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Le prix d’un être humain

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Le prix d’un être humain

Elon Musk vaudrait, avec l’introduction de Space X, trois milliards. Au seizième siècle, à Fez, selon Léon l’Africain, un esclave mâle valait vingt ducats, une femme quinze, mais un eunuque cinquante. Les prix payés par les marchands arabes aux royaumes africains augmentèrent avec la traite atlantique. À son abolition, les prix s’écroulèrent, deux siècles et quelques millions de morts plus tard. Le prix d’un être humain, en Méditerranée, en Russie, en Chine, varie. Le prix égalise non les hommes mais les hommes avec les choses. Un cheval, au Mali, dix esclaves, qui sont bien des choses. Combien pour un robot ? Combien d’humains remplace-t-il ?

« Il n’est de richesse que d’hommes », mais les immigrés sont peu accueillis, l’IA remplace les diplômés, les enfants se font rares. L’humanité serait elle radine pour l’humain ?

Que vaut la vie d’un homme ? Le Département d’État américain verse 100.000 dollars au plus proche parent d’un soldat tué, plus une assurance vie de 400.000 dollars, et une pension. Pour un soldat russe, l’État verse l’équivalent de 130.000 dollars. L’Ukraine paie mieux : 370.000$.

Que vaut la vie d’un homme ? Le Département d’État américain verse 100.000$

Comme l’armée, en France, les assurances indemnisent la mort accidentelle par une rente à vie, en fonction du salaire.

La valeur de la vie est estimée en risques : Combien est-on prêt à payer pour éviter un décès, installer un feu rouge, prévenir la pollution, investir dans un médicament ? Calcul : si l’on dépense 100 euros pour un risque de 1 sur 10.000, alors la valeur de la vie serait de 100×10.000, soit 10 millions d’euros. Cette méthode, dite VSP, imaginée dans les années 70, a conduit l’OCDE à évaluer la vie d’un homme à 3 millions de dollars en moyenne pour les États membres. (Les États-Unis à 10).

D’autres ont établi la valeur monétaire d’une année de vie en pleine santé (le QALY)

Selon le score du QALY, une année de vie gagnée par les soins vaut-elle ou non le coût (le coup) ? Au Royaume-Uni, une dépense inférieure à 30000£ pour un traitement se justifie. Au-dessus…le ciel t’aidera.

La France n’a pas ce type de critères. Pour le remboursement des médicaments, seulement une grille d’efficience. Tout cela n’est que calcul mal fondé sur la mort.

Preuve que la vie n’est pas un luxe, les riches font moins d’enfants que les pauvres

Que rapporte une vie ? Preuve que la vie n’est pas un luxe, les riches font moins d’enfants que les pauvres. Que ce soient les ménages ou les pays, l’enrichissement diminue la natalité. Ce qui laisse à penser qu’une vie coûte.

De la naissance à la vie active, l’État, en France, paie environ 150.000€, puis le contribuable actif lui rapporte, sur 40 ans, en taxes impôts et cotisations, près de 800.000 €. Tout cela repart en retraites (500.000€) et en soins. Le gain, pour un État comme la France, se réduit au fur et à mesure du vieillissement et de la natalité.

La valeur produite dans la vie active ne va pas que dans la caisse de l’État. En croisant PIB et population, 40 ans de vie active créent, en moyenne, 1,7 million d’euros de richesses.

Tout dépend de l’actif, ce que savent bien les assureurs. Combien est assuré un chef d’entreprise, un artiste, un footballeur ?  Si Musk vaut trois milliards, Mbappé, lui, « vaut » bien 180 millions. Et son pied ?

Ne peut-on découper l’humain en quartiers ? Un pied de footballeur vaut cher, celui d’un quidam un handicap. D’autres organes valent plus que le prix d’une vie dans un sombre trafic : un foie peut valoir plus de 20.000 euros, un rein peut atteindre 300.000$. Le corps humain au détail vaut des millions.

