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Aux États-Unis, la Mission laïque française au cœur d’un conflit autour de l’avenir d’une école française à Dallas

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Aux États-Unis, la Mission laïque française au cœur d’un conflit autour de l’avenir d’une école française à Dallas

À Dallas, près de 700 élèves de la Dallas International School (DIS) pourraient devoir quitter leur campus en pleine année scolaire. Établissement homologué par l’Éducation nationale française et partenaire de l’AEFE, la DIS est installée depuis plus de trente ans sur le campus Churchill, dont la Mission laïque française est propriétaire. Les deux organisations, qui ont longtemps été liées dans la gouvernance et le développement de l’école, sont aujourd’hui en conflit. Des discussions en vue de la cession du campus à la DIS étaient engagées depuis plusieurs années, mais la vente n’a finalement pas abouti. La Mission laïque française (MLF) affirme avoir retenu un autre acquéreur et indique que le bail de l’école prendra fin le 31 octobre 2026. De son côté, la DIS conteste plusieurs éléments de cette présentation. À quelques semaines de l’échéance, les familles cherchent une solution pour que leurs enfants puissent terminer l’année scolaire.

Une vente envisagée depuis plusieurs années

Le différend actuel s’inscrit dans une histoire institutionnelle de plusieurs décennies. Le campus Churchill a été acquis à l’origine par la Mission laïque française pour y accueillir Dallas International School. Depuis plusieurs années, la MLF et la DIS discutaient d’une éventuelle cession du site à l’école. Les relations entre les deux organisations se sont toutefois dégradées dans le temps. Selon la Mission laïque française, le conseil d’administration de l’école texane a décidé, le 10 juillet 2024, de mettre fin à sa participation à la gouvernance. Dès lors, la MLF indique être depuis lors restée propriétaire du campus, « avec des relations de bailleurs, ce qui n’est pas notre cœur de métier, » précise Jean-Marc Merriaux, directeur général de la Mission laïque française.

«  La DIS est à jour de l’ensemble de ses obligations locatives envers la MLF. En vertu du bail actuel, qui prévoit que le loyer est payé à terme échu, la dernière échéance du loyer correspondant à l’année se terminant le 31 octobre 2026 ne sera exigible qu’en décembre 2026. »

Dallas International School

À ce différend institutionnel se sont ajoutées des divergences financières. La MLF affirme que des loyers restent impayés, notamment au titre de l’année scolaire 2025-2026. De son côté, l’école indique dans une communication adressée aux parents d’élèves : « La DIS est à jour de l’ensemble de ses obligations locatives envers la MLF. En vertu du bail actuel, qui prévoit que le loyer est payé à terme échu, la dernière échéance du loyer correspondant à l’année se terminant le 31 octobre 2026 ne sera exigible qu’en décembre 2026. »

Dans une autre lettre, la DIS indique que le 1er juillet 2026, le conseil d’administration de la MLF a adopté une délibération autorisant la cession du campus pour un montant brut minimal de 10,25 millions de dollars, à l’acquéreur présentant les garanties financières, juridiques et opérationnelles les plus satisfaisantes.

School bus aux Etats Unis
School bus aux Etats Unis © Unsplash

L’école indique avoir présenté une offre correspondant à ce montant et fourni les éléments demandés concernant sa capacité de financement. Selon un communiqué de la MLF, cette offre a été rejetée en juillet et affirme avoir retenu celle d’un autre acquéreur, dont elle n’a pas rendu l’identité publique. « La DIS a fait plusieurs offres bien en dessous du marché avec des modalités de paiements faisant douter de leur capacité de financement. Cela a été refusé par la MLF. Jusquen septembre, DIS était en défaut de paiement sur les loyers dus à la MLF, les négociations sur une vente potentielle à DIS étaient donc hasardeuses et la confiance difficile à lui accorder, » indique Jean-Marc Merriaux.

Le désaccord se déplace sur le bail

Une autre échéance s’est alors imposée, celle du bail. Dans un communiqué publié sur son site internet, la Mission laïque française indique que celui-ci prendra fin le 31 octobre 2026 et précise que fin août, elle a offert à la DIS de prolonger l’occupation des murs jusqu’au 4 juin 2027. Les deux organisations divergent toutefois sur la suite des discussions.

