VARSOVIE – L’Agence spatiale européenne prépare des plans pour un réseau de satellites de reconnaissance de qualité militaire avec l’UE dans le cadre d’un budget record de 21 milliards d’euros, a déclaré le directeur général de l’agence, Josef Aschbacher, à Euractiv.
La guerre en Ukraine et les conflits géopolitiques avec les États-Unis ont balayé toute réticence à parler d’investissements dans la défense à l’ESA. Un fait qui a incité Josef Aschbacher à discuter des plans de dépenses lors d’une réunion des responsables de l’UE à Varsovie mardi.
Un budget conséquent
« Nous avons déjà préparé un ensemble de mesure… qui s’élève aujourd’hui à environ 21 milliards d’euros, à plus ou moins », a-t-il déclaré.
L’agence spatiale ne fait pas partie de l’UE, mais ses membres se recoupent en partie. Notamment avec le Royaume-Uni et la Suisse. Tous les trois ans, les ministres de l’espace des États membres de l’ESA se réunissent pour discuter des dépenses relatives à une série de programmes scientifiques et d’exploration, qu’ils se répartissent entre eux.
Lors du dernier sommet à Paris en 2022, les capitales avaient promis un montant record de 16,9 milliards d’euros.
Les contraintes budgétaires nationales devaient freiner toute tentative d’augmentation du budget lors de la prochaine réunion des ministres à Brême en novembre. Mais les menaces d’Elon Musk de couper l’accès de l’Ukraine à Starlink et la position belliqueuse de la Maison Blanche ont renversé ces hypothèses et ont attiré l’attention sur le développement des actifs spatiaux, dans le cadre d’une initiative européenne plus large en matière de défense.
Dans le cadre du plan de Brême, Josef Aschbacher travaille au développement d’un programme de constellation de satellites de reconnaissance qui transmettraient des images infrarouges optiques à ultra-haute résolution, depuis n’importe quel endroit du monde, toutes les 20 ou 30 minutes aux militaires et aux gouvernements qui en feraient la demande.
Centre spatial guyanais, port spatial de l’Europe, CSG : la fusée Ariane 5 décolle pour son dernier vol (05/07/2023). (Photo par : Roger P/Andia/Universal Images Group via Getty Images) [Photo by: Roger P/Andia/Universal Images Group via Getty Images]
« une occasion à ne pas manquer »
Un certain nombre d’entreprises de l’UE, dont la société finlandaise ICEYE, qui fournit des services commerciaux de satellites à l’Ukraine, ont appelé à un tel programme pour stimuler le secteur des start-ups du bloc.
« C’est un vrai changement, nous n’avons pas d’équivalent en Europe », a déclaré Josef Aschbacher à propos du plan. « Je sais que la Chine et les États-Unis sont en train de le mettre en place. »
Une fois tous les programmes additionnés, le chiffre final du budget de l’ESA qui sera présenté aux ministres en novembre sera « supérieur » à 21 milliards d’euros, a déclaré le responsable autrichien de l’espace. Cela fait de la rencontre de Brême « une occasion à ne pas manquer ».
L’Europe est encore un acteur mineur dans le domaine de l’espace. Elle dépense chaque année un cinquième de ce que les États-Unis consacrent à leurs programmes spatiaux.
D’une part, le nouveau gouvernement allemand, qui a dépassé la France en tant que premier contributeur au budget de l’ESA la fois précédente, et qui est un vivier de start-ups dans le domaine des fusées, a fait savoir qu’il avait l’intention d’augmenter ses dépenses lors du sommet de Brême pour aider la mission à rattraper son retard.
L’Argentine incarne depuis plus d’un siècle le paradoxe d’un potentiel contrarié. Pays riche au potentiel maintes fois reconnu, l’Argentine figure parmi les pays les moins bien gérés de la planète. Dotée d’abondantes ressources naturelles, d’un capital humain élevé et d’un accès privilégié aux marchés agricoles, le pays n’en reste pas moins un des meilleurs clients du Fonds Monétaire International. Depuis son premier recours au FMI en 1958, l’Argentine a conclu pas moins de vingt-deux plans d’assistance. Un vingt troisième est en négociation.
Cette dépendance chronique aux aides d’urgence révèle une incapacité persistante à stabiliser son modèle économique. Dans ce contexte, la dette n’est pas un accident : elle est un symptôme récurrent d’un déséquilibre systémique. Depuis son indépendance en 1816, à neuf reprises, l’Argentine a fait défaut sur sa dette externe.
Trois défauts sur la dette depuis 2001
Trois de ces épisodes se sont produits depuis le début du XXIe siècle, signe d’une instabilité structurelle aggravée. Le plus spectaculaire de ces défauts reste celui de 2001. À la faveur d’une décennie marquée par une parité rigide entre le peso et le dollar, une austérité budgétaire prolongée, et une fuite massive des capitaux, l’économie s’enfonce dans une récession dès 1998. Incapable de refinancer sa dette, le gouvernement suspend ses paiements en décembre 2001, sur un encours de 100 milliards de dollars. La crise politique qui s’ensuit est vertigineuse. En effet, cinq présidents se succèdent en quelques semaines. De plus, le peso est brutalement dévalué et les relations avec le FMI sont rompues.
@Adobestock
En 2014, l’Argentine est confrontée à un défaut technique, provoqué par une décision judiciaire américaine interdisant le paiement des créanciers restructurés sans compensation des « holdouts » – des fonds spéculatifs refusant les restructurations de 2005 et 2010. Bien qu’en capacité de payer, l’Argentine est juridiquement contrainte de ne pas honorer sa dette. Enfin, en 2020, au cœur d’une récession alimentée par une inflation importante, le pays fait défaut sur 500 millions de dollars d’intérêts. Un accord est obtenu, en août, avec les créanciers privés pour restructurer 65 milliards de dette, dans l’espoir de retrouver un minimum de stabilité.
Au-delà des épisodes spectaculaires, ce sont les causes structurelles qui expliquent la fragilité persistante du pays. L’Argentine finance de longue date ses déficits budgétaires par un endettement externe en devises, la rendant vulnérable à chaque choc de change ou à chaque remontée des taux d’intérêt internationaux. Sa politique budgétaire suit un cycle procyclique : expansion des dépenses en période de croissance, coupes brutales en temps de crise. La gouvernance économique demeure instable, marquée par des institutions faibles et une banque centrale régulièrement instrumentalisée.
Le FMI est tour à tour perçu comme un soutien indispensable et un catalyseur d’austérité.
L’inflation est endémique, flirtant avec l’hyperinflation dans les années 1980, et dépassant encore 200 % en 2023. L’économie est partiellement dollarisée, et la population se méfie de sa propre monnaie, convertissant au moindre doute ses pesos en dollars. Cette instabilité économique a de profondes répercussions sociales. Par exemple, le PIB est en dents de scie, les investissements fuient, le chômage reste élevé, et plus de 40 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2024.
