Comment détruire un pays ?

Comment détruire un pays ?

janvier 24, 2019 0 Par Fabien Ferasson

Tout va bien. Il y a des choses immuables et permanentes. Des comptes en banque, des retraites, des supermarchés, des pompiers, des routes, de l’essence, des juges, des notaires, des écoles et des dentistes, la télé … et puis plus rien. Parfois d’un coup. Parfois lentement. En Argentine, qui fut l’un des pays les plus riches du monde, il a fallu s’y reprendre plusieurs fois. A force de démagogie péroniste et de dirigisme militaire, de corruption générale et de trafic monétaire, le petit bas de laine de bien des Argentins ne valait plus rien. D’autres, proches du pouvoir, s’enrichissaient. Le Venezuela, lui, était un pays riche et démocratique. Vieille démocratie rongée par le pétrole où l’aveuglement et l’égoïsme des élites permit l’arrivée de Chavez, la fin de la démocratie et la ruine de l’économie. Plus d’ampoules, plus de papier-toilette, un million huit cents mille Vénézuéliens fuyant leur pays. On pourrait parler de la Russie, de la Corée du nord, de la Lybie, de l’Algérie, de la Serbie, du Rwanda, du Zimbabwe, de la Centrafrique, de l’Afrique du Sud – et de bien d’autres. Tous pays riches en ressources, pauvres en gouvernement et en justice, dont les habitants devraient connaitre des niveaux de vie bien plus élevés au regard du potentiel du pays et de leurs niveaux d’éducation.

Et chez nous ? L’Italie stagne depuis vingt ans. La Grèce a manqué de s’écrouler. L’Espagne, le Portugal et l’Irlande ont surmonté une crise qui les avait d’autant plus frappés qu’ils avaient brûlé les étapes. Les pays peuvent-ils s’effondrer ? Hélas oui. Les dirigeants en portent la responsabilité. Les peuples aussi. Chavez a toujours ses fans. Même en France, un Mélenchon continue à soutenir Maduro, Président illégal et criminel.

Quelles sont les recettes de la destruction ? Dans les autocraties, la corruption : Payer ses sbires. (Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de corruption dans une démocratie, mais elle n’est pas un système de gouvernement). Dans les démocraties, la démagogie : acheter les votes avec l’argent que l’on n’a pas. On va soi disant chercher l’argent chez les riches, qui le planquent ailleurs, s’en vont, ou s’arrangent avec le pouvoir. Ceux qui restent, les classes moyennes, voient leurs comptes bloqués, leurs retraites fondre, leurs enfants au chômage, le travail au noir sauver les meubles.

Peu à peu les institutions mentent et se délitent. Comme les systèmes de surveillance comptables et bancaires. Le Parlement ne sert plus à rien. Les institutions administratives ou judiciaires non plus, parce qu’on leur fait dire, accepter ou voter ce que l’on veut dans l’urgence. Il faut revoir Eltsine, Président du Parlement, démentir en public Gorbatchev et lui signifier la fin de l’URSS. D’un mot, l’empire malade s’effondra.

N’a-t-on pas, en France, voté 12 milliards en quatre jours pour calmer la crise des gilets jaunes ? N’a-t-on pas, aux Etats-Unis, cessé de payer 800.000 fonctionnaires depuis plus d’un mois ? Urgence, panique, tout est possible, quand personne ne respecte procédures et institutions.

Les causes extérieures peuvent aussi détruire, mais que les pays malades. Les krachs, qui frappent les pays déjà endettés qui ne peuvent faire face. Les pays qui ont de bonnes finances résisteront mieux que les autres et profiteront du rebond après la prochaine crise. Il y a les conflits extérieurs, ou pire, les conflits intérieurs. Un gouvernement contesté cherche souvent une échappatoire en désignant un ennemi, qui peut être … vous. L’Algérie en crise post Bouteflika pourrait s’inviter en France, ou au Maroc. L’Italie insolvable aussi.

Il est assez facile de détruire. Plus facile dans un système verrouillé que dans une démocratie ouverte. Dans une démocratie, le peuple peut se défendre, par le droit, par le vote. Encore faut-il qu’il se défende. Etre gouverné par des imbéciles ou être pris pour des imbéciles par des démagogues se paye.

Comment savoir que l’on se moque de vous ? Quand on vous dit que vos difficultés viennent d’ailleurs, quand on vous dit qu’on va enfin faire payer les autres, et que pour vous ce sera gratuit, c’est que vous êtes en train de vous faire avoir.

 

Laurent Dominati

A. Ambassadeur de France

A. Député de Paris

Président du site “Lesfrancais.press”

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