des 35 heures.

Manque d'effectif et carrières peu attractives

L'exécutif a promis de mettre sur la table des discussions la "question des montées en compétences", pour "mieux valoriser toutes les carrières, tous les métiers et développer de nouveaux parcours professionnels".

L'objectif est de renforcer l'attractivité des hôpitaux, qui peinent pour beaucoup à recruter et à fidéliser leurs salariés en raison des conditions de travail mais aussi, selon les syndicats, d'une gestion inadaptée des ressources humaines.

Chez les infirmiers, "30% des nouveaux diplômés abandonnent la profession dans les cinq ans", souligne ainsi Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI. Dans les hôpitaux, des milliers de postes restent par ailleurs vacants.

Organisation des soins

"Notre système de santé n'est pas encore assez centré sur le patient, sur son parcours", estime le ministre de la Santé qui dit vouloir améliorer sa gouvernance. A ce stade, le gouvernement français n'a pas précisé les réformes concrètes qu'il entendait mettre en oeuvre. Mais il pourrait réformer un peu plus la tarification à l'activité, instaurée en 2003. Ce système, qui fixe les ressources des hôpitaux en fonction des actes effectués, est souvent accusé de pousser à la "course au volume".

Aussi, le gouvernement pourrait mettre un coup d'arrêt aux fermetures de lits, très critiquées par les hospitaliers : en l'espace de 20 ans, près de 100.000 lits ont été supprimés dans les cliniques et hôpitaux.

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