Les inégalités se creusent dans une société historiquement éprise de justice sociale. Dans ce contexte, le FMI est tour à tour perçu comme un soutien indispensable et un catalyseur d’austérité. Le prêt record de 57 milliards de dollars accordé en 2018 n’a pas empêché l’effondrement de l’économie. Le plan de 2022 visait avant tout à refinancer celui de 2018, les fonds étant utilisés pour rembourser les dettes antérieures. Cette logique circulaire d’endettement nourrit la critique d’une assistance inefficace.
« Un retour au populisme » ?
L’élection de Javier Milei à la présidence fin 2023 a marqué une inflexion brutale. En effet, ce libertarien iconoclaste a décidé la mise en œuvre d’une politique brutale, avec une réduction massive des dépenses publiques (5 % du PIB supprimés dès le premier trimestre 2024). Mais aussi une déréglementation accélérée, un projet de démantèlement de la Banque centrale, et une volonté de dollariser l’économie. C’est pourquoi, depuis quelques mois, les tensions sociales et politiques progressent.
Face à la contestation, Javier Milei met en avant ses résultats en matière d’inflation. Le Président argentin a demandé un nouveau plan d’aide du FMI au mois de mars. Dans le but de consolider la dette, reconstituer les réserves, stabiliser la monnaie, et rassurer les investisseurs. Pour le FMI, le dilemme est aigu. Soutenir Javier Milei, c’est faire le pari du bien-fondé du traitement qu’il inflige à son pays. C’est prendre le risque d’un nouveau défaut, d’un chaos social, et d’un retour au populisme.
C’est lors d’un déplacement en Asie que Lesfrancais.press a eu l’occasion d’interroger Olivia Richard, sénatrice représentant les Français établis hors de France. Depuis Shanghai, la parlementaire, membre du Groupe Union centriste au Sénat, a partagé ses impressions. À notre micro, elle a notamment mis en avant le dynamisme de la ville et l’engagement remarquable des acteurs locaux. En particulier la communauté économique et les femmes françaises. Au-delà de son témoignage, Olivia Richard adresse un message aux Français de l’étranger : « Impliquez-vous, exprimez-vous, inscrivez-vous et votez », en expliquant les raisons de son appel.
Céline Pozzobon, conseillère des Français de l’étranger
Cet échange a également été l’occasion de donner la parole à Céline Pozzobon, élue consulaire, qui a souligné l’importance d’une telle rencontre pour la communauté française sur place.
Un travail collaboratif et un soutien aux femmes
C’est à l’initiative de Céline Pozzobon, conseillère des Français de l’étranger, que ce déplacement a pu être organisé. L’objectif était d’attirer l’attention de la sénatrice sur les difficultés rencontrées par les Volontaires Internationaux en Entreprise (VIE) à Shanghai. Mais aussi sur les défis liés à la coopération en matière de sécurité sociale. Cette dernière thématique englobe notamment les questions de chômage et de retraites qui concernent directement nos compatriotes établis à l’étranger. Selon Céline Pozzobon, ce déplacement a permis de « rencontrer un grand nombre d’acteurs à Shanghai, aussi bien communautés d’affaires, étudiants, femmes, CCI, entrepreneurs » et d’aborder ces sujets directement.
« Lorsque l’on est femme conjointe, sans activité ici, ce ne sont pas du tout les mêmes risques que pour celles et ceux qui arrivent avec un package »
Olivia Richard, Sénatrice des Français établis hors de France
Au cours de cette interview, Olivia Richard a évoqué les défis spécifiques auxquels font face les femmes. Notamment celles qui créent des entreprises. Elle a ainsi souhaité mentionner des initiatives comme celle de l’association JEF, qui soutient les femmes entrepreneures ou encore La Ruche, qui accompagne des projets de reconversion.
Un travail collaboratif et un soutien aux femmes
« Lorsque l’on est femme conjointe, sans activité ici, ce ne sont pas du tout les mêmes risques que pour celles et ceux qui arrivent avec un package expatrié », nous rappelle la parlementaire. D’autres exemples de situations sont également partagés au cours de ce podcast.
Du terrain au travail législatif
Comment la sénatrice Olivia Richard peut-elle traduire ses expériences et les rencontres directes avec la communauté française à l’étranger dans son travail de parlementaire ? Selon elle, « ce n’est pas nécessairement une traduction législative, on peut aussi attirer l’attention des différents ministères sur les besoins ».
« De toute façon, ça ne peut avancer qu’avec des actions transpartisanes »
Olivia Richard, Sénatrice des Français établis hors de France
En outre, le ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin, a annoncé un projet de loi pour les ressortissants français établis à l’étranger pour le second semestre 2025. Ce texte constituera sans doute un moment clé pour défendre les intérêts des expatriés. Olivia Richard souligne que « de toute façon, ça ne peut avancer qu’avec des actions transpartisanes », en illustrant son propos par des exemples concrets.
Du terrain au travail législatif
L’ une de ses propositions concerne notamment la redéfinition du rôle des conseillers des Français de l’étranger. Afin qu’ils puissent avoir un impact réel. Elle remet ainsi en question le système actuel. Ce dernier comprenant deux niveaux de représentation (Conseillers des Français de l’Étranger dans les pays de résidence et Conseillers à l’Assemblée des Français de l’étranger).
Qui sont les Français de l’étranger et combien sont-ils ?
Pour garantir l’efficacité des réformes et du futur projet de loi, Olivia Richard estime qu’il serait intéressant d’organiser une consultation publique avec les Français de l’étranger. « Comme dit Gérard Larcher, il faut qu’on puisse écouter ce que nous disent nos compatriotes a fortiori quand ils sont loin et qu’ils ont peu de moyens de se faire entendre », précise-t-elle. Le tout en nuançant son propos : aujourd’hui, « nous n’avons pas les moyens en réalité de communiquer, ou très peu, avec l’intégralité de nos compatriotes » à l’étranger, en raison d’un problème de recensement.
« La première étape pour impliquer les Français établis hors de France à la vie démocratique est le recensement »
Olivia Richard, Sénatrice des Français établis hors de France
Pour la sénatrice, « la première étape pour impliquer les Français établis hors de France à la vie démocratique est le recensement », insiste-t-elle, car cela permet de mieux cibler les besoins et de communiquer plus efficacement avec la diaspora. Elle souligne notamment l’importance de l’inscription au registre des Français de l’étranger. Prenant notamment l’exemple de la lutte contre les violences faites aux femmes. Sur ce point, Olivia Richard met en avant cette question de sécurité de nos compatriotes à l’étranger. Elle ajoute que « les victimes de violences intrafamiliales, c’est un chiffre noir même en France, mais surtout à l’étranger ». La sénatrice propose des actions concrètes pour faire face à ces situations.
