Culture, gastronomie, consommez-vous encore français ?

Culture, gastronomie, consommez-vous encore français ?

Du 1er au 7 février 2026, Lesfrancais.press a donné la parole à ses lecteurs en lançant une consultation sur les habitudes culturelles des Français de l’étranger. Avec 3 978 participants uniques, cette initiative a permis de recueillir des avis variés, reflétant la diversité de la diaspora française. Lecture, loisirs, travail, famille, quelle est la place de langue et de la culture française dans votre vie. Alors consommez-vous encore français ?

Un panel diversifié et reflet des Français de l’étranger

Avec la moitié des répondants installés en Europe et dont la grande majorité a plus de 40 ans (88%), les 3 978 participants reflètent la communauté des Français de l’étranger.

Les 5 postes en tête concentrent déjà une part significative de la participation globale. Cela traduit une forte mobilisation dans quelques grands bassins de Français à l’étranger. Londres et Bruxelles, en particulier, confirment leur rôle de « poids lourds », ils attirent à la fois de gros volumes de résidents et un certain engagement civique. Montréal, Madrid et Munich arrivent juste derrière, ce sont des communautés un peu plus restreintes que Londres/Bruxelles, mais avec un niveau de réponse qui montre un réel intérêt pour la consultation.

Résultats de la consultation "Alors consommez-vous encore français ?"

Ces résultats sont cohérents avec la présence de grandes communautés françaises (Royaume-Uni, Belgique, Canada, Espagne, Allemagne). Le volume de votes reflète d’abord le nombre de résidents inscrits dans ces circonscriptions. 95% des répondants sont installés depuis au moins 5 ans à l’étranger (pour 85% c’est plus de 10 ans). Cela signifie que les résultats reflètent avant tout la vision de Français déjà bien intégrés dans leur pays de résidence, avec des habitudes culturelles relativement stabilisées (lecture, visionnage, consommation…).

Un socle de lecteurs

Une large majorité des répondants déclare lire régulièrement en français (autour de 80 % des réponses exprimées). Cela confirme que pour les expatriés le français reste une langue vivante pour la lecture (livres, magazines), et pas seulement une langue « de référence ». Mais s’il y a un noyau de gros lecteurs, les résultats dévoilent aussi une pratique irrégulière. Chez les personnes qui lisent en français et ont précisé la fréquence, on observe :

  • Un noyau très engagé : une part importante lit quotidiennement en français.
  • Un second groupe lit hebdomadairement.
  • Viennent ensuite des pratiques plus espacées (occasionnelles ou mensuelles).

Parmi ceux qui lisent peu ou voudraient lire davantage, des freins surgissent. En premier lieu, le manque de temps (de loin le frein le plus cité), cela reflète des vies professionnelles et familiales chargées, sans oublier la concurrence d’autres activités (écrans, réseaux sociaux, loisirs locaux, etc.).

Les difficultés, à trouver des livres ou magazines en français à proximité (librairies, bibliothèques, médiathèques) ou à un coût raisonnable, sont très souvent citées. Cela peut être lié au pays de résidence, à la taille de la ville, ou à l’absence de réseaux locaux de diffusion du livre francophone. Autre obstacle, c’est bien sur le prix des livres/magazines en français sur place du fait des frais de port, importation, etc. Ce frein est particulièrement important pour les profils qui lisent déjà un peu mais pour qui chaque achat représente un effort financier.

Pour finir sur cette question, notons qu’il existe une minorité significative qui indique qu’elle lit plutôt dans une autre langue (souvent la langue du pays de résidence ou l’anglais). Cela peut correspondre à une intégration très forte dans le pays d’accueil, ou à l’idée que certains contenus sont plus facilement accessibles dans d’autres langues (offre numérique locale, bibliothèques, etc.).

Résultats de la consultation "Alors consommez-vous encore français ?"

En conclusion, nous ne sommes pas face à un rejet de la lecture en français et c’est une bonne nouvelle. Par contre, le rythme de vie (temps disponible), combiné à des contraintes d’offre (accès) et économiques (coût), sont de vraies contraintes.

2/3 fidèles à leurs séries en français

Niveau audiovisuel, une nette majorité (81%) regarde déjà des séries/films en français, environ 2 répondants sur 3. Il existe même un noyau important de « gros consommateurs », parmi ceux qui regardent en les films et séries en français, la fréquence quotidienne est la plus citée, devant l’hebdomadaire et l’occasionnelle. Il reste toutefois un bloc non négligeable de personnes qui ne regardent jamais de contenus audiovisuels en français ou qui ne répondent pas à la question : le potentiel de progression existe.

Autre enseignement, la domination des plateformes généralistes est massive (53%), elles ont donc désormais un rôle clé pour l’offre française. Les supports les plus utilisés sont clairement les grandes plateformes généralistes (Netflix, Prime, Disney, etc.) suivi de l’app spécifiquement francophone TV5MONDEplus (37%).

On découvre aussi que les expatriés ont bien compris l’usage et la pertinence du VPN. En effet, l’accès via VPN aux plateformes françaises (France TV, Canal +, TF1+, etc.) est pratiqué par 27% des répondants, ce qui montre un intérêt fort pour l’offre native en France, mais aussi des contraintes géographiques/droits.

Aussi, beaucoup cumulent plusieurs supports (plateforme généraliste + TV5MONDEplus, ou + VPN, etc.), signe d’un public motivé qui « bricole » pour accéder à plus de contenus français.

Résultats de la consultation "Alors consommez-vous encore français ?"

