Alors que la France s’apprête à accueillir le pape François du 25 au 29 septembre 2026, l’attention se tourne naturellement vers la vitalité du catholicisme français, tant sur le territoire national qu’à l’international. Cet événement ecclésiastique et diplomatique exceptionnel suscite l’enthousiasme bien au-delà des frontières de l’Hexagone, trouvant un écho profond et intime au sein de la diaspora. Pour les Français de l’étranger, cette visite pontificale est une occasion privilégiée de s’interroger sur le lien fondamental qu’ils entretiennent avec leur culture, leurs traditions et, pour nombre d’entre eux, leur foi.
Partir vivre à l’international, c’est souvent se confronter à d’autres rapports à la religion dans l’espace public et à un questionnement sur ses propres racines. Dans ce contexte de déracinement et de découvertes perpétuelles, les aumôneries catholiques dédiées aux expatriés francophones jouent un rôle prépondérant. Comment ces communautés s’organisent-elles ? Quel est le rôle de la religion dans le parcours parfois vertigineux de l’expatriation, et comment l’Église de France maintient-elle ce lien charnel et spirituel avec ses fidèles dispersés à travers le monde ?
La France, l’Église et la laïcité : un héritage à l’épreuve de l’expatriation
L’histoire de la France est consubstantiellement liée au catholicisme, une religion qui a structuré le pays depuis quinze siècles à travers ses grandes figures, de Clovis à Charles de Gaulle. La foi catholique a longtemps constitué un déterminant décisif au cœur des personnalités politiques, intellectuelles et spirituelles qui ont fait l’histoire de la nation. Dans son ouvrage récent sur les grandes figures catholiques de la France, François Huguenin rappelle avec force que l’histoire du pays ne peut être amputée de cette réalité structurante. Le patrimoine national en est le témoin silencieux mais omniprésent : nos églises, nos cimetières, l’architecture de nos villes, nos fêtes, et même la tradition du repos dominical attestent de cet enracinement culturel.
Loin d’être un catholicisme lisse, celui de la France s’est souvent forgé dans le débat et la réflexion intellectuelle. L’auteur souligne que l’Occident, et la France en particulier, a toujours vécu avec cette tension décrite par Pierre Manent entre la Cité de Dieu et la Cité des hommes. Des rois comme Philippe le Bel ou Louis XIV ont engagé de sérieux bras de fer avec Rome, démontrant que l’on peut être profondément catholique tout en défendant jalouseusement la souveraineté et l’esprit français. Bien que la France contemporaine soit profondément marquée par la sécularisation, le catholicisme y conserve une place singulière pour faire entendre sa voix. Sur les grandes questions éthiques, écologiques ou sociales (comme la protection des plus faibles ou la recherche du bien commun), la tradition catholique peut entrer en dialogue avec tous, offrant un apport plus nécessaire que jamais face au consumérisme et à l’individualisme contemporains.
Aujourd’hui, le paysage religieux français a certes évolué sous l’effet des mutations sociétales, mais il témoigne d’une résilience remarquable. Selon une enquête menée par l’IFOP et publiée par le quotidien La Croix, près de 46 % des Français se déclarent encore catholiques, ce qui maintient le catholicisme comme la première appartenance religieuse déclarée du pays, malgré un recul général de l’appartenance religieuse. Parmi eux, l’enquête dénombre 6,3 millions de catholiques dits « engagés », ce qui représente 12 % de la population adulte française. La pratique religieuse résiste de manière étonnante à la sécularisation ambiante : 3 millions de personnes (soit 5,5 % des plus de 18 ans) se rendent à la messe au moins une fois par mois.

Ces pratiquants réguliers ne correspondent pas à un « portrait-robot type », mais sont unis par des attentes spirituelles fortes, la prière et la participation à la messe. Ils acceptent aujourd’hui sereinement l’existence de différentes sensibilités en leur sein, qu’elles soient traditionnelles ou charismatiques, sans que cela ne devienne clivant. Fait particulièrement marquant révélateur d’un renouveau, 13 % de ces catholiques pratiquants sont issus de familles non pratiquantes. Enfin, l’enquête révèle que ces catholiques ont désormais pleinement conscience de constituer une minorité au sein de la société française. Ce constat, couplé à un rapport qualifié d’ambivalent face au développement de l’islam (mêlant respect des croyants et inquiétude face aux extrémismes), tend à réveiller chez eux une volonté de rendre leur religion plus visible et de vivre leur foi de manière plus démonstrative.
Le choc culturel de l’expatriation : un nouveau rapport au religieux
Lorsqu’un citoyen français s’expatrie, il emporte logiquement avec lui une conception très stricte de la laïcité. Dans l’esprit républicain souvent forgé par l’héritage des Lumières, le religieux est fréquemment perçu comme devant se cantonner à la sphère privée, voire considéré à tort par certains comme une sous-culture plutôt qu’une culture à part entière. Or, de nombreux pays d’accueil accordent une tout autre place, beaucoup plus décomplexée, à la religion dans l’espace public. Qu’il s’agisse de la ferveur des Amériques, de la vitalité spirituelle de l’Afrique, ou du pluralisme affiché dans certaines métropoles d’Asie, le fait religieux s’y exprime librement à ciel ouvert.