« Il faut changer l’image persistante et toxique que les Français établis hors de France peuvent avoir en France (…) ça donne envie de hurler »
Olivia Richard, Sénatrice des Français établis hors de France
Enfin, Olivia Richard lance un appel vibrant aux Français de l’étranger : « Impliquez-vous, exprimez-vous, inscrivez-vous et votez, c’est comme cela que l’on est pris en compte, quand on demande votre avis, il faut le donner (…) et changer l’image persistante et toxique que les Français établis hors de France peuvent avoir en France (…) ça donne envie de hurler » conclu-t-elle !
La Commission européenne équipe son personnel envoyé aux États-Unis de téléphones jetables en raison des craintes de surveillance, a révélé le Financial Times lundi.
Les nouvelles directives émises par l’exécutif de l’UE, qui préconise également l’utilisation d’ordinateurs simplifiés lors des voyages aux États-Unis, sont similaires à celles concernant les voyages en Ukraine ou en Chine.
Il est conseillé à tout le personnel d’éteindre ses appareils et de les placer dans une pochette anti-espionnage dédiée à son entrée dans le pays, selon le rapportdu FT, qui cite des responsables de la Commission.
Il est conseillé à tout le personnel d’éteindre ses appareils et de les placer dans une pochette anti-espionnage dédiée à son entrée dans le pays. (Photo de Jeffrey Greenberg/Universal Images Group via Getty Images)
La Commission a confirmé que les directives avaient récemment été mises à jour, mais n’a pas commenté sur les détails des changements.
Les négociations de l’UE avec l’administration Trump sur sa guerre tarifaire se poursuivent. Le chef du commerce du bloc, Maroš Šefčovič, est à Washington lundi pour rencontrer son homologue américain Howard Lutnick.
Plus tard ce mois-ci, trois autres commissaires doivent se rendre à Washington pour des réunions au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale.
Les États-Unis auraient connu une baisse des arrivées de touristes depuis la réélection de Donald Trump, certains voyageurs ayant fait l’objet d’un contrôle supplémentaire à la frontière, notamment de vérifications de leurs téléphones et ordinateurs. En mars, un universitaire français s’est vu refuser l’entrée après qu’une vérification de son téléphone personnel a révélé des messages critiquant les politiques de du président américain.
La décision de Donald Trump de majorer les droits de douane américains repose sur un pari, celui de la réindustrialisation de son pays, seule à même, à ses yeux, de procurer des salaires décents à sa population. Ce pari passe par la réorientation de la population active vers l’industrie ainsi que par la mobilisation des capitaux en faveur de ce secteur d’activité.
Plusieurs facteurs risquent néanmoins de contrarier le plan du Président américain : le manque d’actifs disponibles, leur faible niveau de compétences, et les coûts élevés de production aggravés par l’inflation.
Une désindustrialisation aux causes multiples
Depuis les années 1990, les États-Unis ont connu une profonde recomposition de leur appareil productif. Le poids de l’industrie manufacturière dans le PIB et l’emploi n’a cessé de diminuer. En 1990, l’industrie représentait encore environ 16 % du PIB et plus de 17 millions d’emplois. En 2025, elle ne pèse plus que 10 à 11 % du PIB et les emplois industriels sont tombés à 12,9 millions, soit à peine 8 % de l’emploi total.
Avec la France et le Royaume-Uni, les États-Unis sont le pays ayant connu le plus fort mouvement de désindustrialisation. Celle-ci doit être néanmoins relativisée. La production industrielle américaine n’a pas baissé en volume. Elle a continué à croître jusqu’à la crise de 2008, puis a stagné. L’économie s’est tertiarisée avec l’essor des services à forte valeur ajoutée en particulier dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.
La moindre intensité de main-d’œuvre dans l’industrie s’explique par la progression de la productivité du travail dans l’industrie. Les accords commerciaux, notamment l’ALENA (1994) puis l’adhésion de la Chine à l’OMC (2001), ont accéléré la concurrence mondiale. Les chaînes de valeur mondiales se sont développées, de nombreuses entreprises américaines ont transféré une partie de leur production en Chine, au Mexique ou ailleurs.
La désindustrialisation a touché plus durement certaines régions, notamment le Midwest (ancienne « Rust Belt ») : l’Ohio, la Pennsylvanie, le Michigan, ou encore l’Illinois ont perdu des dizaines de milliers d’emplois industriels. Ce phénomène a accentué les fractures territoriales et économiques.
Le retour en force du protectionnisme
Dès 2017, Donald Trump a engagé une politique commerciale protectionniste avec des tarifs douaniers visant à protéger l’industrie américaine, notamment face à la Chine avec des résultats limités. Joe Biden a mis en œuvre une politique favorisant les investissements sur le territoire américain avec l’adoption notamment de l’Inflation Reduction Act (2022), axée sur la transition énergétique et les subventions à la production domestique, et du CHIPS and Science Act (2022), visant à relancer la production de semi-conducteurs sur le sol américain.
Le retour en force du protectionnisme
De son côté, l’Infrastructure Investment and Jobs Act (2021) avait comme objectif de renforcer les infrastructures logistiques et énergétiques.
Donald Trump a entamé son deuxième mandat en plaçant l’augmentation des droits de douane au cœur de sa stratégie économique. À la différence des mesures prises lors de son premier mandat, il a décidé de relever tous les tarifs douaniers applicables à tous les pays commerçant avec les États-Unis. Ce choix vise à empêcher des déplacements de production entre les différents pays pour échapper aux droits de douane. Le relèvement des droits vise également à contraindre les partenaires commerciaux à ouvrir plus largement leur marché aux produits américains.
Une politique inflationniste et défavorable à la croissance
La politique américaine est de nature inflationniste. Les droits de douane devraient aboutir à une augmentation des prix des produits importés. Cela aura des effets sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les coûts de production. Avec l’éclatement des chaînes de valeur, l’industrie américaine recourt à de nombreux bien intermédiaires importés en provenance en particulier du Canada et du Mexique.
La lutte contre l’immigration illégale devrait également accroître les tensions inflationnistes avec un marché du travail proche du plein-emploi. Une inflation plus importante pénalisera la compétitivité de l’économie américaine et pèsera sur ses exportations.
La politique économique du Président devrait restreindre la consommation, principal moteur de la croissance aux États-Unis. Le moral des Américains est déjà orienté à la baisse, ce qui pourrait induire des changements de comportement dans les prochaines semaines avec une réduction de leurs achats. Aux États-Unis, l’évolution des cours boursiers entraîne des conséquences sur la consommation et l’investissement. En effet, avec la disparition de l’effet richesse que générait la hausse du cours des actions, ces dernières années, les ménages pourraient revoir leur niveau de consommation à la baisse. De leur côté, les entreprises pourraient diminuer leurs investissements, celles-ci se finançant majoritairement via les marchés financiers à la différence de leurs homologues européennes qui privilégient le crédit bancaire.