« Ce que je veux avant tout, c’est que chaque partie prenante à ce conflit prenne ses responsabilités au regard de l’intérêt général de la communauté éducative. On ne peut pas avoir comme réponse qu’il s’agit d’une affaire commerciale comme une autre, parce que ce n’est pas vrai. »

Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord

La DIS affirme avoir accepté, le 21 août, de rester jusqu’à cette date au loyer actuel, sous réserve de conditions qu’elle présente comme usuelles. La MLF soutient au contraire qu’aucun accord n’a été conclu et que la DIS a refusé les conditions proposées. « La DIS a rejeté notre projet d’extension de bail et a proposé une autre version que nous n’avons pas accepté faute de garantie financière suffisante. Cette proposition d’extension de bail a été offerte par la MLF et le refus opposé par DIS met en péril la garantie de la continuité de la scolarité des élèves jusqu’en fin d’année scolaire. DIS pourrait donc occuper les lieux, sans bail, avec tous les risques que cela comporte en termes d’assurance et de sécurité pour les élèves, » précise Monsieur Merriaux.

Une affaire qui interroge les politiques

« Ces interrogations ne sont d’ailleurs plus soulevées uniquement par DIS. Les questions entourant la transaction de Churchill et la continuité de l’école ont désormais été formellement portées devant le Sénat français. Nous estimons qu’elles méritent des réponses et un examen approprié, tant qu’il existe encore une possibilité d’y voir clair avant que la transaction ne devienne irréversible » expliquent Oubada Duwaji et Maher AlShammari, Co-Présidents du Conseil d’administration de la DIS.

Jean-Marc Merriaux, directeur général de la Mission laïque française
Jean-Marc Merriaux, directeur général de la Mission laïque française

En effet, dans une question publiée le 27 août dernier, Ronan Le Gleut a demandé au Gouvernement quelles démarches pourraient être entreprises pour éviter que plusieurs centaines d’élèves ne quittent leur établissement en cours d’année et, à défaut d’un accord sur la cession du campus, permettre une prolongation du bail suffisamment longue pour que la DIS puisse mettre en place une solution immobilière alternative.

Le 10 septembre, la sénatrice Sophie Briante Guillemont a à son tour interrogé le Gouvernement sur le statut juridique de la vente annoncée à un autre acquéreur, sur l’existence éventuelle d’un engagement contraignant avec celui-ci et sur les garanties permettant à la DIS de rester à Churchill jusqu’à la fin de l’année scolaire. Sa question souligne également que la MLF et la DIS donnent des versions différentes de l’accord de prolongation.

Joint par téléphone par notre rédaction, Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord, revient sur le rôle de la Mission laïque française dans cette affaire : « Ce que je veux avant tout, cest que chaque partie prenante à ce conflit prenne ses responsabilités au regard de lintérêt général de la communauté éducative. On ne peut pas avoir comme réponse quil sagit dune affaire commerciale comme une autre, parce que ce nest pas vrai. La Mission laïque française est un acteur majeur des écoles françaises en Amérique du Nord et nous avons avec elle une relation beaucoup plus structurante que le seul cas de la Dallas International School. » Et de conclure : « Évidemment, il y a des acteurs privés, notamment le nouveau repreneur. Mais, dans le contrat que la MLF est aujourdhui en train de négocier avec lui, il faut prévoir des conditions qui permettent de maintenir, au moins jusqu’à la fin de lannée scolaire, les conditions du bail actuel. »

La mobilisation des parents

Depuis l’été, les parents de la Dallas International School sont sur le front. « Les démarches entreprises par les parents leur appartiennent en propre et sont indépendantes de DIS et de son Conseil d’administration. Cela dit, nous les comprenons. Il s’agit de l’école de leurs enfants, et l’enjeu est important. Il est légitime que les parents posent des questions, expriment leur point de vue et défendent ce qu’ils estiment être dans l’intérêt de leurs enfants. En tant que Conseil, nous sommes attentifs à ces préoccupations, » détaillent les deux co-présidents du Board.

