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Psychanalyse des États-Unis

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Que les États-Unis, patrie de la liberté, choisissent un président qui a tous les symptômes d’un dictateur pour son 250ème anniversaire conduit à en tenter la psychanalyse.

Que la patrie de la liberté choisisse un président qui a tous les symptômes d’un dictateur à la Tintin pour son 250ème anniversaire conduit à en tenter la psychanalyse. À l’évidence, les États-Unis ont tué le père, le roi Georges, qui, parfois atteint de crises de démence, pissait bleu. Un bleu très différent du bleu, « Old glory blue », de la bannière étoilée. La déclaration d’indépendance accuse le monarque et la constitution américaine se pose en contrepied de la monarchie, même si elle hérite du libéralisme politique déjà à l’œuvre en Grande Bretagne. Ce que feront les États-Unis, pendant 250 ans, ce sera prendre la place de l’Angleterre. Encore récemment en « achetant » la base de Diego Garcia dans l’Océan indien.

La doctrine Monroe

La doctrine Monroe, en fait, c’est cela. Remplacer la Grande Bretagne en Amérique latine, substituer le commerce et l’influence des États-Unis à celle des Britanniques, au Japon, en Chine, au Moyen Orient. Tout comme le dollar s’est substitué à la Livre. Maintenant, fort de la « relation spéciale » avec la grande Bretagne, Trump insulte l’Angleterre comme si elle était, à l’image du vieux Georges, sourde, aveugle, impotente. Pas joli cet œdipe. Et Maman ? C’est pire. Les États-Unis n’ont jamais voulu coucher avec la France. Maman, c’est Paris. Quand le roi Charles a dit à Trump, « Sans nous, vous parleriez français », ce n’est pas faux et c’est bien dommage. Pittsburgh s’appelait Fort Duquesne. Mais ce n’était pas encore les États-Unis. Les États-Unis sont une création française. Sans le soutien de la France ni armes, ni victoire, ni indépendance. Puis la France, bêtement, donna une seconde naissance aux États-Unis en leur abandonnant la Louisiane, qui allait des Grands Lacs jusqu’au golfe du Mexique, pour une bouchée de pain. Grâce à Talleyrand le corrompu. Il n’est pas sûr qu’ils aient tout payé. Les États-Unis grandissent par achat de terre ; aux Français, aux Russes, aux Indiens… Le Groenland ?

Les Indiens ! Plus de quatre cents traités auraient été signés avec les Indiens, aux noms multiples. Aucun n’aurait été respecté. Le « Go west, young man » d’Horace Greeley, appelle à une conquête de l’ouest ingénument criminelle. Le New York Tribune d’Horace trouvait ignoble l’esclavage, mais pas le traitement subi par les Indiens. Comment se soigner de la blessure d’un pays fondé sur l’éradication des occupants ? Jerry Rubin, fondateur des Yippies, Pape de la contre-culture, proposait de tout rendre aux Indiens « seuls détenteurs légitimes des États-Unis. ». Au même moment, Georges Wallace, gouverneur d’Alabama, partisan de la ségrégation raciale, obtenait 10 millions de voix aux élections présidentielles de 1964. Juste après l’assassinat de Kennedy, dans lequel furent impliquées presque toutes les institutions du pays. Les États-Unis sont schizophrènes. Ils sont plusieurs.  

Régulièrement, l’étonnement survient de leur division. Comme s’il n’y avait pas eu une guerre de sécession. La schizophrénie est constitutive des États-Unis. La Constitution n’est-elle pas un magnifique hymne à la liberté, à l’humanité ? Elle n’empêche pas l’esclavage.

Qui est le vrai père ? L’Angleterre, les Amérindiens, les esclaves ?

Lincoln refonde les États-Unis. Par la guerre de Sécession, la réconciliation ou l’abolition de l’esclavage ? Aucun pays ne fit jamais la guerre pour abolir l’esclavage, sinon les États-Unis. Ils ne s’en remettent pas.