Une main-d’œuvre insuffisante et mal formée
La réindustrialisation des États-Unis bute sur des problèmes de main-d’œuvre. Le taux de chômage est faible, autour de 4 % de la population active. Certes, le taux d’emploi offre de marges de manœuvre. Il s’élève à 71 % contre 79 % en Allemagne. Néanmoins, la proportion des handicapés (disabled) dans la population est élevée, 11 % des Américains en âge de travailler ont un handicap. Cette forte proportion est imputable en grande partie à la dépendance d’une partie de la population aux opiacées. L’industrie nécessite des salariés bien formés ayant des compétences techniques importantes. Or le niveau des compétences des Américains est bas, comme le souligne l’enquête PIAAC de l’OCDE.
Les coûts de production sont aux États-Unis élevés limitant la réindustrialisation. Celle-ci ne peut passer que par un recours à l’automatisation, ce qui conduira à un faible niveau de création d’emplois.
A terme, la réduction des fonds fédéraux alloués au Center For Disease Control (CDC), à l’Advanced Research Projects Agency – Energy (ARPA-E), l’Agency for Healthcare Research and Quality (AHRQ), et à diverses universités (Columbia, John Hopkins) peut entraver la recherche aux États-Unis qui constituait jusqu’à maintenant une de forces du pays. En décidant de suspendre le financement des études sur le changement climatique à l’Environmental Protection Agency (EPA) et en exerçant des pressions sur l’Office of Research Integrity (ORI), le Président américain incite les chercheurs à émigrer.
Aux États-Unis, les droits de douane, les expulsions d’immigrés, la désorganisation des agences fédérales pèsent sur la croissance avec une augmentation de l’inflation à court terme. À moyen ou long terme, une compensation ne peut intervenir qu’à condition de maintenir la compétitivité de l’économie américaine, ce qui suppose une amélioration du niveau de formation des salariés et une augmentation du taux d’emploi. Les mesures prises à l’encontre de la recherche pourraient pénaliser l’attractivité de l’économie américaine sur longue période.
Comment réaliser 40 milliards d’euros d’économies en 2026 tout en étant sous la menace de la censure à l’Assemblée nationale ? A défaut de résoudre cette équation politique, François Bayrou a décidé de mettre en place un comité d’alerte sur le budget.
Derniers recours : la prise de conscience des citoyens
Le Premier ministre a dressé un constat alarmant sur la situation budgétaire du pays, mardi 15 avril, en estimant que « seule une prise de conscience de nos concitoyens » pouvait « soutenir une action déterminée » de redressement des comptes publics. Il a qualifié la dette du pays de « piège dangereux, potentiellement irréversible ».
Il s’exprimait à l’issue d’une réunion d’un « comité d’alerte sur le budget », tenue dans la matinée, où plusieurs membres de son gouvernement ainsi que des parlementaires, des représentants d’organismes de sécurité sociale ou encore syndicaux ont échangé sur l’état des finances publiques.
La France « manque de moyens » pour financer ses politiques publiques parce qu’elle « ne produit pas assez et ne travaille pas assez » et « dépense trop par rapport à [ses] recettes », a fait valoir M. Bayrou, à l’aide d’infographies projetées derrière lui.
Le Premier ministre, François Bayrou, à l’issue de la réunion d’un Comité d’alerte du budget, le 15 avril 2025. AFP – ALAIN JOCARD
Face à « ces constats et ces déséquilibres », qu’il a qualifiés « d’objectifs », le chef du gouvernement a écarté « deux solutions de facilité » qui seraient « intenables », selon lui : une hausse des impôts et emprunter davantage, « ce que nous faisons depuis des décennies » et qui a conduit le pays « au bord du surendettement », a-t-il commenté.
Pour tenter d’y répondre, le gouvernement se fixe « quatre grandes orientations », a-t-il fait savoir. La première d’entre elles est l’« indépendance en matière de sécurité et de défense » de la France, M. Bayrou envisageant « un effort de quelque 3 milliards supplémentaires » dans le budget 2026 en la matière. S’ensuivent « le refus du surendettement » en maintenant « l’objectif d’un retour aux 3 % de déficit en 2029 », puis « la refondation de l’action publique » et le besoin de « vitalité économique », via l’investissement industriel, technologique ou encore la simplification administrative.
Préparer le budget 2026
Enfin, François Bayrou a annoncé la volonté du gouvernement d’accélérer le « calendrier habituel » concernant l’élaboration du budget 2026, afin « rassembler toutes les contributions, toutes les suggestions ». « Notre but, c’est que ces grandes orientations et ces grands choix soient proposés avant les vacances, avant le 14 juillet », a-t-il déclaré, alors que l’examen du budget aura, comme chaque année, lieu à l’automne au Parlement.
Une initiative saluée dans un communiqué par le député des Français de l’Europe centrale et des Balkans, Frédéric Petit (MODEM) en ces termes :
« Outre le fait que l’exercice est inédit – jamais aucun gouvernement jusqu’ici n’a anticipé à ce point l’exercice budgétaire suivant -, la volonté de transparence du gouvernement est à saluer. Il s’agit moins ici de prendre les Français à témoin que de partager avec eux l’état de nos finances publiques, dégradé, pour mieux comprendre la décision publique et contenir le déficit en 2026. »
Le Premier ministre a fixé les vacances d’été comme date butoir pour proposer « les grandes orientations » et les « grands choix » issus du diagnostic réalisé : « Notre but est de les proposer avant le 14 juillet et que nous puissions avoir une vision plus nette des possibilités et des opportunités qui se présenteront devant nous. »
Première proposition entendue ce mardi 15 avril, c’est celle du ministre des Français de l’étranger, Laurent Saint Martin. Ce dernier propose de s’attaquer aux dépenses sociales en modulant la prise en charge des soins de santé en prenant en compte « les capacités de chacun ». Une idée qui est souvent la règle hors d’Europe, mais qui provoquera, sans en douter, une levée de boucliers. En un trimestre, la France pourra-t-elle imaginer un nouveau modèle ?
L’Exposition universelle 2025 vient d’ouvrir ses portes à Osaka, au Japon, et plus précisément sur l’île artificielle de Yumeshima. Jusqu’au 13 octobre, cet événement rassemble 160 pays et régions. Un rendez-vous placé par les organisateurs sous le signe des technologies du futur été de la diversité, dans un monde fracturé.
Imaginer le futur
Trois ans après l’Exposition universelle organisée à Dubaï « Connecter les Esprits, Construire le Futur », celle d’Osaka poursuit ce thème pour « Concevoir la société du futur, imaginer notre vie de demain ». Le tout avec un accent particulier sur l’intelligence artificielle et le spatial.
