La rentrée politique qui s’ouvre ce 22 août 2026 n’est pas une rentrée comme les autres. C’est la dernière avant l’élection présidentielle de 2027, un scrutin qui s’annonce déjà comme l’un des plus incertains de la Ve République. Pour les 1,4 millions de Français installés à l’étranger et inscrits sur la liste électorale consulaire, les mois à venir seront décisifs : les programmes se précisent, les alliances se dessinent, et les candidats commencent à s’adresser directement à un électorat trop souvent oublié, mais dont le poids pourrait faire basculer l’élection.
Un contexte économique et social sous tension
Le gouvernement sort d’un été marqué par des débats budgétaires houleux. Le projet de loi de finances pour 2027, qui sera présenté à l’Assemblée nationale le 30 septembre, s’annonce déjà comme un casse-tête. Avec un déficit public prévu à 4,9 % du PIB (contre 5 % en 2026), Sébastien Lecornu, Premier ministre, devra trouver des économies sans alourdir la fiscalité. Dans un contexte de majorité relative à l’Assemblée, le recours au 49.3, déjà utilisé à trois reprises pour le budget 2026, plane comme une menace sur les débats parlementaires. « Toute promesse présidentielle devra être confrontée à la dette publique, aux recettes disponibles et aux conséquences pour les contribuables », rappellent les observateurs politiques.
Pour les Français de l’étranger, les enjeux sont concrets :
- Stabilité fiscale : Les expatriés, souvent soumis à une double imposition, scrutent avec attention les propositions sur la fiscalité du patrimoine et des revenus.
- Protection sociale : La Caisse des Français de l’Étranger (CFE), en difficulté financière, attend des réponses sur son avenir. « Les candidats doivent s’emparer du financement de la CFE pour en faire une vraie sécurité sociale », insiste Florian Bohême, conseiller des Français de l’étranger.
- Éducation : Le réseau de l’AEFE (612 établissements, 400 000 élèves dans 138 pays) est un sujet récurrent, notamment sur l’accès aux bourses scolaires.
Une présidentielle ouverte, des candidats en ordonnancement
Contrairement à 2022, aucun favori ne se détache clairement. Les partis sont en pleine recomposition :
- À gauche, la primaire socialiste (11 et 18 octobre 2026) devrait désigner un candidat, avec Raphaël Glucksmann en position de favori.
- Au centre et à droite, la bataille fait rage entre Gabriel Attal et Édouard Philippe tandis que les LR n’arrivent pas à faire émerger une personnalité.
- À l’extrême droite, Marine Le Pen mise sur une stratégie de « dédiabolisation » et de structuration de son électorat à l’étranger.
« À quelques mois de la présidentielle 2027, les rentrées politiques seront particulièrement importantes pour les candidats », souligne 20 Minutes. Les universités d’été, qui débutent dès le 20 août, seront l’occasion pour chacun de préciser ses positions, y compris sur les questions qui touchent directement les expatriés.
Les événements clés de la rentrée politique 2026
La rentrée s’annonce chargée en meetings, débats et annonces. Voici les dates à retenir pour suivre l’actualité politique vue de l’étranger :
| Date | Événement | Enjeux pour les Français de l’étranger |
|---|---|---|
| 20 août 2026 | Début des universités d’été (Écologistes à Grenoble, LFI à Châteauneuf-sur-Isère) | Première prise de parole des candidats sur les thèmes sociétaux et écologiques. |
| 27 août 2026 | Débat du Medef (Roland-Garros) | Questions économiques et fiscales, avec la participation de Mélenchon, Attal, Le Pen, Glucksmann, Philippe. |
| 28-30 août 2026 | Campus du Parti socialiste (Blois) | Raphaël Glucksmann et Olivier Faure devraient y détailler leurs propositions pour les expatriés. |
| 30 août 2026 | Rentrée politique de Gérald Darmanin (Tourcoing) | Édouard Philippe pourrait y être présent. Un événement clé pour la droite. |
| 30 septembre 2026 | Présentation du budget 2027 à l’Assemblée | Le gouvernement devra justifier ses choix, notamment sur les crédits alloués aux Français de l’étranger. |
| 27 septembre 2026 | Élections sénatoriales | 178 sièges à renouveler. Un test pour mesurer les rapports de force avant 2027. |
Ce qu’il faut surveiller
- Les discours sur la fiscalité : Plusieurs candidats (Mélenchon, Le Pen) ont déjà évoqué des mesures ciblant les expatriés fiscaux. « Renforcer l’exit tax, imposer les expatriés », propose ainsi Jean-Luc Mélenchon.
- Les annonces sur la protection consulaire : David Lisnard a déjà alerté le ministre des Affaires étrangères en mars 2026 sur la situation des ressortissants français bloqués au Moyen-Orient. Un sujet qui pourrait revenir sur le devant de la scène.
- Les propositions sur l’éducation : Raphaël Glucksmann défend la portabilité du droit des retraites pour les expatriés dans l’UE, tandis que Mélenchon promet de renforcer le réseau diplomatique et éducatif.

