Maud Joseph, élue des Français d’Ukraine : « la guerre est dans notre quotidien, mais on ne vit pas que ça »

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Maud Joseph, élue des Français d’Ukraine : « la guerre est dans notre quotidien, mais on ne vit pas que ça »

Dans un contexte international profondément marqué par la guerre en Ukraine, la voix de nos compatriotes installés sur place reste essentielle pour comprendre la réalité du terrain. Loin des grilles de lecture purement théoriques, la communauté française fait preuve d’une force morale et d’un pragmatisme exemplaire. Pour faire la lumière sur cette situation, Lesfrançais.press a interrogé Maud Joseph, nouvellement élue conseillère des Français d’Ukraine. Elle est aussi la directrice actuelle de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) France-Ukraine. Forte de plus de treize années d’expatriation, elle partage son diagnostic sur le quotidien de la communauté : « la guerre est dans notre quotidien, mais on ne vit pas que ça ». Au cours de cette interview, notre invitée dessine aussi les contours des futures opportunités économiques dans ce pays.

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Maud Joseph, élue des Français d’Ukraine : « la guerre est dans notre quotidien, mais on ne vit pas que ça »

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Maud Joseph : un engagement de terrain né d’un ancrage local profond

L’engagement citoyen de Maud Joseph est l’aboutissement d’un parcours de vie intimement lié à la terre ukrainienne. Arrivée dans le pays bien avant le conflit actuel, elle y a structuré son existence et son activité. « Ça fait maintenant plus de 13 ans que je vis en Ukraine et j’y ai construit ma vie professionnelle. Enfin, une partie de ma vie professionnelle et une grande partie de ma vie personnelle, puisque ma dernière fille est née à Kyiv », confie-t-elle. Cet ancrage solide l’a menée au fil des ans à animer plusieurs réseaux, d’abord au sein de l’association Kyiv Accueil, puis à la tête de la CCI franco-ukrainienne.

« Ça fait maintenant plus de 13 ans que je vis en Ukraine et j’y ai construit ma vie. »

Maud Joseph, conseillère des Français d’Ukraine et directrice de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) France-Ukraine

Son élection récente au conseil consulaire, en binôme avec son suppléant Gérard de La Salle, répond à un besoin impérieux de proximité et d’action de proximité : « Aujourd’hui, je ne suis pas avec un programme hyper théorique, mais je connais la réalité du terrain, les difficultés puisque je les vis aussi, et je sais aussi que notre communauté a beaucoup de ressources. »

Pour les Français d’Ukraine : proximité territoriale et éducation

Dès sa prise de fonction, la nouvelle élue a tenu à affirmer un positionnement clair : être la représentante de l’ensemble des ressortissants, sans distinction géographique. Refusant de limiter son action à la seule capitale, l’équipe a immédiatement entamé des déplacements régionaux : « Notre grande priorité, et ça a été notre axe de campagne, nous sommes les conseillers de tous les Français d’Ukraine et pas uniquement de Kiev. Donc on s’est déplacés à Dnipro, à Odessa, à Lviv, et on va se déplacer tout au long du mandat pour rencontrer tous les Français d’Ukraine. » Cette démarche s’est concrétisée par le lancement d’une newsletter mensuelle visant à rompre l’isolement, partager des conseils culturels et faire remonter directement les interrogations.

Maud Joseph, conseillère des Français dUkraine et directrice de la Chambre de Commerce et dIndustrie (CCI) France - Ukraine
Maud Joseph, conseillère des Français dUkraine et directrice de la Chambre de Commerce et dIndustrie (CCI) France – Ukraine

Au-delà de la communication, le secteur éducatif constitue la clé de voûte de ce mandat. Pour Maud Joseph, l’école est le vecteur indispensable du maintien des familles et, à terme, du retour des expatriés. Des visites de terrain ont ainsi été effectuées au sein du Lycée français Anne de Kyiv et de l’école Rikiki, avant une prochaine rencontre avec l’École Française Internationale (EFI).

L’objectif est d’accompagner au mieux la scolarité, tout en créant des ponts solides avec le monde de l’entreprise, notamment via un projet de « semaine des métiers » destiné aux élèves de première et de terminale. La solidarité communautaire se traduit également par la mise en avant de profils inspirants comme l’humanitaire Paul Vaseux afin de fédérer les énergies disponibles.