Lors de la cérémonie d’inauguration, le Premier ministre du Japon, Shigeru Ishiba, a formé « le vœu que l’Exposition Universelle 2025 serve de catalyseur pour promouvoir « l’unité dans la diversité ». De son côté, le Secrétaire Général du Bureau International des Expositions (BIE), Dimitri S. Kerkentzes, a indiqué : « Dans ce lieu magnifique, cet espace de paix et de découverte, chaque nation est invitée à concevoir une société future fondée sur la créativité, le partenariat et l’inclusivité. »
« Un moment d’amitié entre la France et le Japon qui dans cette période trouble est plus qu’une nécessité »,
Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger
Quant au ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin, présent également, il a parlé de « moment d’amitié » entre notre pays et le Japon, qui « dans cette période trouble est plus qu’une nécessité ».
L’héritage des expositions universelles
C’est en 1851, à Londres, que fut organisée la première exposition universelle. Notamment pour célébrer la révolution industrielle en plein essor. Celle de 1889 marquera Paris à jamais, avec la présentation de la Tour Eiffel. Celle de 1900 laissera à la capitale française le Grand et le Petit Palais. Et chez nos voisins Belges, c’est l’Atomium qui symbolise Bruxelles depuis l’exposition de 1958.
Depuis 1931, c’est le Bureau international des expositions, basé à Paris, qui encadre et réglemente les Expositions Universelles. Le BIE compte désormais 184 États Membres, et la ville hôte est choisie par l’Assemblée générale. Osaka accueille pour la deuxième fois cet événement. En 1970, lors de la précédente édition dans la ville nippone, 64 millions de visiteurs avaient parcouru les différents pavillons présentés. Chiffre qui semble difficilement atteignable cette année selon les observateurs.
L’Ukraine n’est pas à vendre !
Passerelles entre gouvernements, entreprises, organisations internationales et citoyens, l’exposition universelle à Osaka donne aussi l’occasion aux pays de communiquer avec le reste du monde. Ainsi, un panneau jaune et bleu indique « Pas à vendre » (« Not for sale ») au-dessus du stand de l’Ukraine. « Nous voulons que le monde en sache davantage sur notre résilience. Nous sommes ceux qui créent, et non ceux qui détruisent », a déclaré à l’AFP Tatiana Berezhna, vice-ministre ukrainienne de l’Économie. La Russie est d’ailleurs absente de l’Expo-2025.
La France et l’Amour
Côté français, le pavillon tricolore proposer une expérience immersive avec pour fil rouge (selon la légende japonaise Akai Ito) « un hymne à l’Amour ». C’est une promenade qui est proposée au visiteur. Celle-ci offre notamment un dialogue entre l’amour de soi (mise en valeur des capacités et des savoir-faire de chacun). Mais également l’amour des autres (qui passe par l’Art de vivre, la solidarité et l’inclusion) et l’amour de la nature (pour mieux la protéger, la restaurer ou l’exploiter de façon durable), selon les informations partagées par l’Ambassade de France au Japon.
« C’est cette lecture française du monde, un hymne à l’Amour mais aussi à l’audace et au dialogue, que les visiteurs du pavillon français de l’exposition universelle d’Osaka 2025 pourront découvrir » a par ailleurs communiqué le président de la République, Emmanuel Macron.
L’actrice Sophie Marceau et Teddy Riner, dimanche à Osaka, au Japon. (I. Kato/Reuters)
L’inauguration du pavillon français a notamment été marquée par la présence de l’actrice Sophie Marceau et du médaillé olympique de judo, Teddy Riner. «En ces temps difficiles, le lien, et par cela l’amour, est une belle promesse, un beau projet» a, entre autres, déclaré l’éternelle Vic du film La Boum.
Une promotion du « savoir-faire français »
Pour Jean-Philippe Audren, un de nos compatriotes vivant au Japon, et aussi délégué des Français de l’étranger pour le parti Territoires de Progrès,
« Ce pavillon français est un véritable chef-d’œuvre architectural avec cet escalier hélicoïdal cuivré qui attire les regards de tous les visiteurs »
Jean-Philippe Audren, délégué FdE Territoires de Progrès
Jean-Philippe Audren, délégué FdE Territoires de Progrès
Et il poursuit « c’est aussi un hymne à l’amour, à l’amour de l’être humain et de la nature avec notamment son toit jardin regroupant divers paysages français qui invite à la flânerie … s’il ne pleut pas comme dimanche lors de l’inauguration », nous glisse-t-il de façon en souriant. Enfin, selon lui, « ce pavillon français met en lumière les talents et savoir-faire français ».
Et il semblerait que cette promesse française attire. Depuis dimanche, les visiteurs sont nombreux à vouloir visiter ce lieu, les files d’attente ne diminuent pas. La France continue donc à séduire à l’international en exposant l’amour, comme langage universel.
Alors que l’image de l’exilé fiscal colle encore parfois aux Français de l’étranger, l’Italie a été cité dernièrement comme étant une terre paradisiaque pour les impôts. « Ce n’est pas la réalité », répondent les élus consulaires représentant nos compatriotes dans ce pays. Ils viennent d’ailleurs d’écrire une tribune pour l’expliquer, « L’Italie n’est pas un paradis fiscal ! ». Lesfrancais.press publie ce texte dans son intégralité.
« Nous, conseillers des Français de l’étranger élus en Italie, souhaitons réagir aux articles qui véhiculent une vision biaisée et trompeuse de la réalité fiscale qui attend nos compatriotes s’installant en Italie, et risque d’induire en erreur de nombreux Français séduits par une illusion fiscale qui n’existe pas.
Contrairement aux affirmations avancées, l’Italie ne constitue en rien un paradis fiscal pour la majorité des Français qui y résident. Au contraire, nous sommes régulièrement sollicités par des compatriotes en grande détresse financière, ayant découvert, souvent trop tard, la lourdeur du système fiscal italien.
L’article « Le Figaro Magazine du 15 février dernier, intitulé « L’Italie, le nouvel eldorado des exilés fiscaux français » omet de préciser que les pensions de retraite issues du régime général français sont imposées à la fois en France et en Italie (imposition partagée) conformément à l’article 18.2 de la convention fiscale franco-italienne. En Italie, les pensions de retraite sont exonérées d’impôt jusqu’à 8 500 € grâce à la “no tax area”. Au-delà de ce seuil, elles sont soumises à un taux d’imposition de 23 %, à l’exception de certains avantages fiscaux accordés aux revenus plus modestes. En France, les pensions modestes bénéficient d’une exonération jusqu’à 11 497 € et sont imposées à un taux réduit de 11 % jusqu’à 29 315 €.
Ignorant cette réalité, de nombreux retraités français s’installent en Italie dans l’espoir d’une dolce vita, pour se retrouver quelques années plus tard face à des redressements fiscaux accablants. Le fisc italien peut en effet leur réclamer de 6 à 9 ans d’arriérés d’impôts, assortis de pénalités pouvant atteindre 200 % des sommes dues. Des retraités modestes se sont même vus contraints de vendre leur unique bien immobilier en Italie pour régler des dettes fiscales s’élevant parfois à 50 000 ou 60 000 euros.