Manger à la française

Une très grande majorité des répondants (80%) déclare acheter régulièrement des produits alimentaires français, tandis que 20% de nos compatriotes ont renoncé à la gastronomie française. Cela montre une base de consommateurs déjà engagés, mais avec encore un potentiel de recrutement parmi ceux qui n’en consomment pas ou peu.

Parmi ceux qui achètent des produits français, on observe une hiérarchie très claire :

  • Les fromages dominent largement les achats.
  • Les vins arrivent en deuxième position, aussi très présents.
  • Les charcuteries et les pâtisseries suivent, avec un niveau d’achat significatif mais plus restreint.
  • La catégorie « Autres » est également très citée, ce qui suggère une diversité de produits (épicerie salée/sucrée, conserves, etc.).

Ainsi, on constate que l’image des produits alimentaires français reste très associée à des produits « emblématiques » (fromage, vin, charcuterie, pâtisserie). C’est sur ces catégories que se joue le plus gros de la consommation, mais il existe un intérêt diffus pour d’autres segments.

La grande surprise de la consultation, c’est le niveau de diffusion de nos produits dans le monde. En effet, le supermarché local est de loin le premier point d’approvisionnement (70%). Les voyages en France constituent le deuxième grand moment d’achat : les consommateurs profitent de leurs séjours pour faire le plein. Les épiceries locales spécialisées jouent un rôle non négligeable, mais plus de niche. Tandis que l’achat en ligne reste utilisé par une minorité, encore loin de rivaliser avec les circuits physiques.

Résultats de la consultation "Alors consommez-vous encore français ?"

Du côté des freins, c’est tout de même la disponibilité qui se détache des autres motifs. Beaucoup aimeraient acheter plus de produits français, mais n’en trouvent pas facilement ou pas assez de choix. L’autre frein majeur de consommation c’est le prix des produits français. Ces deux points explique qu’une partie des répondants privilégie volontairement l’offre du pays de résidence.

Le potentiel de croissance est davantage limité par l’offre (présence, assortiment, accessibilité prix) que par le manque d’intérêt. Le prix et la distribution sont des leviers beaucoup plus structurants que, par exemple, le manque de connaissance du produit.

Résultats de la consultation "Alors consommez-vous encore français ?"

La culture française dans vos vies

Dans la dernière partie de notre consultation, on s’intéresse à la place de la culture française et de sa langue dans votre vie quotidienne. Il en ressort une forte polarisation avec une part importante des répondants qui vit dans un environnement culturel français régulier, tandis qu’un autre segment semble plus distant ou déconnecté.

La moyenne des notes données se situe autour de 2,9 sur une échelle de 0 à 4, donc globalement la culture française est assez présente mais pas centrale dans le quotidien. Tandis que la médiane à 3 montre qu’une moitié des répondants la vit comme bien présente, mais le niveau moyen est tiré vers le bas par un groupe non négligeable de personnes pour qui elle reste marginale (0–1). Au final, pour 69% des consultés, la culture française reste importante au quotidien.

Résultats de la consultation "Alors consommez-vous encore français ?"

En ce qui concerne l’usage du français, celui-ci reste surtout une langue relationnelle et affective (foyer, proches) pour 44% des répondants. Dont la moitié utilise le français dans l’ensemble de sa vie quotidienne, ce qui traduit un haut niveau d’intégration linguistique.

Notons que pour plus de 10% des Français de l’étranger ayant répondu, la langue de Molière est totalement remisée. Pour ces derniers, il faudrait favoriser des dispositifs de mise en relation (clubs de conversation, rencontres locales, communautés en ligne). Mais c’est dans l’univers professionnel, sans surprise, que le français recule voire disparaît, ils ne sont que 6% à l’utiliser au bureau. 100% des personnes ayant déclaré cet usage sont, en plus, localisées dans des pays francophones.

Résultats de la consultation "Alors consommez-vous encore français ?"

Une culture française vivante, mais des défis à relever

Cette consultation révèle une réalité contrastée : la culture et la langue françaises restent ancrées dans le quotidien de la majorité des expatriés, mais leur pratique est souvent confrontée à des obstacles concrets. Que ce soit à travers la lecture, l’audiovisuel ou l’alimentation, les répondants montrent un attachement fort à leurs racines, tout en s’adaptant aux contraintes de leur pays d’accueil.

Avec 80 % des participants lisant régulièrement en français et 81 % consommant des contenus audiovisuels dans leur langue maternelle, la diaspora française prouve qu’elle maintient un lien actif avec sa culture. Même chose pour la gastronomie : 80 % achètent des produits français, malgré les difficultés d’accès et les coûts parfois prohibitifs. Ces chiffres témoignent d’une volonté de préserver une identité culturelle, même après des années passées à l’étranger.

Pourtant, les résultats soulignent aussi des obstacles persistants : manque de temps, accès limité aux livres et médias francophones, prix élevés des produits, ou encore difficulté à trouver des espaces d’échange en français. Ces défis appellent à des solutions innovantes, comme le développement de plateformes numériques accessibles, de réseaux de distribution plus efficaces, ou d’initiatives locales pour faciliter l’accès à la culture française.

Enfin, cette consultation met en lumière la diversité des profils au sein de la communauté des Français de l’étranger. Avec d’un côté, des expatriés très engagés, qui intègrent le français dans leur vie quotidienne, et de l’autre des Français pour qui cette culture devient secondaire. L’enjeu est désormais de renforcer les ponts entre ces différents publics, en créant des espaces de partage et en valorisant les initiatives qui favorisent l’échange et la transmission. Car comme le montrent ces 3 978 voix, l’appétence est là, il ne reste qu’à la nourrir.

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