Docteur Knock et docteur Mabuse au chevet du monde.

Ce qui se répand plus vite que le coronavirus, c’est la bêtise. En chacun de nous sommeille un expert, et surtout un malade. « Un bien portant est un malade qui s’ignore » dit le docteur Knock, ce personnage de Jules Romains qui convainc toute une population de s’aliter. Tous confinés, déjà malades. Quant au docteur Mabuse, le génie du mal selon Fritz Lang, ses complots visent à ruiner le monde pour mieux le dominer. La ruine est à l’œuvre. Parmi les 3 milliards d’êtres humains qui méditent sur les raisons de leur enfermement, beaucoup croient à une conspiration : Comment s’en étonner quand, en France, pays de culture, 9%[1] des gens pensent que la terre est plate ? Et qu’aux Etats-Unis, phare de la modernité,  0.5%[2] des femmes pensent avoir des enfants sans relation sexuelle ?

Les Dr Knock n’ont pas tort : Non seulement l’épidémie a des chances de faire le tour du monde avant que l’on trouve remède et vaccin, mais d’ici là, la crise mondiale rendra beaucoup de gens malades. Et les Dr Mabuse ont raison : De grandes âmes ont l’air de se réjouir sur l’air du « on vous l’avait bien dit », espérant des mondes comme purifiés par le Covid 19. Comme les Marxistes d’antan, chacun brandit sa grille de lecture préfabriquée pour décrypter le virus : la faute aux banques américaines, au Parti Communiste Chinois, à la mafia italienne ou russe, au pétrole, à Maastricht, au libéralisme économique, aux 35 heures à l’Hôpital, au consumérisme débridé et au manque de prêtres.

Chacun y va de son couplet, du retour de l’Etat au souverainisme, alors que les pays qui ont fermé les frontières sont les plus touchés et que c’est la médecine qui soigne, pas l’Etat. En Corée, pays qui résiste le mieux à l’épidémie, on ne ferma pas les frontières, la médecine est à 90% privée, les dépenses de santé représentent 8% du Pib et non12% comme en France. Pourquoi faut-il attendre l’autorisation de l’Etat pour commander les tests, les masques, le gel, et administrer la chloroquine ? La gestion centralisée, dogmatique, procédurière, ne montre pas l’Etat en sauveur. A moins de changer l’Etat… L’exploit de restreindre à ce point les libertés élémentaires inquiète plus qu’il ne rassure. Enfin l’information parcellaire, biaisée, inexacte n’augure rien de bon. En Italie, pour soi-disant lutter contre les fake news, le gouvernement souhaite que les informations sur le coronavirus soient « autorisées ». Censure de guerre ?

Curieusement, ce qui apparait comme défaillant dans cette crise n’est pas relevé : le manque de coopération internationale pour une crise mondiale. Nul G7, alors qu’il devrait se retrouver (par visioconférence) toutes les semaines. Et ces dizaines d’organisations internationales, d’un coup muettes ?  Seul le partage de l’information, pour la recherche comme la prévention, pour la crise sanitaire comme pour la crise économique, permet de repérer les failles, de sélectionner  les parades.  Ainsi, alors que la France rechigne, Maroc, Algérie, Etats-Unis, Russie, se précipitent sur la Chloroquine. Tant mieux. Rien n’est pire que les pensées uniformes. Si l’Allemagne réussit mieux que la France, c’est peut-être parce que les décisions sont d’abord prises au niveau local. La concentration des pouvoirs n’est jamais rassurante, même quand ceux-ci sont assurés par des sages comme Trump, Johnson, Xi Jinping ou Macron.

Réponses locales, intelligence globale : L’épidémie n’est pas le résultat de « la mondialisation capitaliste ». L’antidote l’est. Il y a toujours eu des épidémies : La peste antonine[3] venait déjà de Chine. En dix ans ou en dix jours, tout virus se répandra. Mais jamais les épidémies n’ont été à ce point maîtrisées. La science, universelle et partagée, l’échange d’information, permettent de combattre la maladie. La variole, qui tuait encore 2 millions de personnes en 1967, a été éradiquée.

En revanche, jamais on n’arrêta des économies -la production de richesse- pour sauver des vies. Aucune société passée n’a sacrifié son bien-être à la vie de ses concitoyens : les sacrifices demandés au nom des guerres et des idéologies en témoignent. Curieuse, cette mondialisation capitaliste qui se saborde pour sauver des personnes âgées, qui l’eût cru ?

Toute autre attitude serait impensable. La démocratie ne permet pas que l’on méprise la vie. Et dirigeant ne veut être accusé d’être moins humaniste que les démocraties décadentes. D’autant que dans cette petite planète, cacher la vérité est aussi difficile que de la dire. Et que les pouvoirs s’entendent à montrer leur autorité.

Demain, le monde d’après les crises sera comme celui d’hier : incertain. Revenir à la normale risque d’être impossible, parce qu’il n’y a pas de « normale ». Ni l’économie, ni le droit, ni l’information, ni les gouvernements. C’est pourquoi mieux vaut s’en tenir à des objectifs et des principes : préférer la liberté à la contrainte, l’information pluraliste au rabâchage télévisuel, l’ouverture à la fermeture, relancer l’économie en luttant contre la pauvreté, éloigner les guerres.

Et distribuer de la chloroquine dés qu’on en a, même si ce devait être un placebo.  Les milliards de crédit annoncés n’en sont-ils pas ? Ni pour les lits, ni pour les médecins, ni pour les médicaments, le rationnement n’est une solution. Tous les peuples préféreront toujours la société de consommation – ou d’abondance – au rationnement. Et c’est bien ce qui nous sauvera de toutes nos crises : la reprise. Malgré les Knock et les Mabuse, quand on n’est plus malade, on se lève.

Laurent Dominati

A. Ambassadeur de France

A. Député de Paris

[1] Ifop, 2019.

[2] British Medical Journal, étude réalisée par l’Université de Caroline du Nord, 2013.

[3] IIème ap.JC.

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