Les Français de l’étranger dans la campagne : un électorat courtisé, mais divisé
Avec 1,4 million d’inscrits sur les listes consulaires (soit le 8ᵉ département de France, devant les Yvelines ou le Pas-de-Calais), les Français de l’étranger représentent un enjeu électoral majeur. Pourtant, leur participation reste faible : seulement 35,12 % de votants au 1ᵉʳ tour de la présidentielle 2022 (contre 73,69 % en métropole). « Si tous les Français de l’étranger étaient inscrits, ils seraient en tête du classement », souligne l’Union des Français à l’Étranger (UFE).
Comment votent les expatriés ? Leçons de 2022
Les résultats de 2022 révèlent une sociologie particulière :
- Emmanuel Macron avait obtenu 45 % des suffrages (225 000 voix), soit 10 points de plus que son score national.
- Jean-Luc Mélenchon avait fait 21,9 %, soit son score national.
- Marine Le Pen avait été sous-représentée (12,5 % contre 23,15 % en métropole).
- Éric Zemmour avait réalisé un score supérieur à sa moyenne nationale (8,2 % contre 7 %).
« L’électorat expatrié est traditionnellement plus aisé, urbain et diplômé, ce qui favorise les candidats du centre et de la gauche sociale-démocrate », analyse Public Sénat.
Les positions des candidats en 2027 : qui dit quoi ?
Voici une synthèse exclusive des propositions des principaux candidats, basée sur leurs programmes et déclarations récentes :
| Candidat | Position sur l’expatriation | Mesures phares | Citation clé | Impact pour les expatriés |
|---|---|---|---|---|
| Jean-Luc Mélenchon (LFI) | Approche fiscale stricte | Renforcer l’exit tax, imposition au passeport, supprimer les avantages fiscaux sur l’épargne à l’étranger | « Rétablir l’exit tax, imposer les expatriés » | Négatif pour les expatriés fiscaux |
| Gabriel Attal (Renaissance) | Pragmatisme | Refus d’imposer à l’Etat de nouvelles prises en charge mais respectueux des choix de vie | « Je ne veux pas créer de charges lourdes pour des expatriés dont la situation est différente » | Neutre à positif |
| Édouard Philippe (Horizons) | Approche inclusive | Ancien expatrié en Allemagne, appel à la participation politique et au vote | « Ils demeurent français et nous avons besoin de leurs intérêts pour la France » | Positif (représentation) |
| Marine Le Pen (RN) | Critique des expatriés fiscaux | Structuration de la Fédération RN pour les Français de l’étranger | « Être un marcheur, c’est être un nomade comme les migrants ou les expatriés fiscaux » | Négatif (discours stigmatisant) |
| Raphaël Glucksmann (Place Publique) | Approche sociale et européenne | Portabilité du droit des retraites (UE), soutien à l’AEFE et aux bourses scolaires | « La portabilité du droit des retraites était défendue par le groupe des socialistes européens » | Positif (droits sociaux) |
| David Lisnard (Nouvelle Énergie) | Priorité à la protection consulaire | Renforcement de la diplomatie pour protéger les Français à l’étranger | « Alerter sur la situation de ressortissants français bloqués au Moyen-Orient » (lettre du 1ᵉʳ mars 2026) | Positif (sécurité) |
Analyse par thème : qui défendre les intérêts des expatriés ?
1. Fiscalité et expatriation fiscale
- À éviter : Mélenchon (exit tax + imposition au passeport), Le Pen (critique des expatriés fiscaux).
- À privilégier : Attal, Philippe, Glucksmann, Lisnard (approche pragmatique, pas de mesures punitives).
2. Éducation (AEFE, bourses scolaires)
- Candidats engagés : Glucksmann (portabilité des droits + soutien AEFE), Mélenchon (renforcement du réseau).
- Neutres : Attal, Philippe, Lisnard (peu de mesures spécifiques).
3. Protection sociale (CFE, retraites)
- Meilleur choix : Glucksmann (portabilité des retraites dans l’UE).
- Aucun candidat ne propose de réforme majeure sur la CFE, mais le sujet pourrait émerger lors des débats.
4. Représentation politique
- Tous les candidats (sauf Le Pen) misent sur un dialogue avec les communautés françaises à l’étranger.
- À noter : Le RN a structuré une fédération dédiée, mais son discours reste critique envers les expatriés fiscaux.
2027, une élection à ne pas rater
Cette rentrée politique 2026 marque le début de la campagne présidentielle la plus ouverte depuis des décennies. Pour les Français de l’étranger, les enjeux sont concrets :
- Fiscalité : Risque de mesures punitives pour les expatriés fiscaux (Mélenchon, Le Pen).
- Éducation : L’AEFE et les bourses scolaires restent un sujet central.
- Protection sociale : La CFE et la portabilité des retraites sont des dossiers à suivre.
- Représentation : Plusieurs candidats (Philippe, Attal, Glucksmann) misent sur un dialogue renforcé.
Notre conseil : Inscrivez-vous sur les listes consulaires (délai : avant le 31 décembre 2026 pour voter en 2027) et suivez de près les universités d’été à partir du 20 août. Les programmes se précisent, et votre voix pourrait faire la différence.







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