Pour le Français de l’étranger, ce contraste culturel et social peut provoquer un véritable déclic. L’éloignement de la patrie, la perte des repères traditionnels et l’immersion dans des sociétés où l’appartenance religieuse est assumée viennent souvent renforcer, de manière inattendue, l’attachement à la religion de son pays d’origine. La foi devient alors non seulement une quête de sens, mais aussi un ancrage culturel majeur, un pont invisible et rassurant vers la France. Retrouver une communauté francophone pour prier, partager et célébrer permet de briser l’isolement de l’expatrié et de reconstituer un tissu social familier dans un environnement étranger.
Les Communautés Catholiques Francophones dans le Monde, un maillage mondial pour accompagner la diaspora
Pour répondre à ce besoin à la fois spirituel, culturel et humain, l’Église a depuis longtemps mis en place un vaste réseau international. Anciennement connue sous le nom d’Aumônerie Générale des Français à l’Étranger, l’institution a récemment changé d’appellation pour devenir les « Communautés Catholiques Francophones dans le Monde » (CCFM). Ce changement de nom officiel, annoncé à l’occasion de journées pastorales réunies à Barcelone, reflète avec beaucoup plus de justesse la diversité et la dimension internationale de sa mission contemporaine.
Rattaché au Service national de la Mission universelle de l’Église, le pôle des CCFM accomplit un travail d’accompagnement colossal. Depuis plus de 60 ans, ce service assure et maintient le lien avec 265 lieux de présence catholique francophone répartis sur le globe. L’envergure de ce réseau est impressionnante :
- Il s’adresse virtuellement à un immense bassin de 274 millions de francophones dans le monde, tout en encadrant directement les quelque 2 millions de Français expatriés.
- Le réseau compte 114 paroisses francophones réparties dans 105 pays, qui ont la chance de bénéficier de la présence d’un prêtre francophone permanent, officiellement nommé par l’évêque du diocèse d’accueil.
- Parallèlement, on dénombre 117 paroisses diocésaines locales à travers le monde qui célèbrent régulièrement la messe en langue française.
- Enfin, 34 congrégations ou évêchés locaux assurent de manière structurelle l’accueil des francophones qui les sollicitent.

Les objectifs de ces communautés CCFM sont multiples et essentiels. Il s’agit en premier lieu d’assurer la présence d’un prêtre francophone (sous la responsabilité de l’évêque du lieu) au sein de chaque communauté. La mission est aussi d’activer et de nourrir le lien avec la pastorale de l’Église en France pour tout ce qui concerne la catéchèse, la liturgie et les sacrements. Plus largement, ces aumôneries ont pour but de favoriser la pleine intégration des francophones dans la diversité de leur pays d’accueil, tout en contribuant activement à la promotion de la francophonie à l’échelle mondiale. La direction spirituelle et l’animation de ce réseau mondial incombent désormais au nouvel aumônier général, Mgr Robert Poinard, qui est l’ancien vicaire général du diocèse aux armées.
L’engagement dans la cité et les médias : l’exemple de La French Radio
Bien au-delà du seul rassemblement dominical pour l’Eucharistie, les aumôniers des CCFM s’investissent pleinement dans la vie quotidienne des expatriés, n’hésitant pas à investir le champ de la culture et des médias locaux. L’engagement sur La French Radio à Hong Kong illustre parfaitement cette dynamique d’ouverture. Sur cette antenne très suivie par la communauté expatriée, le Père Rémy Kurowski officie régulièrement et propose des réflexions qui tissent un lien intime entre la spiritualité, la philosophie et les réalités très concrètes de la vie à l’étranger.
Dans son podcast poétique et profond intitulé Le temps de partir, le Père Kurowski propose des méditations dominicales qui touchent au cœur de l’expérience humaine. Autour de trois mots simples : « repos, repas et trépas », le prêtre a récemment relu l’effervescence de la période estivale, marquée à la fois par les vacances en famille, les rencontres inattendues, mais aussi par les disparitions inéluctables. Il partage, au micro, son propre chassé-croisé de l’été : de la célébration des 700 ans de sa paroisse natale en Pologne, aux funérailles auxquelles il n’a pu assister, en passant par un mariage à Paris ou un anniversaire célébré à Las Vegas.

Le Père Kurowski aborde avec une immense sobriété la question du décès de proches qui, pour les expatriés, surviennent souvent à des milliers de kilomètres, rendant les adieux impossibles et le deuil particulièrement complexe à traverser. À cette occasion, il a rendu un hommage appuyé à Mgr Stanislas Lalanne, figure tutélaire des expatriés, disparu soudainement le 17 août 2026. Mgr Lalanne était l’évêque accompagnateur des CCFM et le président de l’association de soutien, les Amitiés Catholiques Francophones dans le Monde (ACFM). L’héritage spirituel laissé par Mgr Lalanne, centré sur la confiance, la foi et l’espérance, continue d’inspirer ces communautés parfois ébranlées par l’éloignement. En participant de manière hebdomadaire à une radio laïque destinée aux expatriés, le prêtre démontre de la plus belle des manières que la religion ne se vit pas en vase clos. Elle s’inscrit au contraire au beau milieu des joies, des peines, des chocs culturels et des réflexions qui rythment la vie trépidante des Français de l’étranger.
