La guerre fait mal à ceux qui la font. Jaloux, ils s’en prennent à ceux qui ne la font pas. La Russie souffre. Ce pays producteur de pétrole manque d’essence. Comme l’Iran. Comme l’Iran, la Russie ne veut pas souffrir seule. Elle envoie des drones sur un aéroport allemand, attaque un train à la frontière polonaise, teste les défenses des pays baltes, bloque par une attaque cyber les transports aux Pays-Bas.
Le pays européen qui subit le plus d’attaques cyber, c’est la France. C’est aussi celui qui a mis sur pied la Coalition des Volontaires, qui est présent au Liban et dans le Golfe, le seul qui a une marine, un porte-avions nucléaire, une force de dissuasion. La guerre déborde en mer Rouge, les Houthis bloquent le trafic à Bab el oued. Ce n’est pas le plus grave, le plus grave est ce qui ne se voit pas : L’épidémie de guerre, virus malin, multiforme, dissimulé, est insidieuse: « Ils ne mourraient pas tous étaient frappés. » La guerre s’attrape de mille façons. Chercher l’antivirus, vite.
« L’avenir passe par des systèmes de combat géré par une Intelligence Artificielle généralisée. » affirme le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir. À terme, plus besoin de soldats. Malheureux Russes qui meurent au rythme de 500 par jour, 80% tués par des drones. Les robots de Star Wars ressemblaient trop à des humains : Demain des essaims de guêpes. Mieux encore : des codes invisibles. Dans le cerveau des autoroutes, des trains, de la bourse, des banques, des centres de commandement.
La Russie teste le monde
Depuis 2022, la Russie a mené des dizaines d’agressions de cyberattaque, espionnage, sabotage. Aux Pays-Bas, contre des infrastructures énergétiques et les trains ; en Allemagne, l’attaque avortée de l’aéroport de Leipzig était conçue pour tuer. en Bulgarie, des dépôts d’armes explosent ; la Pologne surveille ses voies ferrées et mobilise sa population avec des entraînements civiques. À cela s’ajoutent les opérations contre les câbles sous-marins, les incursions de drones et les incidents militaires en Baltique.
Cette stratégie permet de rester sous le seuil de la guerre ouverte pour tester les réactions. Elles sont éclairantes. D’un côté, les Premiers ministres finlandais, polonais, estoniens sonnent l’alarme ; le chef d’État-major allemand alerte. De l’autre, l’AFD en Allemagne, le RN en France, mais aussi LFI, Podemos, Die Linke ou le Mouvement Cinque Stelle, proposent de cesser les aides à l’Ukraine. Exactement ce que souhaite Poutine. Étranges nationalistes qui veulent faire ce que désire l’adversaire, étranges anticapitalistes attendris par le régime le plus réactionnaire d’Europe. Les ennemis de l’extérieur ont trouvé des alliés à l’intérieur, complices conscients ou aveugles.

Quel sera leur poids dans les scrutins à venir ? Poutine joue gros. Il veut les aider, comme en Roumanie, en Bulgarie, mais il peut les gêner. En France, Italie, Pologne, Bulgarie, Espagne, Finlande des élections cruciales ont lieu dans les mois qui viennent. Pour lui, contre lui, le bulletin de vote est aussi une arme.
Hommage du vice à la vertu, des élections se déroulent tranquillement en Russie, les opposants, vivants ou morts, n’ayant pas été autorisés à être candidats. Comme le vote, en partie électronique, est organisé par le FSB, il n’existe aucun risque de dénonciation de fraude.
À la guerre explosive, se colle au préalable la guerre intrusive, partie d’un grand tout.
Apparaissent ainsi plusieurs phénomènes : extension des guerres au-delà des belligérants ; extension des modalités de la guerre au-delà des soldats par des robots ; extension des modalités des conflits par des moyens non militaires. Les guerres culturelles, idéologiques, politiques, religieuses, ne sont pas nouvelles, elles dépassent la seule volonté des États. Existe cette petite guerre permanente, une guérilla cyber, en même temps qu’une guerre informationnelle et les fronts économiques, du blé au pétrole, dans tous les sens. Tous ces niveaux s’enchevêtrent, sans dépasser, pour l’instant, en Europe, le seuil de l’explosion manifeste. Une période de « ni guerre ni paix », ou encore, comme le disait le général Beaufre, théoricien de la stratégie nucléaire française, de « Paix-Guerre ».
« À une notion élargie de la guerre doit correspondre une notion élargie de la stratégie » écrivait-il[1]. Ce que l’on appelle alors stratégie, c’est la politique d’un État qui tente de conserver la maîtrise de ses actions. Ce qui frappe dans l’histoire récente, c’est l’incapacité des États, à commencer par les plus puissants, de garder la maîtrise de leur politique. Ainsi les États-Unis, ainsi la Russie. Pour l’instant, seules la Chine et l’Europe (et en Europe principalement la France) s’activent pour résoudre les conflits. pour rassurer là où les Américains inquiètent. Personne, in fine, ne maîtrise le désordre mondial.

Revient le temps des contrebandiers, des flottes fantômes, corsaires modernes, des pirates commanditées ou non, des fermes de maîtres chanteurs qui ne savent pas forcément qui les manipule ; quand ceux qui les manipulent ne savent pas vraiment qui ils sont censés contrôler. Qui pouvait penser qu’une rébellion régionale, les Houthis, pouvait étrangler l’économie mondiale ? Les Talibans. Qui utilise ces immensités africaines aux mains de mercenaires et de rebelles? Les trafiquants.
La révolution des drônes
Impossible de contrôler le cerveau d’un chef de guerre, surtout s’il se croit inspiré par le Très Haut ou le Très bas. Mais possible de s’insinuer dans le cerveau de son ordinateur, de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Pourquoi construire un avion, un porte-avions, si par un drone, je peux l’empêcher d’agir ? Pourquoi lancer des satellites, si demain, je peux en prendre le contrôle ? Et pourquoi les contrôler, s’il me suffit d’y installer le désordre ?
Voilà qui menace tout système trop centralisé. Qui oblige à mille défenses, à la fois globales, par des alliances, et très locales. La plus petite défense, c’est l’individu. Mais l’individu seul ne peut rien. Encore qu’il peut devenir terroriste. C’est donc une défense en réseau, terre à terre, très humaine, qui doit se construire. Une dissuasion par la base. Ce qu’essaient de faire les Polonais, les Finlandais, les Suisses. Que la guerre soit toujours hors de prix pour l’agresseur.
Le chef d’état-major de Tsahal est-il sûr que celui qui dirigera l’IA général qui fera la guerre demain, sera un général, dans une armée identifiable ? Et si c’était le Docteur No ? Le système de défense doit reposer sur des James Bond ordinaires, qui tous ont des gadgets de riposte dans leur poche, comme un téléphone relié aux étoiles. Il y a aussi des Geeks partout. Pas de cœur central, pas de cerveau central, c’est la force des régimes ouverts. Ni guide ni chef suprême, obligé de se cacher dans un bunker parce qu’il craint de voir le cœur de l’ex-armée rouge mener une opération très spéciale contre lui. Hier on goûtait la nourriture. Aujourd’hui, on teste les téléphones.
En Russie, les tranquilles élections législatives organisées par le FSB ont subi une attaque cyber. Il y a des mauvais esprits partout. Avec un bon esprit de défense, bien entendu.
[1] « La paix-guerre ou la stratégie d’Hitler », in Le général Beaufre, par le Général Hervé Pierre, Perrin, 2026.







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