L’Italie impose non seulement les revenus à des taux bien plus élevés que la France, mais elle applique également des impôts sur le patrimoine immobilier et mobilier situés à l’étranger :
L’impôt foncier IVIE taxe tous les biens immobiliers détenus hors d’Italie, rendant illusoire toute tentative d’échapper à l’Impôt sur la Fortune Immobilière français.
L’IVAFE impose le patrimoine mobilier détenu à l’étranger, y compris les comptes bancaires, placements et assurances-vie, alors que la France a supprimé l’ISF sur ces actifs.
L’article évoque la possibilité pour les retraités français de bénéficier d’une flat tax de 7 % en s’installant dans certaines communes italiennes de moins de 20 000 habitants. Or, cette disposition est complexe et restrictive. En particulier, elle ne s’applique que pendant une période limitée dans le temps et uniquement dans 8 régions de l’Italie. Présenter cette mesure comme un avantage généralisé relève donc d’une information partielle.
Dès 28 000 € de revenus annuels, le taux d’imposition en Italie s’élève à 35 %, et atteint 43 % au-delà de 50 000 €, alors qu’en France, la tranche maximale de 45 % ne s’applique qu’à partir de 180 294 €.
Face à ces réalités, l’Ambassade de France en Italie informe ses ressortissants et les Consulats Généraux organisent des réunions d’information avec des experts comptables, avocats fiscalistes et élus, afin d’alerter nos compatriotes sur ces ambiguïtés fiscales. Nous encourageons vivement toute personne envisageant de s’installer en Italie à se renseigner minutieusement avant de prendre une décision qui pourrait avoir de lourdes conséquences financières. »
Marie Ange Amico ( Conseillère des Français de l’étranger pour l’Italie du Nord)
Gaëlle Barré ( Conseillère des Français de l’étranger pour l’Italie du Sud, Présidente du Conseil Consulaire de Rome)
Alexandre Bézardin ( Conseiller des Français de l’étranger pour l’Italie du Nord, Vice Président de l’Assemblée des Français de l’étranger)
Carole de Blesson ( Conseillère des Français de l’étranger pour l’Italie du Sud)
Pierre Choraine ( Conseiller des Français de l’étranger pour l’Italie du Sud)
Olivier Lebel ( Conseiller des Français de l’étranger pour l’Italie du Sud)
Hugues Le Cardinal ( Conseiller des Français de l’étranger pour l’Italie du Nord, Conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger, Président du Conseil Consulaire de Milan)
Isabelle Monat ( Conseillère des Français de l’étranger pour l’Italie du Nord)
Annie Rea ( Conseillère des Français de l’étranger pour l’Italie du Nord, Conseillère de l’Assemblée des Français de l’étranger)
Olivier Spiesser ( Conseiller des Français de l’étranger pour l’Italie du Sud, Conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger)
La compétition entre la Chine et les États-Unis fait rage dans le domaine des technologies de pointe. Cette rivalité se cristallise notamment autour de l’intelligence artificielle (IA). OpenAI et son fameux ChatGPT peuvent-ils être supplantés par les modèles produits par DeepSeek, son concurrent chinois, aussi performant – ou presque – et moins cher ? Le véritable vainqueur de la course à l’IA ne sera peut-être pas le pays à l’origine des meilleurs modèles de robots conversationnels. Il est probable que ce soit celui où les gouvernements, les entreprises et les citoyens ordinaires utilisent l’IA de manière efficiente dans toutes les activités qui remporte la mise. De la croissance économique à la puissance militaire, la diffusion technologique compte finalement plus que l’innovation elle-même, même si cette dernière peut générer des effets de rente. Malgré tout, la course est plus ouverte qu’il n’y paraît.
À la différence des applications en ligne, l’IA peut générer des gains de productivité dans de nombreux secteurs et profiter ainsi à un grand nombre d’acteurs économiques.
La Chine, puissance innovante mais entravée
La Chine est devenue, au cours de ces dernières décennies, l’un des acteurs majeurs des nouvelles technologies. Elle est à l’origine de près de la moitié des nouveaux brevets mondiaux, mais peine à les exploiter. Selon une étude récente de Jeffrey Ding, de l’université George Washington, fondée sur des données de 2020 de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), la Chine ne se classe qu’à la 47e place mondiale pour l’exploitation et la diffusion des innovations. Le pays a tardé à développer des liens entre le monde universitaire et l’industrie. L’aversion au risque et le poids de la bureaucratie freinent la valorisation des résultats de la recherche. Le caractère centralisé des processus de décision constitue également un frein à l’utilisation de l’IA. L’économie chinoise reste plus dépendante de l’industrie manufacturière et de l’agriculture que celle des États-Unis. Elle compte donc moins d’entreprises susceptibles d’exploiter pleinement l’IA.
Par ailleurs, le cloud computing est moins utilisé par les entreprises chinoises que par leurs homologues américaines, ce qui les prive d’une puissance de calcul évolutive.
Une dynamique de rattrapage accélérée
L’avantage comparatif américain n’est pas éternel, la Chine rattrape rapidement son retard en matière d’adoption des technologies. Selon les derniers chiffres de l’OMPI, elle se classe désormais au 32e rang mondial en matière de diffusion technologique, soit 15 places de mieux qu’en 2020. Des véhicules électriques aux robots assurant le service en chambre, le consommateur chinois est exposé à des technologies souvent plus sophistiquées que son homologue américain. Certains acteurs du secteur estiment que, désormais, c’est la Chine – et non les États-Unis – qui est en tête pour la diffusion des innovations. Comme l’a affirmé Han Jizhong, de l’Académie chinoise des sciences, en 2023 : « Nous avons surpassé les Américains dans de nombreuses technologies, non pas grâce à des avancées révolutionnaires, mais grâce à nos capacités d’application issues de notre immense marché. »
La Chine peut donc combler son retard technologique mais, pour l’instant du moins, les États-Unis conservent une avance certaine. Les entreprises américaines investissent massivement dans l’IA, notamment dans des applications de ressources humaines et de comptabilité. De plus en plus de logiciels intègrent des modules d’IA, comme la suite bureautique de Microsoft. En Chine, le marché des logiciels d’entreprise représente environ un dixième de celui des États-Unis et reste relativement conventionnel.
Une IA plus efficiente côté chinois ?
Les Américains dépensent beaucoup dans les technologies de pointe, mais pas toujours à bon escient. Un dollar investi dans des services d’IA chinois rapporte souvent davantage qu’un dollar investi dans des services américains. Les prix en Chine sont plus bas, en raison de la forte concurrence au sein des entreprises de cloud computing et du caractère open source des modèles d’IA. En 2023, ByteDance, une grande entreprise technologique chinoise, a réduit le prix de son chatbot Doubao, le rendant 99 % moins cher que ChatGPT d’OpenAI.
