Radio en direct
Choisissez une station puis lancez la lecture
sécurité sociale française

Entre Marseille et San Diego, un jumelage déjà bien vivant

Temps de lecture

7–11 minutes
Entre Marseille et San Diego, un jumelage déjà bien vivant

Sous les drapeaux français installés au cœur du French Market de San Diego, Marseille a officiellement scellé son jumelage avec la grande ville portuaire californienne, le 24 avril dernier. Un partenariat économique et culturel qui, pour beaucoup de Français installés sur place, semblait déjà exister depuis longtemps.

Julie Ripoll, directrice générale de l’Alliance Française de San Diego, et Franck Pedretti, réalisateur et producteur français installé dans la capitale sud californienne, témoignent des échanges culturels et humains qui rapprochent déjà les deux métropoles.

Un jumelage en discussions depuis 2020

Il faut remonter aux débuts de l’année 2020 pour retrouver les premières négociations et intérêts communs entre la Cité phocéenne et la capitale de la Californie du Sud. De son côté, la Ville de Marseille présente ce partenariat comme un cadre destiné à « renforcer les relations internationales et la coopération entre les deux métropoles dans les domaines de l’innovation, de l’économie maritime et des échanges éducatifs et culturels ».

La Ville de San Diego, où vivent quelque 9000 francophones, décrit une coopération orientée vers le développement d’opportunités économiques et le renforcement des liens institutionnels entre les deux territoires.

« Je suis ravie de ce jumelage, qui va nous permettre de créer de véritables passerelles éducatives et culturelles entre nos deux territoires. » 

Julie Ripoll, directrice générale de l’Alliance française de San Diego

« San Diego est fière d’accueillir Marseille comme sa toute nouvelle ville jumelle », a déclaré le maire, Todd Gloria. « La relation de San Diego avec Marseille reflète ce que nous sommes en tant que ville : connectée à l’international, riche culturellement et ouverte aux affaires. De l’innovation et du commerce à l’éducation et aux liens communautaires, ce partenariat contribuera à renforcer notre économie et à approfondir les relations entre nos deux villes pour les années à venir. »

Julie Ripoll, directrice générale de l'Alliance française de San Diego
Julie Ripoll, directrice générale de l’Alliance française de San Diego

Pour Julie Ripoll, directrice générale de l’Alliance française de San Diego, et originaire de Sanary-sur-mer, ce rapprochement institutionnel ouvre surtout de nouvelles perspectives éducatives et culturelles : « Je suis ravie de ce jumelage, qui va nous permettre de créer de véritables passerelles éducatives et culturelles entre nos deux territoires. »

À travers ce jumelage, Julie Ripoll souhaite déjà développer des échanges concrets entre les deux villes. « Sur le volet éducatif, je me suis rapprochée de lAlliance Aix-Marseille. Nous travaillons actuellement sur un projet de séjour de quinze jours pour une dizaine de participants dès lannée prochaine. »

Et de rajouter : « Le matin, les apprenants suivraient des cours à lAlliance française de Marseille, et laprès-midi serait consacré à la découverte de la région à travers différentes visites organisées, une expérience vraiment exceptionnelle. »

Todd Gloria, maire de San Diego et Benoit Payan, maire de Marseille
Todd Gloria, maire de San Diego et Benoit Payan, maire de Marseille

En parallèle, l’Alliance Française de San Diego souhaite accueillir des Français autour d’un dispositif similaire, « avec des cours d’anglais le matin, puis des visites de San Diego l’après-midi, une ville absolument magnifique à découvrir. À travers ce jumelage, je constate un véritable engouement de la part de nos apprenants ici pour venir découvrir notre région. C’est aussi une très belle opportunité de créer un lien avec l’Alliance Aix-Marseille, qui a immédiatement répondu avec enthousiasme à cette initiative. »

Le French Market comme scène publique du jumelage

La présentation officielle du jumelage à San Diego s’est tenue au Civic Center Courtyard, en parallèle du French Market, événement consacré à la culture et aux entreprises françaises. L’espace urbain a été transformé en vitrine économique et culturelle, réunissant entrepreneurs, artisans et acteurs liés aux échanges franco-américains.