Vivre à 80 % normalement : le quotidien de la communauté française en Ukraine

Interrogée sur la perception de la sécurité et l’état psychologique des Français en Ukraine, Maud Joseph livre une analyse nuancée, loin du catastrophisme médiatique. La réalité du terrain est celle d’une dualité permanente entre la rigueur de la guerre et une formidable pulsion de vie : « La guerre est dans notre quotidien. C’est vrai que nous avons des alertes, des coupures d’électricité, d’eau, de chauffage. Les attaques font partie de notre vie. Mais on n’est pas que ça. Et on ne vit pas que ça. On va dire que 80% de notre temps, on le vit normalement. »

« La guerre est dans notre quotidien (…) Mais on ne vit pas que ça. On va dire que 80% de notre temps, on le vit normalement. »

Maud Joseph, conseillère des Français d’Ukraine et directrice de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) France-Ukraine

Cette résilience se manifeste à travers la poursuite des activités économiques, éducatives et familiales. L’effort collectif ne se résume pas à une simple posture de survie passive : « On a des attentes comme partout, des entrepreneurs qui investissent, des enseignants qui continuent à enseigner, des familles qui élèvent leurs enfants. Vous voyez, on est un peu comme partout, 80% du temps. Et 20% du temps, on survit. On essaie de survivre. » Face à l’adversité, le moral reste solide. Interrogée sur la perspective d’une paix rapide, Maud Joseph précise la pensée commune : « Une victoire rapide ? Je ne sais pas, mais on le souhaite tous. »

Climat économique et reconstruction : agir dès maintenant en Ukraine

En tant que directrice de la CCI France-Ukraine, Maud Joseph possède une vision stratégique globale du marché économique. Le constat est sans préavis : le tissu entrepreneurial français fait preuve d’une fidélité remarquable. À ce jour, aucune grande entreprise française n’a quitté le territoire, et de nouveaux acteurs manifestent régulièrement leur intérêt.

Maud Joseph, conseillère des Français dUkraine et directrice de la Chambre de Commerce et d'Industrie France - Ukraine
Maud Joseph, conseillère des Français dUkraine et directrice de la Chambre de Commerce et d’Industrie France – Ukraine

Pourtant, la période hivernale n’a pas été exempte de défis systémiques : « Je ne vous cache pas que l’hiver a été extrêmement difficile. Pour la première fois, pour certaines entreprises, surtout celles qui ont des magasins qui fonctionnent, c’est beaucoup plus compliqué. Sans électricité, c’est compliqué d’ouvrir un magasin. » Après un premier trimestre marqué par d’importantes coupures logistiques, l’activité a néanmoins retrouvé une excellente dynamique de croisière.

« Les Ukrainiens l’ont dit et le répètent. Ils se souviendront de ceux qui les ont soutenus pendant la guerre. »

Maud Joseph, conseillère des Français d’Ukraine et directrice de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) France-Ukraine

Le grand chantier de la reconstruction nationale attise déjà toutes les convoitises internationales. Les secteurs porteurs pour le savoir-faire français sont légion : le BTP, l’ingénierie, les infrastructures de santé, mais aussi et surtout l’énergie, durement éprouvée par les bombardements. Les technologies civiles (tech, devtech) et le secteur de la défense complètent ce panorama d’opportunités.

Aux investisseurs et chefs d’entreprise français hésitants, la directrice de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) France-Ukraine adresse un message clair : il faut s’y intéresser dès aujourd’hui. D’une part, s’implanter sur un tel marché requiert un temps de préparation incompressible. D’autre part, la dimension humaine et la fidélité géopolitique joueront un rôle majeur dans l’attribution des marchés futurs : « Les Ukrainiens l’ont dit et le répètent. Ils se souviendront de ceux qui les ont soutenus pendant la guerre. » Les pays alliés comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les États-Unis ou le Japon disposeront d’un capital de confiance inestimable. Enfin, des dispositifs financiers et des mécanismes d’assurance spécifiques couvrent d’ores et déjà les risques actuels. « Aujourd’hui, c’est le moment », conclut-elle avec conviction.

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