Radio en direct
Choisissez une station puis lancez la lecture
sécurité sociale française

EXCLUSIF – Élections consulaires en Irlande : Les coulisses d’une démission forcée de Laurence Helaili-Chapuis  

Temps de lecture

9–14 minutes
EXCLUSIF – Élections consulaires en Irlande : Les coulisses d'une démission forcée de Laurence Helaili-Chapuis

C’est un épilogue « surprise » aux élections consulaires. Après des semaines de haute tension dans la circonscription d’Irlande. Alors qu’elle venait de remporter le scrutin consulaire avec 41,3 % des suffrages, Laurence Helaili-Chapuis choisit de jeter l’éponge après douze ans de mandat.   Fraîchement réélue à la tête de la liste « Un monde de projets », la conseillère des Français de l’étranger a déposé sa démission. Si l’élue dénonce une cabale personnelle et un harcèlement visant ses proches, une contre-enquête menée par notre rédaction révèle aussi l’envers du décor : un système complexe, une campagne virtuelle menée depuis la France et un recours du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui aurait précipité son retrait.  

Une élection consulaire sur fond de bataille juridique et nationale

Pour comprendre le départ de l’élue consulaire Laurence Helaili-Chapuis, il faut remonter aux jours précédant le scrutin. L’opposition locale reproche à la conseillère des Français de l’étranger de ne plus résider en Irlande mais en région parisienne depuis l’été 2024. Une radiation des listes électorales consulaires d’Irlande avait même été prononcée juste avant le vote, mais après le gel officiel des candidatures, créant un imbroglio juridique inédit. L’ambassade ayant validé et proprement proclamé le résultat des urnes, la bataille s’est immédiatement déplacée sur le terrain judiciaire.  

« On accepte le verdict des urnes. On ne se met pas à demander où est-ce qu’une candidate a pris son petit déjeuner le matin ou avec qui elle a déjeuné. On arrive sur des intrusions à la vie privée intolérables. C’est du harcèlement. »  

Laurence Helaili-Chapuis

Contactée par notre rédaction, Laurence Helaili-Chapuis ne cache pas son amertume et recadre immédiatement l’enjeu. Pour celle qui a porté les couleurs de sa famille politique au niveau des élections législatives, ces attaques ne sont pas locales, elles sont structurelles et politiques : « J’ai démissionné pour protéger mes proches », nous confie-t-elle. Dans un communiqué officiel qu’elle s’apprête à publier, elle ajoute refuser que ses proches et des agents publics soumis au devoir de réserve soient entraînés dans ces polémiques. Elle y annonce aussi passer le flambeau à Cathy, Mardye Canniere, la candidate placée en troisième position sur sa liste.  Une source diplomatique nous a confirmé la démission de l’élue à compter du 10 juin 2026.

« J’ai démissionné pour protéger mes proches »

Laurence Helaili-Chapuis

Par ailleurs, l’intéressée réfute catégoriquement toute fraude, assumant sa transparence et renvoyant la responsabilité à l’administration : « À ce jour, je ne suis pas du tout accusée de fraude. Si c’était le cas, cela engagerait notre ambassade qui a validé l’élection et m’a proclamée. » Pour illustrer sa présence sur le terrain, elle rappelle ses interventions médiatiques lors des crises locales : « Encore récemment, je donne un élément. Je me suis exprimée sur BFM TV sur la tempête en Irlande. Vraisemblablement, j’étais où ? », martèle-t-elle, réfutant toute volonté de dissimulation.  Concernant la somme de 10 000 euros d’indemnités de mandat avancée par ses détracteurs, l’ancienne présidente du conseil consulaire balaie l’argument : « C’est une blague. Les indemnités réelles sont d’environ 1 600 euros par semestre et sont soumises à une stricte présence que l’ambassade contrôle. »  

Le calcul des indemnités perçues :

L’indemnité des Conseillers des Français d’Irlande s’élève à 1 958 € par semestre*, et l’indemnité de déplacement pour les conseillers AFE s’élève à 3 360 € par an pour 2 sessions (sources Legifrance JORF). Depuis 2024, elle aurait perçu 3 fois l’indemnité semestrielle et 3 déplacements, si on ne compte pas octobre 2024, pour un montant total de 10 914 €.  
 
