De quoi meurt-on : Du virus ou des mauvais remèdes ?

De quoi meurt-on : Du virus ou des mauvais remèdes ?

« Videz les bénitiers », dit l’archevêque, « achetez de l’or », dit le trader, le coronavirus, qui a fait perdre des milliers de clients à la bière Corona, est sur toutes les lèvres, à un souffle des poumons. De l’attaque raciste de deux Chinois à Saint Nazaire au complot américain, analyses et réactions absurdes se multiplient. Ainsi en France, le marathon est interdit, mais pas les matchs de football. La Chine est isolée, mais le virus est parmi nous.

Nul ne sait si la pneumonie de Wuhan sera plus effroyable que la grippe annuelle (env. 10.000 morts en France), la grippe espagnole (50 millions  dans le monde) ou la peste noire (plus d’1/3 de la population en Europe).

On peut cependant prédire qu’elle ne provoquera pas un changement de civilisation, comme la chute de Byzance et la Renaissance italienne, ni l’effondrement de la Chine.

Malgré les jubilations sur les drames de la mondialisation, (comme si les douanes ou les tranchées avaient protégée des pandémies passées) s’impose une certitude : sans la mondialisation, on aurait le virus quand même, mais on ne serait pas au courant.

Heureusement, jamais le monde n’a été aussi bien préparé à une pandémie. Face à tout événement, même la mort, ce qui compte c’est la réaction.

Pour l’instant, le réflexe de la surveillance et de la fermeture des frontières gagne. En Chine, lesautorités ont mis en quarantaine 50 millions de personnes, le virus s’en est échappé vers plus de 100 pays. Seule l’Afrique semble exempte, vraisemblablement parce que le système ne recense pas les cas. L’invasion de sauterelles dans l’est africain, qui menace des millions de personnes, pèse plus lourdement. A juste titre.

Le gouvernement chinois met en avant sa capacité à construire des hôpitaux en dix jours, et des camps en une semaine pour les récalcitrants. 200 millions de caméras de surveillance « sécurisent » la population, maintiennent la discipline, traquent le virus et son mauvais esprit.

En Russie, Poutine, a donné comme instruction officielle de « minimiser les chiffres ». Au moins,on ne fait pas dans l’hypocrisie. Aux Etats-Unis, Trump se réjouit, comme de juste, d’être le meilleur contre le virus. En Iran, on accuse le grand Satan. Y a-t-il pays plus fermé que l’Iran ? Plus surveillé que la Chine en quarantaine ?

Le virus se moque des frontières et descommuniqués. A travers l’usine chinoise, il a attaqué l’économie réelle. Ceux qui dénoncent depuis des lustres l’économie financière seront contents : l’économie réelle va contaminer l’économie financière. Le coup sera rude quand le circuit du crédit sera bloqué, à la suite de l’effondrement des actifs et des chiffres d’affaire. La crise sera là. La vraie.

Il y aura plus de morts dus aux mauvais médecins et aux mauvais remèdes qu’à cause de la maladie.

Aujourd’hui, de quoi meurt-on ?

Il y a 57 millions de décès par an dans le monde (et 140 millions de naissances). Les maladies cardiovasculaires sont identifiées comme la cause de 15 millions de décès. Les maladies transmissibles (infections des voies respiratoires, diarrhées, tuberculose, sida) représentent 6.7 millions en 2016. Ce chiffre atteignait 10 millions en 2000. Ce qui signifie que les systèmes de santé sont de plus en plus efficaces contre les maladies virales. Dans les pays à faible revenu, même en diminution, elles restent la première cause de mortalité, mais représentent seulement 7% dans les pays à haut revenu. Est-ce à dire que, comme toujours, les riches seront plutôt épargnés ? Oui et non. Les pays riches sont vieillissants et ce sont les personnes âgées les plus vulnérables. En France, comme dans le reste du monde, l’espérance de vie a augmenté de 4,6 ans depuis 1990.

Cette répartition des causes de mortalité changera sans doute si le coronavirus se développe, elle ne changera pas fondamentalement.

En revanche, l’appétit des gouvernements pour diffuser et répandre à l’angoisse sécuritaire, multiplie les mesures comme autant de signes de panique. Elles vont peut-être ralentir la diffusion du virus quelques jours mais n’éviteront pas sa propagation. Elles vont surtout provoquer une crise économique mondiale qui, elle, fera de nombreux morts. Surtout dans les pays émergents. Parce qu’on financera moins d’hôpitaux, moins de lutte contre la dengue, le paludisme, l’hygiène, les diarrhées, moins d’accès à l’eau, etc

Le coronavirus provoquera moins de décès que les décisions prises pour le combattre. Les économies ralentissent, la lutte contre de la pauvreté va stagner, cette baisse ralentira les succès engendrés contre la mortalité infantile. Dans le monde, la mortalité infantile a été divisée par deux, passant de 7,6 millions d’enfants de moins de cinq ans décédés en 1990 à 3,7 millions en 2013. Trois millions de vies sauves, par an.

Une catastrophe est annoncée, dont la cause sera moins le coronavirus que les réponses au coronavirus.

Il y a de fortes chances que la panoplie descontrôles s’accentue. Pour justifier toujours plus de contrôle social, il y avait le terrorisme, puis le climat, puis le coronavirus. On peut juguler le terrorisme, maitriser les dépenses énergétiques, prévenir les maladies sans bloquer les systèmes de liberté, de production, d’échange, de systèmes d’informations et de soins.

On verra si les régimes souples dits faibles que sont les démocraties seront moins efficaces que les régimes autoritaires et de surveillancessociales. Mieux vaut vivre dans l’insécurité que dans l’interdit, car l’insécurité provoque ses anticorps, comme la maladie.

L’archevêque de Paris a surement raison de demander de vider les bénitiers. C’est une mesure d’hygiène. C’est bon signe de respecter la science plus que l’eau bénite. Et ne pas céderà la panique qui tue plus que les virus. Que la crise du coronavirus renforce les systèmes de prévention et d’hygiène, qu’elle ne soit pas le prétexte au renforcement de Big Brother, du retour des barrières, de la méfiance de la superstition. Il faut espérer et agir pour que la crise économique qu’elle est en train de lamentablement provoquer soit contrebalancée, car elle provoquera d’autres maladies, guerres et violences.

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