La lutte du bien et du mal vit en chaque citoyen. C’est pourquoi l’exorcisme et la psychanalyse y ont tant d’importance. C’est pourquoi, à la différence de l’Europe de l’Europe et de la Chine, la religion, – les sectes- y a tant d’importance. L’Amérique est le Bien. Et tout ce qui contredit ce combat pour le bien, y compris au sein des États-Unis, est le Mal. Ainsi pense Vance. Mais le Bien se déchire. Chacun défend « son Bien ». Et son bien : chacun pour soi. Demerden sie sich dirait Freud aux Allemands de Pennsylvanie. Masculinistes et Wokistes n’ont pas la même définition du bien. Ni les uns ni les autres n’auraient pu naître en Méditerranée.

Psychoses et névroses collectives tracent l’histoire des violences. Mais qu’est ce qui explique, aussi, les succès ? La Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, voire l’Argentine avaient bien plus d’atouts.

Quelle est la base de la réussite américaine ? La Constitution. Et l’immigration. La Constitution remplace le roi par le droit, consacre la dignité de la personne humaine. Le système de libertés permet la concurrence de modèles qui ne se dupliquent que par la recherche du meilleur. Et attire le monde à lui. Sans l’afflux permanent de migrants, les États-Unis seraient restés petits. Le cinéma américain est mondial parce que le public américain est un tamis universel.  

Ce ne sont pas les terres volées – (distribués aux colons par un État providence avant la lettre), qui ont fait la richesse américaine. Ni l’or de Californie, ni le pétrole. Il y a des mines d’or, du pétrole, des terres partout dans le monde ; ce sont des migrants.

Ce n’est pas l’esclavage non plus, car il y avait des esclaves bien ailleurs dans le monde. Le Nord, sans l’esclavage, devint plus riche que le Sud. Ce qui fit l’Amérique, ce fut la Révolution, celle de la philosophie politique. On en avait vu les débuts aux Pays-Bas, en Angleterre, en Suisse et jusque dans la Corse de Paoli.[1]

La Révolution des Lumières, associée à une aspiration religieuse, répandait sur cette terre faussement vierge, la sève d’un monde neuf, libre, un jardin d’Eden : « tandis que chacun s’assiéra en sécurité sous sa vigne et son figuier, et qu’il n’y aura personne pour le faire trembler[2] » disait l’autre Georges, Washington, citant la Bible.

Aujourd’hui, tout est resté : le pétrole, le racisme, le wokisme, la fascination de la violence, la corruption, la Mafia. Et la Silicon Valley. Rien ne détruit vraiment les illusions américaines, ni les traumatismes du sang, ni les violences internes. L’Amérique a beau se tromper sur tout, elle continue.

Jerry Rubin est devenu un homme d’affaires : « La création de richesses est la seule vraie révolution américaine » disait-il. George Wallace, repenti, fut élu une quatrième fois gouverneur après avoir demandé pardon[3]. Le mari de Jacky, John Kennedy prêtait à son frère Bobby la belle Marilyn et transformait la maison blanche en lupanar. Tous les trois, héros, furent suicidés. Les États-Unis vendent des légendes, s’en repaissent ; le monde les achète. Cela s’appelle l’« American way of life », l’Apple de la jouissance. Aux États-Unis, le Président jure sur la Bible et chaque dollar proclame « in God we trust ». «Dieu n’est pas mort, il est inconscient », disait le gaulliste Lacan.


[1] Auteur de la première constitution écrite en Europe, considéré comme un héros par les Pères fondateurs, dix villes américaines portent son nom.

[2] Lettre de Georges Washington au rabbin de Rhode Island. https://static.heritage.org/CPP/FP_PS03w.pdf

[3] https://www.washingtonpost.com/wp-srv/politics/daily/sept98/wallace.htm

Auteur/Autrice

  • Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l'Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu'en septembre 2025.

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