« Cet événement montre comment les partenariats internationaux peuvent contribuer directement à la revitalisation du centre-ville », a déclaré Betsy Brennan, directrice générale de la Downtown San Diego Partnership. « En réunissant des dirigeants dentreprises internationales, des entrepreneurs et des membres de la communauté au Civic Center, nous dynamisons lespace public, soutenons les petites entreprises et renforçons le centre-ville de San Diego en tant que pôle dynamique de culture, de commerce et dinnovation. »

« Nous sommes à près de 9 500 kilomètres de la Provence, et pourtant, j’ai aujourd’hui l’impression que Marseille se rapproche enfin de moi. »

Franck Pedretti, réalisateur et producteur installé à San Diego

Pour le toulonnais Franck Pedretti, ce jumelage vient officialiser des similitudes déjà très présentes entre les deux villes. « Nous sommes à près de 9 500 kilomètres de la Provence, et pourtant, j’ai aujourd’hui l’impression que Marseille se rapproche enfin de moi. Quand j’ai appris le jumelage entre Marseille et San Diego, j’ai ressenti une immense joie. Et finalement, cela paraît tellement logique. »

Le réalisateur français installé en Californie voit dans San Diego de nombreux points communs avec Marseille. « San Diego me fait profondément penser à Marseille. C’est une ville dont seuls ceux qui y vivent peuvent vraiment comprendre la force et l’énergie. Marseille est une ville dont on est fier, et c’est exactement la même chose ici. Ce jumelage entre Marseille et San Diego ne tombe pas par hasard. »

Franck Pedretti, réalisateur et producteur français de San Diego
Franck Pedretti, réalisateur et producteur français de San Diego

Au-delà du climat méditerranéen partagé, Franck Pedretti souligne des ressemblances culturelles et sociales entre les deux métropoles portuaires. « Les Marseillais vivent au rythme des saisons, et à San Diego aussi. Nous avons un hiver court et doux, énormément de soleil, une vie tournée vers lextérieur ; on est tout le temps dehors, on roule en cabriolet, on profite du climat. Il y a aussi cette même mixité, cette même diversité sociale et culturelle. »

Et de rajouter : « Marseille est bercée par lAfrique du Nord ; San Diego est bercée par le Mexique. Marseille porte aussi une forte influence italienne, dailleurs Akhenaton, du groupe IAM, est dorigine italienne. À Marseille, on mange probablement les meilleures pizzas du monde ; ici, à San Diego, nous avons les meilleurs tacos. »

Sport, culture urbaine et identité locale

Supporter de l’Olympique de Marseille, Franck Pedretti établit également un parallèle entre les cultures sportives des deux villes. « Je suis un amoureux de l’OM, même si, en ce moment, c’est parfois délicat d’en parler… Pendant la saison de la Ligue des champions, je vis littéralement à l’heure de Marseille. Les mardis et mercredis deviennent des jours sacrés : l’avant-match commence ici à 11h30 et tout se termine vers 14 heures. En général, à 14 heures, soit je pleure, soit je suis très fâché contre eux… mais je continue évidemment à les supporter. »

« Le Vélodrome est au cœur de la ville, de son identité, de son énergie. Ici, à San Diego, c’est un peu la même chose avec le sport. »

Franck Pedretti, réalisateur et producteur installé à San Diego

« Marseille vit au rythme de lOM. Le Vélodrome est au cœur de la ville, de son identité, de son énergie. Ici, à San Diego, cest un peu la même chose avec le sport. Nous avions les Chargers, notre équipe de football américain, avant quelle ne parte à Los Angeles. Pour nous, ça a été un véritable choc, comme si lOM déménageait à Paris. Beaucoup de gens ici lont vécu comme une forme de violence symbolique. »

Franck Pedretti, en famille, au Petco Stadium de San Diego
Franck Pedretti, en famille, au Petco Stadium de San Diego