La mort aussi, forcément, a son prix. Les tarifs sont écrits dans la loi, selon le sexe et la religion

La mort aussi, forcément, a son prix. Le prix du sang, le wergeld du droit germanique, devient la diyya dans certains pays musulmans (Arabie saoudite, Pakistan, Libye, Tchad, Koweït). Les tarifs sont écrits dans la loi, selon le sexe et la religion : 100.000€ pour un musulman en Arabie saoudite. La moitié pour une femme, la moitié aussi pour un chrétien ou un juif. Femme et chrétienne : un quart. Prix théorique, puisque la diyya ne vient qu’en compensation de la réparation, qui, selon la loi du talion, est l’exécution. Le prix de la vie de la victime devient le prix de la vie du meurtrier. Cela peut atteindre des millions. Mort et vie se négocient pareillement. La vendetta s’évanouit dans la monnaie.

Un manifestant brandit une image de Jamal Khashoggi à Istanbul, le 25 octobre 2018. ©YASIN AKGUL/AFP
Un manifestant brandit une image de Jamal Khashoggi à Istanbul, le 25 octobre 2018. ©YASIN AKGUL/AFP

Un esclave (souvent une) contemporain s’achète entre 90 et 300 dollars

Selon certaines ONG, comme Free the slaves, Walk free, l’esclavage existe toujours. Un esclave contemporain (souvent une) s’achète entre 90 et 300 dollars. Selon l’OIT, le travail forcé, le trafic d’êtres humains, l’exploitation sexuelle concernent 200 millions d’adultes auxquels s’ajouteraient 250 millions d’enfants. Corée du Nord, Chine, Inde, Érythrée, Mauritanie, Arabie, Turquie, Tadjikistan, Russie, Afghanistan, Libye sont les pays les plus cités.

Pour un État moderne, tuer devient hors de prix

Mais le prix de la vie n’est pas le prix de la mort, qui, elle aussi, la mort aussi a ses tarifs. Faire assassiner quelqu’un n’est pas très cher. 5 à 20.000 euros, en France, avec un amateur, 40. 000 pour un professionnel, selon la cible. Au Mexique ou en Russie, c’est moins cher.

Pour un État moderne, tuer devient hors de prix. La guerre du Vietnam a coûté 740 milliards de dollars d’aujourd’hui, soit 500.000 dollars par Viêt-Cong tué. Le body count est identique pour la guerre entre l’Iran et l’Irak ; 500.000 dollars pour les deux camps. Le prix explose ensuite : lors de la guerre d’Irak, un soldat de Saddam Hussein a coûté 28 millions de dollars, un Taliban, lors de la guerre d’Afghanistan, 38 millions.

La mort d’un soldat ennemi coûte plus cher que la protection d’un soldat de son camp

La guerre high-tech explose les prix.  L’imbrication des économies mondiales diffuse et multiplie les pertes dans le monde entier, ce qui pousse à la paix. « Epic fury » a coûté 29 milliards de dollars et le Pentagone en a demandé 200 supplémentaires. Contrairement à toute intuition, la mort d’un soldat ennemi coûte plus cher que la protection d’un soldat de son camp.

Tuer revient plus cher que sauver. Le coût des guerres financerait facilement des pays viables, par exemple à Gaza et au Liban. La paix est moins chère que la guerre.

Qu’est-ce que l’on évalue, la vie, l’histoire, l’émotion ?

Si l’on quitte le champ statistique, que l’on regarde chaque cas, une vie n’a pas de prix. Celle d’un enfant dans un puits, surtout s’il y a des caméras, comme pour une baleine. Qu’est-ce que l’on évalue, la vie, l’histoire, l’émotion ?

Les différentes logiques, marchandes, étatiques, criminelles ou personnelles, montre que « le prix d’un homme » dit seulement la capacité de « l’autre », l’État, l’ennemi, l’exploiteur, à évaluer son pouvoir, qui est de fixer un prix. Ces variations de 30 dollars à des milliards, en passant par trente deniers, démontre que l’humanité de l’homme n’est pas calculable, si ce n’est pour racheter sa faute, qui serait celle d’être né.

Chacun sait bien qu’un être humain n’a pas de prix. La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie.

Auteur/Autrice

  • Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l’Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu’en septembre 2025.

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