* Arrêté du 19 janvier 2024 pris pour l’application de l’article 23 du décret n° 2014-144 du 18 février 2014 relatif aux conseils consulaires, à l’Assemblée des Français de l’étranger et à leurs membres révisant l’indemnité semestrielle forfaitaire prévue à l’article 20 du même décret

Enfin, elle trace une frontière très nette entre l’opposition politique et ce qu’elle qualifie de « cabale personnelle », évoquant son face-à-face passé avec l’ancien député Alexandre Holroyd lors des élections législatives : « J’ai perdu au Royaume-Uni. Je n’ai pas contesté. Deux jours après, j’ai eu Alexandre Holroyd au téléphone. Je lui ai reproché certaines choses qui étaient de l’ordre de l’idéologie ou de la méthode. Ça, d’accord, c’est un débat acceptable pour le débat public. Mais on n’accuse pas quelqu’un sans le moindre commencement de preuve. » Selon elle, la véritable cible de cette offensive orchestrée par « deux personnes d’extrême-gauche » ne serait pas elle, mais le sénateur Olivier Cadic, dont elle est proche.  

Le couperet du recours devant le Conseil d’Etat ?

Pourtant, pour Laurence Helaili-Chapuis, la démission semble être la meilleure, et peut-être la seule, option qui lui reste face au recours déposé contre elle au Conseil d’État par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), qui conclurait, sans quasi aucun doute, à l’annulation de son élection pour cause d’inéligibilité, n’habitant plus dans la circonscription électorale, une des conditions obligatoires pour être élu.  

En effet, selon notre enquête, l’intéressée ne répondrait donc pas aux critères d’éligibilité :

  • Une radiation effective : Sa radiation, intervenue le 14 mai 2026, a eu lieu alors que tous les délais de recours étaient épuisés avant le 31 mai, jour du scrutin. Nous pouvons en déduire que, même si un recours a été déposé au Tribunal Judiciaire, il a été rejeté, puisque la radiation est effective.  
  •  Une absence prolongée : Les suspicions sur sa résidence sont basées sur sa non-présence en Irlande depuis 2024 aux réunions et événements où elle participait habituellement activement, jusqu’à la rentrée 2024. Elle était régulièrement vue à l’École Française et aurait, par la suite totalement disparu, laissant, selon certains, la communauté dubitative quant à sa réelle présence en Irlande.  Sa dernière apparition en Irlande s’est déroulée lors de la première visite du député Vincent Caure, qu’elle a accompagné depuis Paris.
  • Le motif de départ : La raison de sa radiation, « a quitté l’Irlande », semblerait donc se confirmer.

Désormais, c’est donc à ses co-listiers de reprendre le flambeau, dont Nicolas Nouelle-Parrat. Employé de l’ambassade de France, il coordonne et anime la Communauté Catholique Francophone de Dublin (CCF), et est très actif dans la communauté en ligne où il propose notamment des chambres à la location aux Français arrivants ou de passage. Il défend aussi le retour de la JDC (Journée Défense et citoyenneté) en présentiel pour les Français de l’étranger. Toutefois, son nom apparaît sur la liste des Tax defaulter pour le second trimestre 2022 sous la mention « former provider of short term accommodation » (source data.gov.ie).  