Comment rejoindre et soutenir la communauté la plus proche de chez soi ?
Pour les familles, les étudiants ou les professionnels fraîchement débarqués dans une nouvelle métropole internationale, renouer avec la pratique religieuse en français est aujourd’hui une démarche grandement facilitée par les outils numériques. Le site internet des Communautés Catholiques Francophones dans le Monde centralise toutes les informations nécessaires à l’accueil des nouveaux arrivants. Il met notamment à disposition un annuaire exhaustif en ligne répertoriant l’ensemble des chapelles, des églises et des aumôneries de langue française situées hors de France. Que l’on vienne s’installer à New York, à Singapour, ou à Dakar, cet annuaire numérique est le premier outil à consulter pour identifier rapidement le lieu de culte et la communauté francophone la plus proche de son nouveau domicile.
L’action essentielle des Amitiés Catholiques Francophones dans le Monde (ACFM)
Si les CCFM constituent le réseau pastoral actif sur le terrain, ce dernier est encadré et soutenu de manière vitale par les Amitiés Catholiques Francophones dans le Monde (ACFM). Créée il y a un siècle, cette association reconnue d’utilité publique porte la lourde et magnifique mission de soutenir financièrement, humainement et logistiquement le réseau des CCFM à travers le monde.
Les missions portées par les ACFM sont vastes et complémentaires : il s’agit de faire connaître l’Église de France dans le monde, de faciliter l’amitié et les échanges entre des hommes et des femmes d’origines et de cultures différentes, et de soutenir toutes les actions en faveur de la francophonie. L’association œuvre également pour la formation, en permettant l’accueil en France de prêtres, de religieux et de laïcs étrangers. Elle accorde, par exemple, des bourses privées à des étudiants étrangers pour leur permettre de suivre des cours universitaires intensifs de langue et de culture françaises durant le mois de juillet à l’Institut Catholique de Paris (ILCF).
Les modalités pratiques pour s’engager et faire un don
Les expatriés établis aux quatre coins du monde, tout comme les fidèles restés en France, ont l’opportunité de s’impliquer activement pour pérenniser ce formidable maillage solidaire. Rejoindre et soutenir financièrement les ACFM est une démarche simple, qui s’effectue en quelques clics grâce à la plateforme sécurisée de collecte en ligne HelloAsso.
Pour l’année en cours, l’adhésion annuelle (valable du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2026) est fixée à un tarif de base de 30 euros. Cette contribution citoyenne et spirituelle est absolument cruciale pour l’association. Elle permet directement de remplir deux objectifs majeurs :
- Soutenir activement le réseau mondial des Communautés Catholiques Francophones dans le Monde, avec une attention toute particulière et des fonds orientés vers les paroisses les plus démunies.
- Financer et soutenir la formation des religieuses, des religieux, des prêtres et des séminaristes francophones issus du monde entier.
Au-delà de cette adhésion standard, le formulaire en ligne permet d’ajouter un don libre selon les moyens de chacun. Un aspect particulièrement incitatif de cette démarche réside dans la fiscalité française. L’association ACFM remplissant les conditions générales prévues aux articles 200 et 238 bis du code général des impôts, chaque versement ouvre droit à des réductions fiscales significatives. Pour un particulier imposable en France, la réduction d’impôt est égale à 66 % du montant du don (dans la limite annuelle de 20 % du revenu imposable). Concrètement, une adhésion de 30 € ne coûte en réalité à l’adhérent que 10,20 € après application de la déduction fiscale. Les professionnels ne sont pas en reste, puisque les entreprises peuvent également participer à cet effort de solidarité internationale et bénéficier d’une réduction de l’impôt sur les sociétés s’élevant à 60 % du montant de leurs versements.
À l’aube de la venue du pape François, la vitalité remarquable des aumôneries catholiques francophones témoigne d’une Église sans frontières, parfaitement capable de s’adapter aux réalités mouvantes de la mondialisation tout en préservant jalouseusement la profondeur de son héritage spirituel. Pour le Français de l’étranger, rejoindre l’une des CCFM réparties sur les cinq continents, prêter l’oreille aux podcasts réflexifs d’un prêtre expatrié sur une webradio, ou soutenir financièrement les actions de formation des ACFM, sont autant de manières de conjuguer ouverture sur le monde et fidélité absolue à ses racines. Au milieu de la frénésie parfois déstabilisante de l’expatriation, ces communautés demeurent de véritables oasis de ressourcement. Elles prouvent que la langue française, l’amitié partagée et la foi offrent ensemble le plus solide et le plus beau des ancrages.







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