Dans sa décision du 14 août dernier, le Conseil constitutionnel a annulé l’article 1er de la loi visant à interdire aux jeunes de moins de 15 ans l’utilisation des réseaux sociaux au nom de la défense de la liberté d’expression. Les sages de la rue Montpensier ont souligné que l’application de la loi aurait empêché les jeunes d’utiliser des réseaux sociaux qui contribuent à leur information et qui leur permet aussi de communiquer via, par exemple, des applications comme WhatsApp. En outre, la loi portait atteinte au respect de la vie privée. En interdisant l’accès de tout mineur de moins de quinze ans à certains services en ligne, la loi aurait obligé toute personne, même majeure, à faire la preuve de son âge avant d’y accéder.
Le gardien des institutions
Devant ces principes qui émanent de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, certains ont accusé le Conseil constitutionnel de s’opposer à la volonté populaire et de s’ériger en législateur. Tel n’est pas le cas. Il a joué son rôle de gardien des institutions. Les protestations qu’a provoquées cette décision prouvent, une fois de plus, que les Français ne sont pas à une contradiction près. Ces derniers critiquent l’excès de réglementation et l’interventionnisme de l’État, tout en demandant à ce dernier de régler tous les problèmes, économiques, sociaux et individuels.
En l’occurrence, l’accès des enfants aux réseaux sociaux ne relève-t-il pas avant tout de la responsabilité des parents ? En clair : une question d’éducation. La volonté de s’en remettre à l’État est une démission, une défaite en rase campagne. C’est un magistral aveu de faiblesse. De toute façon, la question de l’accès aux réseaux sera-t-elle réglée avec l’adoption d’une seule loi ? Au temps des VPN, du darknet, de l’IA, etc., cette dernière est un tigre de papier. Ne serait-il pas plus logique de sensibiliser les enfants comme les parents aux avantages et aux dangers des réseaux, aux fausses informations et aux fraudes ?
Le comportement schizophrène des Français ne se limite pas au Web
Il est général et concerne en premier lieu l’économie. Les Français, tout en honnissant les normes, les règles et les prélèvements, appellent en permanence au secours les collectivités publiques. Toute crise, tout choc doit s’accompagner de son plan qui n’est crédible qu’à la condition de dépasser le milliard d’euros. A la demande générale, tout problème débouche sur la présentation d’une loi qui se surajoute aux autres. Il en résulte une accumulation de normes indigestes et bien souvent contradictoires. Le stock d’articles réglementaires consolidés en vigueur est ainsi passé de 177 193 en 2005 à 267 910 au début de 2026, soit une hausse de 51 %.
Le déséquilibre des finances publiques résulte en grande partie de cette accumulation de textes, de la sédimentation des règles et, en définitive, de l’incapacité à remettre en cause les subventions ou les avantages fiscaux accordés. Les exonérations de charges sociales instituées au début du siècle pour aider les entreprises à faire face aux 35 heures sont toujours en vigueur. Le manque à gagner en cotisations sociales lié à l’ensemble des allègements atteint plus de 85 milliards d’euros. Les niches fiscales, au nombre de 465 en 2026, représentent à elle seules 88,3 milliards d’euros.

Au nom de l’égalité, les Français sont pour la suppression des mécanismes dérogatoires, mais ce consensus est purement théorique. Face à la cristallisation des oppositions, les gouvernements ont été, dans le passé, contraints de renoncer à leur remise en cause. Le conservatisme, allié à un individualisme forcené bloque toute évolution en la matière. L’État devenu assureur en premier et dernier ressort est une drogue dure à forte accoutumance. Le rôle de béquille que ce dernier remplit sert, en outre, à assurer sa légitimité. Un cercle vicieux s’est ainsi institué duquel nul, les dirigeants comme les citoyens, ne veut sortir.
La fuite en avant
Un fatalisme gagne la population dont une partie estime que le salut ne viendra que par le placement du pays sous tutelle du Fmi ou de la Banque centrale européenne. Évidemment, nous n’y sommes pas encore. Mais ce fatalisme traduit un large sentiment d’impuissance et d’immaturité. S’il fallait en passé par ce remède, le prix à payer serait élevé Nous pourrions craindre d’importants troubles sociaux. Choisir ou subir, tel est l’enjeux des temps à venir.







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