Laurence Helaili Chapui, débats législatives 2025
Laurence Helaili Chapui, débats législatives 2025

Alors que les rumeurs locales prêtaient à Laurence Helaili-Chapuis des méthodes d’éviction brutales par le passé, notamment lors du remaniement de sa liste précédente, son ancien colistier a tenu à rétablir la vérité. Contacté par notre rédaction, Sébastien Antoine, numéro 2 de la liste en 2021, précise qu’il avait quitté ses fonctions de son propre chef :  

« [Laurence Helaili-Chapuis] n’a exercé aucune pression sur moi m’appelant à démissionner », nous explique-t-il par écrit. « Ça a été une décision personnelle compte tenu de mon retour en France. Cela me paraissait être la règle et ma responsabilité. »

Sébastien Antoine

S’il affirme ne plus avoir de contacts avec elle depuis son départ d’Irlande, Sébastien Antoine livre un regard acéré sur la crise actuelle qui secoue la circonscription :  « je n’ai pas de réaction sur les événements actuels si ce n’est qu’elle aurait dû suivre mon exemple en démissionnant une fois ayant quitté le pays ». Cette situation et ces profils questionnent sur la légitimité de la liste.

Qu’en pensent les autres élus à Dublin ?

Logiquement, nous sommes allés au contact des autres représentants des Français d’Irlande pour avoir leurs avis sur cette situation.

Tout d’abord, nous avons interrogé le député des Français de la circonscription, Vincent Caure. Sollicité par Lesfrançais.press, le parlementaire Renaissance n’a pas souhaité commenter la démission en elle-même, mais a révélé un élément de taille quant aux suites juridiques du scrutin. « Pas de commentaire particulier à faire, d’autant qu’un recours suite à l’élection a été formé devant le Conseil d’État par le Ministère » informe-t-il.

Du côté de l’opposition, tous dénoncent « une tromperie des électeurs » faussant le résultat comme en témoigne   Saïda Khemira, ex-conseillère des Français d’Irlande et candidate tête de liste « Solid’Eire et engagés ». « Le 2 juin, à l’ambassade, une candidate absente des listes d’émargement le jour du scrutin a été proclamée élue. La situation a surpris tout le monde. Personne ne pensait qu’une telle proclamation était possible, et la loi obligeait pourtant l’ambassadrice à annoncer l’élection d’une candidate inéligible », indique-t-elle.

« J’espère que ce scrutin sera annulé : de tels faits ont manifestement altéré la sincérité du suffrage. »

Saïda Khemira, ex-conseillère des Français d’Irlande et candidate tête de liste « Solid’Eire et engagés

Pour notre interlocutrice, « Face à cette proclamation, un recours a été déposé, cosigné par 15 autres requérants. La démission que Mme Laurence Helaili-Chapuis vous a annoncée ne remet pas en cause la validité du vote. J’espère que ce scrutin sera annulé : de tels faits ont manifestement altéré la sincérité du suffrage ». Elle pose aussi la question, « cette affaire soulève la question du contrôle réel des conditions d’éligibilité au moment du dépôt de candidature, et non du seul contrôle de l’inscription sur la LEC. La question avait déjà été posée à l’Assemblée nationale sur le contrôle exercé par l’administration au dépôt des candidatures [QE n° 85897, Frédéric Lefebvre, 2015]. Or l’inscription sur la LEC ne garantit pas l’éligibilité : un candidat peut rester inscrit sans remplir les conditions de résidence, s’il choisit de ne pas déclarer son départ. »

Eléonore Caroit et Laurence Helaili Chapuis
Eléonore Caroit et Laurence Helaili Chapuis

« La validité de l’inscription dépend donc de l’efficacité et de la transparence de la commission de contrôle. Jusqu’en février 2026, cette commission était présidée par Mme Laurence Helaili-Chapuis, candidate tête de liste dont l’éligibilité a ensuite été contestée. Ses deux suivants de liste, Nicolas Nouelle-Parrat et Cathy Cannières, en étaient membres. Le cas de Mme Élodie Donatella, membre de la commission qui a quitté l’Irlande en 2022 sans avoir été proposée à la radiation, interroge sur le fonctionnement de cet organe. Être élu et siéger à la commission de contrôle implique de connaître précisément les conditions d’éligibilité, en particulier l’obligation de résidence effective et continue » poursuit l’ancienne conseillère consulaire. Elle partage également le fait « élue conseillère des Français d’Irlande en 2021, j’ai constaté que depuis le début de la mandature, aucune information transparente sur la composition et le fonctionnement de la commission n’a été rendue publique. Les démarches engagées pour obtenir ces éléments et signaler les irrégularités se sont heurtées à des réponses partielles et à des réticences. ». 

