Députée de la dixième circonscription des Français de l’étranger, Amélia Lakrafi représente près de 50 pays, du Moyen-Orient à l’Afrique subsaharienne. Invitée de Lesfrancais.press, elle livre un constat sans détour sur l’état d’esprit de ses électeurs expatriés, leurs priorités quotidiennes, mais aussi sur la défiance croissante vis-à-vis de la vie politique française.
Écouter le podcast avec Amélia Lakrafi
Des préoccupations universelles, quel que soit le pays
Malgré l’immensité et la diversité géographique de sa circonscription, Amélia Lakrafi observe une étonnante convergence des attentes. « Les Français ont exactement les mêmes attentes, les mêmes besoins, les mêmes questions », explique-t-elle, précisant recevoir « entre 100 et 200 » sollicitations par jour.
« Les Français de l’étranger me disent que c’est un triste spectacle, ce que les politiques montrent en ce moment »
Amelia Lakrafi, députée de la 10ème circonscription des Français établis hors de France
Éducation, santé, sécurité, démarches administratives et fiscalité constituent le socle commun des préoccupations. Seules les priorités varient selon les contextes locaux : qualité pédagogique aux Émirats, accès aux consulats ou sécurité dans des pays plus fragiles. « C’est vraiment toujours pareil », résume-t-elle.
Inquiétude et colère face au spectacle politique français
Interrogée sur le regard que portent les Français de l’étranger sur la situation politique nationale, la députée est catégorique. « De l’espoir, non, pas tellement. De l’inquiétude, beaucoup. De la colère ». Lors de ses déplacements, notamment à Dubaï, elle perçoit une lassitude profonde : « Ils me disent que c’est un triste spectacle, ce que les politiques montrent en ce moment ». Cette colère vise indistinctement gouvernement et parlementaires, « les politiques » au sens large, souvent « mis dans le même panier ».

Pour autant, les expatriés conservent une forme de lucidité nourrie par la comparaison internationale. « D’où ils sont, ils ont quand même une image un peu différente » de la France, parfois meilleure que celle perçue depuis l’Hexagone. Leur attente principale : « une France forte et une France stable ».
Budgets, fiscalité et sentiment d’abandon
Hausse des frais de scolarité dans les lycées français à l’étranger, tension sur le budget du Quai d’Orsay, retour cyclique du débat sur l’impôt universel : le malaise est profond et, selon la députée, « totalement légitime ». Elle se veut cependant rassurante : « Il y a eu un rapport […] et les résultats du rapport sont clairs. Ce n’est pas jouable, il n’y aura pas d’impôt universel ».
Sur la fiscalité des non-résidents, son discours est direct : « Ils ne profitent ni du trottoir, ni de la lumière, ni de la sécurité, ni de l’école gratuite. Je ne vois pas tellement pourquoi on devrait continuer à leur demander de faire un effort ». Concernant l’AEFE et les lycées français, elle rappelle qu’« il y a une réforme actuelle » et insiste sur la nécessité d’y associer pleinement les élus.
Liberté de parole et désillusion politique
Amélia Lakrafi revendique une indépendance constante depuis son élection en 2017. « J’ai toujours eu la parole libre », affirme-t-elle, se définissant comme « centre droit » sans attache partisane rigide.
« J’ai toujours eu la parole libre »
Amelia Lakrafi, députée de la 10ème circonscription des Français établis hors de France
Cette liberté s’accompagne d’une certaine désillusion. Issue du monde de l’entreprise, elle avoue avoir été frappée par des logiques parlementaires qu’elle juge « lunaires », entre oppositions systématiques et refus de compromis. « Je suis arrivée dans un monde (…) de fou », confie-t-elle.
Diaspora et influence française

Le débat sur la création d’un haut-commissariat aux diasporas suscite chez elle un intérêt prudent. « Dès lors qu’il y a une vision et des moyens, pourquoi pas », estime-t-elle, y voyant un potentiel levier de visibilité et d’efficacité.
Cette question de l’influence est au cœur de son engagement à l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF), où elle a été élue déléguée générale en mars 2025. L’APF coordonne « 99 sections parlementaires dans le monde » et agit dans la formation, la coopération et l’assistance législative. « Vous avez une nana là, qui potentiellement peut influencer les lois […] dans 99 parlements », souligne-t-elle, regrettant le manque d’intérêt politique pour cet outil majeur de rayonnement.
L’appel à la mobilisation
Pour 2026, Amélia Lakrafi ne formule pas une réforme technique, mais un appel civique. « Mobilisez-vous », insiste-t-elle, rappelant qu’« un Français sur deux ne s’enregistre pas » auprès des consulats. Les budgets et moyens étant proportionnels aux inscrits, l’enjeu est concret. « Inscrivez-vous, votez […] Montrez que vous êtes là », lance-t-elle, convaincue que sans participation, « tout se fera sans vous ». En Mai 2026, se tiendront notamment les élections consulaires pour les électeurs expatriés.
Auteur/Autrice
-
La Rédaction vous propose quelques articles où l'ensemble des collaborateurs ont participé à leur rédaction.
Voir toutes les publications