Dans les échanges que nous avons consultés, plusieurs parents présentent Katie Aung, ancienne parent d’élèves et ancienne membre du board de l’école, comme la potentielle acquéreure du campus Churchill, celui dont la Mission laïque française affirme avoir retenu un autre acquéreur sans en avoir publiquement révélé l’identité.

La mobilisation des familles a d’abord pris la forme d’une pétition lancée à la mi-août. Elle demande à la Mission laïque française de prolonger le bail jusqu’à la fin de l’année scolaire. Ses auteurs précisent qu’ils ne contestent pas le droit de la MLF à prendre des décisions concernant son patrimoine. Ils demandent que les élèves puissent rester à Churchill jusqu’à la fin de l’année afin d’éviter un changement de campus en cours de scolarité et de laisser aux familles le temps d’organiser une éventuelle transition. La pétition avait recueilli plusieurs centaines de signatures lors de sa publication.

« Nous continuons de penser que notre engagement commun envers l’éducation française devrait constituer la base d’un dialogue direct et constructif. Nous espérons qu’un tel dialogue pourra encore avoir lieu tant qu’il reste une possibilité de trouver un terrain d’entente »

Oubada Duwaji et Maher AlShammari, co-présidents du Board de Dallas International School

Dans un échange de parents, une mère appelle ensuite à envisager une procédure judiciaire d’urgence contre le directeur de l’école et le conseil d’administration de la DIS afin d’empêcher la poursuite de projets concernant le campus de Waterview. Elle demande aux parents qui souhaiteraient participer à cette démarche de se manifester et précise que celle-ci nécessiterait une action en justice contre la direction actuelle de l’école.

Dans ce même message, elle affirme que Katie Aung souhaite améliorer le campus Churchill par des travaux et qu’elle agit dans l’intérêt des enfants. Elle évoque également deux menaces à la bombe et une menace de tireur actif qu’elle dit avoir connues au cours de la première année de scolarité de ses enfants à la DIS, ainsi que la présence ultérieure d’un policier aux heures d’entrée et de sortie.

Cours d'école de la Dallas International School
Cours d’école de la Dallas International School

Un autre message met directement en cause la famille Aung. Son auteur affirme que celle-ci aurait utilisé sa fortune pour imposer ses ambitions à 400 familles et appelle à ce qu’elle soit publiquement mise en cause.

Dans un troisième échange, une mère qui se présente comme agent immobilier, et indique que son mari est avocat, affirme avoir parlé directement à Katie Aung. Elle affirme que cette dernière serait la nouvelle propriétaire contractuelle de l’école et dit avoir reçu son autorisation pour révéler son identité. Elle indique également qu’elle doit obtenir auprès de l’équipe immobilière des informations sur le contrat.

Selon cette mère, Katie Aung souhaiterait faire évoluer la gouvernance de l’école. Un parent d’élèves interrogé affirme qu’elle aurait quitté le conseil brutalement lors de la nomination de Jacques Weber, actuel directeur de la DIS.

Un document daté du 19 août 2026 et signé par la famille Aung apporte un élément supplémentaire. La famille y indique que la propriété du campus Churchill doit changer dans les mois à venir. Elle affirme que ce changement ne modifiera pas l’engagement des parties à donner la priorité au bien-être des élèves et à leur éducation. Elle assure également qu’elle continuera à travailler avec la Mission laïque française.

« Pour notre part, la porte reste ouverte. La MLF est une institution française historique importante, et Christian Masset comme Jean-Marc Merriaux sont des personnalités accomplies. Nous continuons de penser que notre engagement commun envers l’éducation française devrait constituer la base d’un dialogue direct et constructif. Nous espérons qu’un tel dialogue pourra encore avoir lieu tant qu’il reste une possibilité de trouver un terrain d’entente, » indiquent Oubada Duwaji et Maher AlShammari.

Et Jean-Marc Merriaux de conclure : « Nous sommes les premiers navrés de cette situation, nous pensons aux élèves. »

Auteur/Autrice

  • Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.

    Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.

    Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.

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