« Je crains d’éventuelles représailles en m’adressant à vous »

Saïda Khemira, ex-conseillère des Français d’Irlande et candidate tête de liste « Solid’Eire et engagés

Saïda Khemira précise aussi qu’un « signalement avait par ailleurs été adressé au MEAE ainsi qu’à la cellule de l’AFE concernant une interpellation verbale publique, humiliante et non provoquée dont j’ai été victime de la part de Mme Helaili-Chapuis en octobre 2024, devant témoins. Je crains d’éventuelles représailles en m’adressant à vous. Je tiens à préciser que ma démarche vise à défendre la démocratie, à protéger les électeurs et à rechercher la justice. Je ne m’en prends à personne, mais aux dysfonctionnements qui nous ont conduits à cette situation absurde, malgré mes signalements et mes tentative restées sans suite en amont. »  Notons toutefois qu’à ce jour, aucune notification officielle n’est venue corroborer ces affirmations.

Du côté de la liste n°2 « La Gauche Citoyenne », cette démission surprise est loin de calmer les esprits. Contactée par notre rédaction, la tête de liste Sophie Nicoullaud dénonce une stratégie électorale trompeuse pour les urnes :  « On continue dans le grand n’importe quoi », réagit la responsable de la formation. « Cela ne résout rien par rapport à la transparence avec les électeurs. Est-ce qu’ils auraient obtenu les mêmes résultats si elle n’avait pas été tête de liste ? N’est-ce pas un moyen pour que les gens votent pour une liste avec son nom dessus et après, voilà… Les personnes qui sont sur sa liste sont tout autant au courant qu’elle de sa situation. »

Ambassade de France
Ambassade de France

L’opposition pointe également du doigt la communication de l’élue sortante sur sa succession, qu’elle juge infondée au vu des procédures juridiques en cours :  « Elle vient d’annoncer sa démission sur sa communauté WhatsApp, mais elle a aussi annoncé que c’est la numéro 3 qui prend le relais. Qu’elle annonce sa démission, c’est une chose. Mais ce qu’elle dit sur la suite ne se base sur rien et ce n’est pas vrai puisqu’il y a un recours et qu’on ne sait pas ce qui va se passer. C’est encore un manque de transparence total par rapport aux électeurs. » 

Une sincérité du scrutin définitivement altérée ?

Les observateurs citoyens et les requérants rappellent que le départ de l’élue ne solde en rien le contentieux de fond. Les faits consignés au procès-verbal de proclamation du 2 juin 2026, notamment l’absence de Laurence Helaili-Chapuis des listes d’émargement du scrutin à l’urne le 31 mai, pourraient entrainer d’autres conséquences que la démission de l’intéressée.   

Pour le collectif citoyen, ce retrait postérieur au vote ne saurait effacer rétroactivement les irrégularités qui auraient dont pu vicier la sincérité du scrutin. Il revient au Conseil d’État, « saisi d’un déféré en sa qualité de juge de l’élection, de se prononcer sur la suite qui sera réservée à cette saisine », comme nous l’a confirmé une source diplomatique. La décision de cette instance pourrait bien aboutir à une invalidation de l’ensemble de l’élection en Irlande. A suivre,…  

Auteur/Autrice

  • Alexander Seale

    Alexander Seale est franco-britannique. Né et habitant au Royaume-Uni, il est correspondant pour lesfrancais.press, LCI (France) et LN24 (Belgique) à Londres.

Articles similaires

Laisser un commentaire

gymglish
Compte bancaire
Détaxe express
CFE
● Radio en direct
En pause