Le réalisateur évoque également la culture skate, particulièrement forte dans les deux villes. « San Diego est aussi considérée comme la capitale mondiale du skateboard : c’est ici que cette culture a explosé. D’ailleurs, l’un de mes voisins est Tony Hawk. Et quand on parle de Marseille, l’une des autres grandes fiertés de la ville, au-delà de l’OM, c’est évidemment le Bowl du Prado, connu de tous les skateurs internationaux. La culture skate est omniprésente ici, et elle existe aussi très fortement à Marseille. »

Un secteur culturel sous pression

À San Diego, cette coopération culturelle intervient toutefois dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Julie Ripoll s’inquiète notamment des réductions annoncées dans le financement de la culture.

« À Marseille, le budget culturel est de 111 millions d’euros, tandis qu’ici, à San Diego, il était de 12 millions de dollars et devrait tomber à seulement 1 million pour soutenir l’ensemble des associations. »

Julie Ripoll, directrice générale de l’Alliance française de San Diego

« Au moment où le jumelage a été annoncé, la ville de San Diego a gelé son budget consacré aux arts et à la culture, et je ne suis donc pas certaine de pouvoir conserver mes subventions. Les moyens alloués à la culture sont d’ailleurs sans commune mesure : à Marseille, le budget culturel est de 111 millions d’euros, tandis qu’ici, à San Diego, il était de 12 millions de dollars et devrait tomber à seulement 1 million pour soutenir l’ensemble des associations. »

L’Alliance française de San Diego développe aujourd’hui une grande partie de ses activités grâce aux cours de langue et à ses événements culturels. « Notre modèle économique repose principalement sur les cours de français que nous proposons ainsi que sur les certifications de langue. Ensuite, nous avons toute la partie culturelle, qui est la plus visible et aussi la plus stimulante à développer. Nous disposons notamment d’un espace d’exposition, nous organisons des randonnées, des clubs de lecture, un ciné-club et plusieurs rendez-vous récurrents. »

Julie Ripoll et ses équipes pilotent également plusieurs événements dédiés à la création française. « Nous portons également des événements annuels importants comme la Nuit des Idées ou encore le San Diego French Film Festival, qui vient justement de s’achever. Pendant cinq jours, nous avons accueilli des réalisateurs, des acteurs et de nombreux talents du cinéma français, parmi lesquels Julie Delpy. »

« Pour l’année prochaine, je souhaite développer davantage de partenariats avec des acteurs culturels marseillais dans le cadre des activités de l’Alliance française de San Diego. »

Julie Ripoll, directrice générale de l’Alliance française de San Diego

Mais les difficultés financières des institutions culturelles locales fragilisent ces initiatives. « Pour cet événement, je bénéficie aujourd’hui d’une petite aide de la ville de San Diego, mais rien ne garantit qu’elle sera reconduite l’année prochaine. La ville fait face à un déficit de près de 120 millions de dollars. Elle a notamment rendu les parkings payants devant les musées, ce qui a eu un impact immédiat sur la fréquentation : les institutions culturelles auraient déjà perdu près de 10 millions de dollars de revenus liés à la baisse des visiteurs. Et avec les nouvelles coupes budgétaires annoncées, ce sont potentiellement de millions de dollars de subventions qui pourraient disparaître. Aujourd’hui, le secteur culturel à San Diego est dans une situation fragile. »

Todd Gloria, maire de San Diego et le panneau Marseille indiquant la distance qui sépare les deux villes
Todd Gloria, maire de San Diego et le panneau Marseille indiquant la distance qui sépare les deux villes

Malgré ce contexte, Julie Ripoll veut s’appuyer sur le jumelage pour renforcer les liens avec Marseille. « C’est aussi pour cela que, pour l’année prochaine, je souhaite développer davantage de partenariats avec des acteurs culturels marseillais dans le cadre des activités de l’Alliance française de San Diego. »

Auteur/Autrice

  • Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.

    Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.

    Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Inscrivez vous à la newsletter

gymglish
Compte bancaire
Détaxe express
CFE
● Radio en direct
En pause