Les études sur l’utilisation de l’IA sont contradictoires. Selon une enquête d’IBM, 50 % des entreprises chinoises utilisaient l’IA, contre un tiers des entreprises américaines. Une étude de McKinsey indique que 19 % des Chinois utilisent l’IA au travail, contre 12 % des Nord-Américains. Des données du gouvernement japonais montrent que bien plus d’entreprises chinoises qu’américaines ont adopté une politique d’usage de l’IA générative.
L’IA au cœur de l’économie chinoise
L’adoption de l’IA en Chine semble se concentrer sur trois secteurs clés : le secteur public, les technologies grand public et le matériel informatique professionnel.
Les administrations centrales représentent à elles seules la moitié de la demande pour le modèle de DeepSeek. Les collectivités locales et le système de santé utilisent de plus en plus l’IA, notamment pour la gestion des dossiers hospitaliers. Les consommateurs chinois semblent aussi plus enclins à expérimenter l’IA que leurs homologues américains.
L’IA au cœur de l’économie chinoise
Les prix moins élevés expliquent en partie cette situation : la plupart des chatbots chinois sont gratuits. La confiance joue également un rôle. Les Chinois sont plus optimistes quant à la manière dont la technologie peut améliorer leur vie, tandis que les Occidentaux se montrent de plus en plus méfiants vis-à-vis du progrès technique. Aux États-Unis comme en Europe, le déploiement de l’IA bute sur des réglementations de plus en plus complexes en matière de protection des données et de droits d’auteur. En Chine, ces réglementations sont moins développées. Les consommateurs chinois semblent prêts à partager leurs données… ne serait-ce que pour acheter un café.
Face à des consommateurs ouverts aux innovations, les entreprises chinoises multiplient les applications dotées de fonctions d’IA. 81 % des Chinois savent quels types de produits utilisent l’IA, contre 39 % des Américains, selon l’institut Ipsos.
Le secteur manufacturier, un atout stratégique
Le secteur manufacturier est le troisième plus important client de l’IA en Chine, après l’État et les consommateurs. En 2024, 3 % des investissements américains en capital-risque dans l’IA ont été consacrés à l’industrie manufacturière, contre 43 % en Chine. Certains industriels asiatiques considèrent d’ailleurs que c’est dans ce secteur que la Chine pourrait le plus se démarquer des États-Unis. La Chine représente déjà près de 30 % de la production manufacturière mondiale, contre 20 % en 2011. Elle compte plus de robots industriels par ouvrier que presque tous les autres pays développés. Elle se lance désormais dans de nouveaux domaines.
En février, BYD, constructeur de véhicules électriques, a lancé une technologie avancée d’assistance à la conduite sans surcoût. Tesla propose cette option aux États-Unis pour 9 000 dollars par véhicule. Des entreprises comme Unitree et EngineAI fabriquent des robots humanoïdes de plus en plus perfectionnés. L’IA permet aussi à la Chine de surmonter les blocages induits par les sanctions américaines. Entre 2019 et 2023, les importations chinoises de biens d’équipement américains ont chuté de plus de 20 % en termes réels, privant ses entreprises du matériel le plus avancé. Grâce à l’IA, elles commencent à combler leur retard.
Les États-Unis : puissance technologique et financière
Les États-Unis conservent un atout de taille : la puissance financière des GAFAM. En 2025, Amazon, Alphabet, Microsoft et Meta investiront plus de 300 milliards de dollars dans les nouvelles technologies, dont une grande partie sera consacrée à l’IA. Alibaba, Baidu, ByteDance et Tencent ne disposent que d’un sixième de ce montant. Selon le cabinet Dell’Oro Group, les dépenses américaines en serveurs d’IA en 2024 étaient quatre fois supérieures à celles de la Chine. Les États-Unis disposent aussi de dix fois plus de centres de données. Toutefois, ce réservoir de capitaux les conduit parfois au gaspillage. Si cette manne venait à se tarir, la donne pourrait changer.
L’Europe : en quête d’un troisième chemin
Et l’Europe dans cette bataille ? Si elle ne rivalise pas en volume d’investissement avec les États-Unis ou la Chine, elle entend se positionner par la qualité, la régulation et l’éthique. Le Règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act), adopté en 2024, vise à encadrer les usages de l’IA en fonction des risques, en promouvant des modèles « fiables », transparents et respectueux des droits fondamentaux. Ce choix constitue-t-il un frein à l’expansion de l’IA ? En partie, mais il pourrait aussi créer un standard international.
En 2023, selon Eurostat, seulement 8 % des entreprises européennes déclaraient utiliser des solutions d’IA, avec de fortes disparités : 15 % en Suède, 13 % en Finlande, mais seulement 5 % en France et 4 % en Italie.
Le retard est aussi financier : les investissements européens dans l’IA atteignaient environ 10 milliards d’euros en 2023, contre 45 milliards aux États-Unis et près de 30 milliards en Chine. Toutefois, certains acteurs européens, comme Mistral AI en France, Aleph Alpha en Allemagne ou Graphcore au Royaume-Uni, se développent rapidement et défendent une IA « souveraine ». La Commission européenne, via les programmes Digital Europe et Horizon Europe, soutient activement la recherche et l’adoption de l’IA, avec un objectif affiché de tripler les investissements publics et privés d’ici 2027. L’Europe mise ainsi sur une approche qualitative, fondée sur la confiance et les cas d’usage ciblés (santé, industrie, énergie), mais elle doit encore lever deux freins majeurs : la fragmentation du marché et l’insuffisance de capital-risque.
L’IA comme révélateur de modèles de société
La rivalité sino-américaine dans le domaine de l’intelligence artificielle révèle des modèles économiques, politiques et culturels très différents. Les États-Unis misent sur la puissance financière et l’innovation privée ; la Chine s’appuie sur l’échelle de son marché et sur la mobilisation coordonnée de l’État. L’Europe, elle, tente d’inventer une voie régulée et éthique, mais reste en retrait en matière d’usages et d’investissements.
À terme, ce ne sont peut-être pas les performances techniques des modèles d’IA qui feront la différence, mais la manière dont ces technologies seront intégrées dans le tissu économique, social et institutionnel. La diffusion comptera autant, sinon plus, que l’invention. La bataille de l’IA pourrait ainsi récompenser non pas le plus brillant des ingénieurs, mais le plus agile des systèmes.
L’Orchestre des lycées français du monde (OCLFM), un projet musical emblématique du réseau AEFE, a offert un concert exceptionnel au Lycée français Charles Lepierre de Lisbonne ce dimanche 13 avril. Cette édition 2025, très attendue, fait suite aux performances acclamées de l’orchestre à Vienne en 2023 et à Bruxelles en 2024.
Composé de jeunes musiciens issus des lycées français du monde entier, l’orchestre scolaire international a une nouvelle fois fait preuve d’un talent exceptionnel. Violonistes, flûtistes, pianistes, percussionnistes et instrumentistes à vent ont uni leurs compétences pour proposer un concert riche en émotions, devant un public local et international.
