Une semaine après le chaos du 17 octobre, la France a vécu samedi 24 octobre 2026 la deuxième journée de mobilisation nationale contre la vie chère, présentée par ses organisateurs comme l’« acte II » du mouvement. Pour les Français de l’étranger qui suivent l’actualité du pays à distance, voici le point complet sur une journée placée sous très haute sécurité, marquée par des heurts localisés, des pillages ponctuels et l’instauration de nouveaux couvre-feux partiels.
Une mobilisation massive mais moins suivie que le 17 octobre
Selon le ministère de l’Intérieur, 410 000 personnes ont manifesté dans toute la France ce samedi, contre 550 000 à 600 000 la semaine précédente. À 13 heures, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez recensait déjà 135 interpellations et 136 actions sur la voie publique, un rythme nettement inférieur à celui du 17 octobre.
Le dispositif sécuritaire était sans précédent : 70 000 policiers et gendarmes déployés (10 000 de plus que le 17 octobre), appuyés par l’opération Sentinelle, le RAID, le GIGN, la BRI, une vingtaine de blindés Centaure et 15 engins lanceurs d’eau. À Paris, le Louvre, le musée d’Orsay, l’Orangerie et le musée Picasso sont restés fermés, et 24 stations de métro ont été fermées dès 9 heures.
Paris : un parcours imposé, des heurts en fin de journée
Dans la capitale, la préfecture a modifié la veille le tracé du cortège intersyndical, l’obligeant à défiler de la porte d’Italie à la porte de Vincennes au lieu de l’itinéraire Bastille-Nation initialement négocié — une décision justifiée par l’attentat raciste commis vendredi dans les Yvelines (un mort, cinq blessés), et violemment critiquée par les syndicats et la gauche.
Parti à 14 heures, le cortège a défilé sur plus de quatre kilomètres dans un climat globalement calme, avec une véritable marée humaine porte d’Italie. Jean-Luc Mélenchon, présent dans le défilé, a salué une « victoire totale du mouvement social » et lancé au président Macron : « Il est temps de céder, après il ne lui restera plus que la porte de sortie. »
En fin de journée, la situation s’est tendue porte de Vincennes : les forces de l’ordre, appuyées par un hélicoptère, ont utilisé le canon à eau et des grenades lacrymogènes pour repousser des groupes hostiles, répétant en boucle l’instruction de dispersion.

Bordeaux : le palais de la Bourse visé malgré l’interdiction
À Bordeaux, où la préfète de Gironde avait interdit toute manifestation dans l’hypercentre du samedi 8 heures au dimanche 8 heures — une interdiction confirmée par le tribunal administratif en pleine après-midi —, la journée a malgré tout basculé. Des groupes hostiles ont vandalisé puis pénétré le palais de la Bourse, symbole du pouvoir économique bordelais déjà visé par des tags lors du 17 octobre. Le couvre-feu des mineurs avait été avancé à 20 heures et les six lignes de tram interrompues dès la matinée, une semaine après le pillage d’une centaine de commerces.
Lyon, Marseille, Orléans : une France sous cloche
À Lyon, toutes les manifestations étaient interdites de 10 heures à 23 heures. Un rassemblement d’un millier de personnes place Jean-Macé a été dispersé vers 14 h 15 à coups de grenades lacrymogènes ; 17 interpellations étaient recensées à la mi-journée. À Marseille, un cortège syndical unique a été autorisé par dérogation, sous protection rapprochée. À Orléans, environ 13 000 personnes ont défilé dans le calme contre le racisme et le congrès du Rassemblement national, où Jordan Bardella a été réélu à la tête du parti et où Marine Le Pen lance officiellement sa campagne présidentielle ce dimanche.
À noter également : à Clermont-Ferrand, un manifestant a perdu deux doigts et un CRS a été grièvement blessé dans les tensions en marge du cortège.
En régions : Avignon, Cherbourg, Guéret… entre interdictions et débrouille
Dans les territoires, la journée a été un patchwork d’interdictions préfectorales bravées ou respectées :
- Avignon : regroupements interdits intra-muros tout le week-end et couvre-feu pour les mineurs dès 18 heures ; les syndicats ont toutefois maintenu leur appel à manifester.
- Cherbourg : malgré l’interdiction de rassemblement en centre-ville, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans le calme devant la mairie, pour défendre le droit de manifester contre la vie chère.
- Guéret : le préfet de la Creuse a interdit toute manifestation dans les centres-villes de Guéret, Aubusson et La Souterraine, invoquant le principe de précaution, même si le 17 octobre s’y était déroulé sans incident.
- À Rouen (manifestation autorisée), quatre « street medics » ont été interpellés ; à Nice, une dizaine d’interpellations malgré l’interdiction ; à Reims, un rassemblement éclair a été immédiatement dispersé.

Couvre-feux partiels, réactions politiques : ce qu’il faut retenir du soir
Dans la soirée, de nouveaux couvre-feux partiels ont été instaurés ou reconduits dans plusieurs villes : à Paris autour de République et des Halles (23 h – 6 h jusqu’au lundi 26), à Marseille où le dispositif a été étendu aux majeurs (23 h – 5 h), à Lyon, Toulouse, Montpellier et Béziers. Les gilets jaunes ont d’ores et déjà appelé à un « acte 3 » le 31 octobre, tandis que les syndicats préparent une journée de grève interprofessionnelle le 5 novembre.
Côté gouvernement, le Premier ministre Sébastien Lecornu, sous pression à Matignon, a défendu un double agenda « sur deux jambes » : rétablir l’ordre public et ouvrir des discussions sociales, notamment sur les aides aux entreprises et le budget. Le président Emmanuel Macron, qui avait recommandé de ne pas manifester et rendu visite aux forces de l’ordre la veille, a réclamé « la plus grande dureté » contre les délinquants. Face à lui, la gauche dénonce une « fuite en avant autoritaire », tandis que Marine Le Pen, donnée favorite de la présidentielle d’avril, assure n’avoir « aucune inquiétude » et accuse les organisations de gauche de vouloir « perturber le congrès démocratique d’un parti politique »
Conseils pratiques pour les Français de l’étranger
Si vous prévoyez un retour en France dans les prochains jours ou si vos proches s’y trouvent :
- Éviter les centres-villes en fin de journée, notamment à Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux,- jusqu’au mardi 27 octobre ;
- Vérifier les horaires des musées et des transports (métro parisien, tramways bordelais et lyonnais) avant tout déplacement ;
- Reporter si possible les voyages prévus le 31 octobre, date d’un appel à mobilisation, et le 5 novembre, journée de grève interprofessionnelle ;
- S’inscrire sur le fil d’Ariane, le service du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, et suivez les comptes sur les réseaux sociaux des préfectures et de FranceInfo pour les annonces en temps réel.
La situation reste fluide : interdictions, recours devant les tribunaux administratifs, appels contradictoires… Le mouvement, né dans les lycées contre Parcoursup et les moyens de l’Éducation nationale, est devenu une crise sociale et politique de premier plan à six mois de l’élection présidentielle. Nous suivrons évidemment les développements pour vous, où que vous soyez dans le monde.







Laisser un commentaire