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Jeunes Français de l’étranger : quand la République vous mentionne dans un rapport mais vous oublie dans la loi de la programmation militaire

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Jeunes Français de l'étranger : quand la République vous mentionne dans un rapport mais vous oublie dans la loi

Alors que le Sénat doit examiner les 4 et 9 juin prochains le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, un sujet intéresse particulièrement les Français établis hors de France : la place qui leur sera accordée dans les nouveaux dispositifs de sensibilisation à la défense nationale. Au cœur du texte figure une réforme symbolique mais significative : la transformation de la Journée défense et citoyenneté (JDC) en Journée de mobilisation, ainsi que la création d’un nouveau service national volontaire à caractère exclusivement militaire. Deux dispositifs qui concerneront potentiellement plusieurs centaines de milliers de jeunes Français vivant à l’étranger.

De la JDC à la Journée de mobilisation

Créée en 1998 à la suite de la suspension du service militaire obligatoire, la Journée défense et citoyenneté avait pour vocation de maintenir un lien entre la jeunesse française et les armées. Le texte actuellement en discussion va plus loin. La future Journée de mobilisation sera désormais consacrée à la connaissance des armées et de l’organisation de la défense nationale, à une sensibilisation aux activités militaires ainsi qu’à l’identification des aptitudes, compétences et motivations des jeunes susceptibles de s’engager volontairement dans les forces armées.

« Renforcer la résilience nationale dans un contexte géopolitique devenu plus incertain. »

Parallèlement, les obligations déclaratives liées au recensement seront renforcées. Les citoyens devront notamment déclarer certaines compétences pouvant présenter un intérêt pour la défense nationale, avec une obligation de mise à jour prolongée jusqu’à l’âge de 50 ans. Cette évolution traduit une volonté claire du gouvernement et du Parlement : renforcer la résilience nationale dans un contexte géopolitique devenu plus incertain.

Un nouveau service national volontaire dès l’été 2026

L’autre innovation majeure de ce texte est la création d’un nouveau service national volontaire, doté d’un budget annoncé de 2,3 milliards d’euros. Ce dispositif s’adressera aux jeunes Français âgés de 18 à 25 ans qui souhaiteront s’engager volontairement pendant dix mois. Les participants bénéficieront du statut de militaire et effectueront leur service exclusivement sur le territoire français.

Selon le rapport annexé à la loi, ce nouveau service poursuit trois objectifs : renforcer le lien entre la Nation et les armées, développer la capacité de résistance du pays et contribuer à la formation de la jeunesse française. Une ambition qui s’inscrit dans un mouvement plus large de réarmement moral et civique observé dans plusieurs pays européens depuis le retour de la guerre sur le continent.

JDC : les Français de l’étranger obtiennent une reconnaissance

Dans ce contexte, les députés des Français de l’étranger du groupe Ensemble pour la République ont souhaité rappeler une évidence souvent oubliée : les jeunes Français établis hors de France font eux aussi partie de la communauté nationale.

« Les parlementaires rappellent que ces jeunes disposent des mêmes droits et devoirs que leurs compatriotes vivant en France, notamment celui de contribuer à l’effort de défense nationale. » 

Soucieux de rappeler que les jeunes Français établis hors de France font pleinement partie de la communauté nationale, les députés des Français de l’étranger du groupe Ensemble pour la République, ont déposé l’amendement n°621, adopté par l’Assemblée nationale le 5 mai 2026. Dans son exposé des motifs, l’amendement souligne que près de 700 000 jeunes Français vivent aujourd’hui à l’étranger et qu’ils ne sauraient être exclus des dispositifs destinés à renforcer le lien entre la jeunesse et les armées.

Les parlementaires rappellent que ces jeunes disposent des mêmes droits et devoirs que leurs compatriotes vivant en France, notamment celui de contribuer à l’effort de défense nationale. Souvent immergés dans des environnements multiculturels, parfois géopolitiquement sensibles, ils constituent également un vivier de compétences linguistiques et interculturelles précieuses pour la Nation.  Leur démarche a finalement conduit à l’ajout, dans le rapport annexé à la loi, de la précision selon laquelle la formation et l’engagement de la jeunesse française concernent également les jeunes « établis hors de France ».

Quelques mots seulement dans le rapport annexé à la loi, mais des mots lourds de sens : « Tout en répondant au désir d’engagement de la jeunesse française, ce nouveau service national, exclusivement militaire et fondé sur le volontariat, vise trois objectifs : renforcer le pacte noué entre notre Nation et notre armée, renforcer la capacité de résistance de notre Nation et consolider la formation de nos jeunes, y compris de ceux établis hors de France. » Pour la première fois, le législateur mentionne explicitement les Français de l’étranger dans la définition des objectifs du futur service national.

Une avancée réelle, mais encore incomplète

Cette victoire parlementaire mérite d’être saluée. Elle permet d’inscrire noir sur blanc la prise en compte des Français de l’étranger dans la réflexion stratégique sur la jeunesse et la défense.