Une édition marquée par la présence d’un chœur d’élèves
Particularité de cette édition 2025 : la création d’un chœur réunissant des élèves du primaire. Cette nouveauté a permis d’ouvrir le projet à un public plus large, intégrant des voix jeunes et variées au sein de l’ensemble orchestral.
Une édition marquée par la présence d’un chœur d’élèves
Ainsi, cette dimension chorale enrichit non seulement le répertoire musical, mais favorise également la démocratisation de l’accès à l’Orchestre des lycées français du monde. Elle permet à des élèves ne pratiquant pas d’instrument de vivre une expérience musicale internationale inoubliable, tout en valorisant l’inclusion et la coopération entre générations scolaires. L’événement a également marqué la célébration des 11 ans de l’Orchestre de l’AEFE, rassemblant près de 250 jeunes musiciens et chanteurs.
Pour l’occasion l’orchestre est rebaptisé « orchestre et chœur des lycées français du monde » (OCLFM).
Une direction artistique signée Adriana Tanus
À la direction de l’ensemble : Adriana Tanus, professeure au Lycée français de Madrid. Très impliquée dans le projet depuis son origine, elle incarne l’exigence et la bienveillance qui font la force de cet orchestre unique. Grâce à sa direction précise, elle a su fédérer une centaine d’élèves passionnés autour d’un répertoire ambitieux, mêlant œuvres classiques incontournables dont les répertoires de Gounod et Offenbach.
Une direction artistique signée Adriana Tanus
« La musique permet de renforcer des éléments clés, tels que le travail en équipe, le respect des différences ou le savoir-vivre ensemble, mais aussi l’importance de l’écoute active, de la connaissance de soi, de l’effort et de la discipline. L’apprentissage d’un instrument implique un travail de motricité, de coordination, intellectuel… », souligne Adriana Tanus.
Comprendre Gounod et Offenbach : deux compositeurs français à rayonnement international
Avant même de faire vibrer Lisbonne, l’Orchestre des lycées français du monde (OCLFM) rend hommage à deux figures majeures de la musique française du XIXe siècle : Charles Gounod et Jacques Offenbach. Leur œuvre illustre parfaitement le rayonnement culturel de la France à l’international, thème central du projet porté par l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger).
Charles Gounod (1818–1893), compositeur emblématique du romantisme français, est mondialement connu pour son opéra Faust, qui a conquis les scènes de Londres, Vienne, Milan ou encore Saint-Pétersbourg. Sa musique, lyrique et spirituelle, a influencé de nombreux compositeurs européens et reste encore aujourd’hui un pont entre l’art lyrique français et la tradition allemande ou italienne.
Jacques Offenbach (1819–1880), né en Allemagne et naturalisé français, est quant à lui le maître de l’opéra bouffe. Son style léger, satirique et brillant, incarné par des œuvres comme Orphée aux Enfers ou La Vie parisienne, a connu un immense succès dans toute l’Europe, jusqu’aux États-Unis. Offenbach a su faire rayonner la comédie musicale française bien au-delà de l’Hexagone.
À travers l’interprétation de leurs œuvres, les jeunes musiciens de l’Orchestre des lycées français du monde ne célèbrent pas seulement deux grands noms du patrimoine musical : ils portent une culture ouverte sur le monde, vivante et accessible, fidèle aux valeurs que promeut l’enseignement français à l’étranger.
Un événement majeur du réseau AEFE
Pour beaucoup, l’Orchestre des lycées français du monde est bien plus qu’un simple ensemble musical. Il symbolise la coopération, la diversité culturelle et l’excellence pédagogique au sein des établissements de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. À chaque édition, de nouveaux talents rejoignent l’aventure, travaillant d’abord à distance avant de se retrouver en résidence dans la ville hôte pour finaliser le programme du concert.
Un événement majeur du réseau AEFE
Cette année, Lisbonne a offert un cadre inspirant pour ces jeunes artistes venus d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des Amériques. Le concert, accueilli par le Lycée français Charles Lepierre, a permis de valoriser l’engagement culturel et éducatif de toute une communauté scolaire.
Une vitrine du rayonnement culturel français
Avec cette édition, l’Orchestre des lycées français du monde confirme son rôle de vitrine artistique du réseau scolaire français à l’international. Le succès rencontré à Lisbonne démontre une nouvelle fois la puissance de la musique comme vecteur de dialogue interculturel.
Le rendez-vous est déjà pris pour 2026, dans une nouvelle ville du réseau AEFE, pour continuer à faire résonner la musique et les valeurs du vivre-ensemble à travers le monde.
« Un grand moment de partage » : échange avec Catherine Guilianelli, proviseure du lycée.
Lesfrançais.press : « Madame la proviseure, le concert vient de se terminer quelles sont vos premières impressions ? »
Catherine Guilianelli, proviseure du lycée français Charles Lepierre : « Nous avons vécu un moment inoubliable. Quand « La bohème » a retenti, tout le monde pleurait. Je pense aussi au moment où tous les musiciens se sont présentés.
« un grand moment de partage »
Malgré la diversité des nations représentées Il y avait une véritable unité car nous avons tous vécu un grand moment de partage. »
Lesfrançais.press : « Cette année la chorale était présente ? »
Catherine Guilianelli : « Oui ce sont 120 élèves de CM2 qui ont descendu la salle pour rejoindre les musiciens sur scène sur la chanson d’Hugues Aufray, Santiano. Aufray est d’ailleurs un ancien du lycée français du Madrid. Il y avait alors plus de 350 élèves sur scène. C’est considérable. »
Lesfrançais.press : « Les répétitions ont dû être très intenses ces derniers jours ? »
Catherine Guilianelli : « Nous avons eu la chance de trouver un établissement Portugais, le collège moderne, qui a une salle de musique et qui nous a prêté ses locaux alors que leurs élèves étaient en vacances.
« Il y avait alors plus de 350 élèves sur scène. C’est considérable. »
Catherine Guilianelli, proviseure du lycée français Charles Lepierre
Les encadrants et les tuteurs ont été de bout en bout exceptionnels. Certains sont des anciens élèves et d’autres venaient en renfort de l’extérieur. Ils se sont aussi intégrés au chœur. Il ne fallait pas se louper. On s’y est pris à l’avance. Tous les mardi il y avait une visio conférence avec l’AEFE qui nous a beaucoup aidés. Il y a eu aussi 60 familles d’accueil volontaires. Tout s’est très bien passé. La pression était là mais je dois rendre hommage à tous les personnels et en particulier à Karim Madaoui le chargé de communication et à Cristina Morin enseignante d’éducation musicale qui dirige la chorale du lycée.
Je suis très admirative du travail qui a été fait. C’était un moment suspendu. Je rends naturellement hommage pour terminer à Adriana Tanus la chef d’orchestre qui est habitée par la musique et sans qui rien ne serait possible. »