Toutefois, cette avancée reste limitée.

D’abord parce que la référence aux Français établis hors de France figure dans le rapport annexé à la loi et non dans les articles normatifs eux-mêmes. Or, un rapport annexé exprime une orientation politique ; il ne crée pas à lui seul d’obligation juridique.

Ensuite parce que le texte ne garantit toujours pas l’accès effectif de tous les jeunes Français de l’étranger à la future Journée de mobilisation.

Les jeunes français de l'étranger pourront-ils faire leur journée de mobilisation
Les jeunes français de l’étranger pourront-ils faire leur journée de mobilisation

La rédaction retenue demeure prudente. Elle prend acte du fait que la journée n’est organisée que là où les conditions locales le permettent, sans imposer sa généralisation. Cette réalité s’explique en partie par des contraintes diplomatiques. Dans certains pays, les autorités locales voient d’un mauvais œil l’organisation sur leur territoire d’activités liées à la défense d’un État étranger, en particulier lorsqu’elles pourraient concerner des binationaux.

Mais la difficulté est aussi budgétaire.

Une question de moyens plus que de principe

Depuis plusieurs années, de nombreux postes consulaires peinent à organiser des JDC en présentiel faute de moyens humains et financiers suffisants. La conséquence est connue : de nombreux jeunes Français vivant à l’étranger se voient proposer des dispositifs allégés, parfois limités à des présentations vidéo ou à des modules numériques. Or la future Journée de mobilisation vise précisément à renforcer le lien entre la jeunesse et les armées. Cet objectif suppose des échanges, des témoignages et une véritable interaction humaine.

À cet égard, une piste mérite d’être étudiée : le recours aux réservistes français résidant à l’étranger ou à la réserve citoyenne, ces Français disposent souvent de l’expérience nécessaire pour animer localement des journées de sensibilisation à moindre coût. Beaucoup maîtrisent également la langue du pays de résidence, ce qui faciliterait les échanges avec des jeunes parfois moins à l’aise en français.

« Pour nombre d’entre eux, la Journée de mobilisation constituera l’un des rares moments de contact direct avec les institutions françaises. » 

Une telle approche permettrait de toucher une population particulièrement importante : celle des jeunes Français scolarisés dans les systèmes éducatifs locaux, qui n’ont parfois que peu de contacts institutionnels avec la France en dehors de leur famille et du consulat. Pour nombre d’entre eux, la Journée de mobilisation constituera l’un des rares moments de contact direct avec les institutions françaises. Il serait donc regrettable que des contraintes budgétaires privent une partie de cette jeunesse d’un rendez-vous civique dont bénéficient leurs compatriotes résidant en France.

Un enjeu stratégique pour la Nation

Au-delà des débats parlementaires, la question posée est celle de la place des Français de l’étranger dans la communauté nationale.

Dans un monde marqué par les crises internationales, les tensions géopolitiques et les défis de souveraineté, la France redécouvre l’importance du lien civique et du sentiment d’appartenance. Les quelque trois millions (non recensés) de Français vivant hors du territoire national constituent une richesse humaine, culturelle et stratégique considérable. Leurs enfants ne sauraient être considérés comme des Français de seconde catégorie lorsqu’il s’agit de citoyenneté, de défense ou d’engagement au service du pays.

« Une telle évolution ne changerait pas seulement la rédaction du texte : elle consacrerait juridiquement le principe selon lequel les jeunes Français vivant à l’étranger doivent être pleinement intégrés aux dispositifs de défense de la Nation. »

L’adoption de l’amendement 621 constitue un signal positif. Elle rappelle que la jeunesse française ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone et que les quelque 700 000 jeunes Français établis hors de France ont vocation à être pleinement associés aux politiques de citoyenneté, de défense et d’engagement national.

Toutefois, la portée juridique de cette avancée demeure limitée. La mention des Français de l’étranger a été intégrée au rapport annexé à la Loi de programmation militaire et non à ses dispositions normatives. Or, si un rapport annexé éclaire les intentions du législateur, il ne crée pas les mêmes obligations qu’un article de loi.

Le texte est désormais entre les mains des sénateurs. Représentants des collectivités territoriales et, à travers les douze sénateurs des Français établis hors de France, représentants directs de nos communautés expatriées, ils disposent de l’occasion de donner une portée plus concrète à cette avancée. Beaucoup espèrent qu’ils auront la présence d’esprit de transférer cette référence aux Français de l’étranger du rapport annexé vers le corps même de la loi.

Une telle évolution ne changerait pas seulement la rédaction du texte : elle consacrerait juridiquement le principe selon lequel les jeunes Français vivant à l’étranger doivent être pleinement intégrés aux dispositifs de défense de la Nation. Un symbole fort, mais surtout un engagement durable de la République envers l’ensemble de sa jeunesse, où qu’elle réside dans le monde.

Auteur/Autrice

  • Gilles Roux est un juriste, entrepreneur et auteur français qui vit dans la région de Mannheim en Allemagne depuis plus de 35 ans.

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