9 Français ont perdu la vie dans l'incendie à Crans Montana

9 Français ont perdu la vie dans l'incendie à Crans Montana

Le bilan est lourd, quatre jours après l’incendie à Crans-Montana qui a endeuillé le Nouvel An, on connait enfin le décompte final : 40 morts et près de 120 blessés. Parmi eux, neuf Français décédés et 23 autres blessés, dont au moins 1 Français installé en Suisse. On fait le point pour les expatriés sur ce drame au cœur d’un des pays les plus riches du monde.

Un drame prévisible ?

Jacques et Jessica Moretti, les gérants français du Constellation, sont désormais tous deux suspectés d’homicides par négligence. Les autorités s’intéressent notamment aux travaux réalisés par les gérants il y a dix ans pour transformer le sous-sol du bar en discothèque. Et plus particulièrement à la mousse installée pour insonoriser les lieux.

Car il y a des drames qui ne relèvent ni du hasard ni de la fatalité. Ils relèvent de choix. De matériaux. De décisions techniques prises à la légère dans des lieux où la légèreté n’a rien à faire. Le polyuréthane, lorsqu’il est utilisé pour la sonorisation et le traitement acoustique d’un dancing, fait partie de ces choix lourds de conséquences.

Dans un dancing, les sources d’ignition sont multiples et permanentes : projecteurs chauffants, installations électriques sollicitées, effets scéniques, parfois artifices festifs. Il suffit d’un instant. Le polyuréthane n’attend pas. Il s’enflamme vite, brûle vite et propage le feu avec une efficacité redoutable. Pire encore, il fond. Il goutte. Il tombe en flammes sur la foule. Le feu ne reste pas au plafond, il descend.

Mais le véritable tueur n’est pas toujours la flamme. Ce sont les fumées. Le polyuréthane en combustion libère des gaz extrêmement toxiques, invisibles, suffocants. En quelques respirations, la désorientation s’installe. En quelques dizaines de secondes, la perte de connaissance. Le public ne fuit plus, il s’effondre. La panique fait le reste. L’issue de secours devient un mirage. De plus celles-ci sont également dans le collimateur des enquêteurs. Pour un établissement de cette taille, la réglementation suisse impose deux voies d’évacuation. Or, plusieurs témoins affirment qu’un escalier, plutôt étroit, était le seul passage qui a permis aux fêtards du Nouvel An de remonter jusqu’au rez-de-chaussée pour rejoindre l’extérieur.

Ces photos de 2015 montrent que les propriétaires avaient installé le matériel incriminé lors de travaux de rénovation, recouvrant presque entièrement le plafond. ©AFP
Ces photos de 2015 montrent que les propriétaires avaient installé le matériel incriminé lors de travaux de rénovation, recouvrant presque entièrement le plafond. ©AFP

Dans un espace bondé, souvent sombre, bruyant, parfois transformé sans adaptation structurelle réelle, le polyuréthane agit comme un accélérateur de catastrophe. Ce n’est pas un détail technique. C’est un facteur déterminant. Un multiplicateur de morts potentielles. Mais alors pourquoi les gérants français ont choisi ce dispositif ? C’est ce que l’enquête va tenter de déterminer.

159 victimes dont 40 morts

Les autorités suisses ont annoncé dimanche que toutes les victimes de l’incendie du bar de Crans-Montana, avaient été identifiées. Le bilan est terrible : 40 morts dont 20 mineurs, et 119 blessés. La police suisse a communiqué les informations détaillées (nationalité et âge) des victimes décédées :

  • Onze Suissesses (une de 14 ans, quatre de 15 ans, une de 16 ans, une de 18 ans, une de 21 ans, deux de 22 ans et une de 24 ans) et 10 Suisses (trois de 16 ans, un de 17 ans, trois de 18 ans, un de 20 ans, un de 21 ans et un de 31 ans).
  • Deux Françaises de 26 ans et 33 ans, une Franco-suisse de 24 ans et une Franco-israélo-britannique de 15 ans et cinq Français (un de 14 ans, un de 17 ans, un de 20 ans, un de 23 ans et un de 39 ans).
  • Deux Italiennes (de 15 ans et 16 ans), trois Italiens de 16 ans et un Italo-émirati de 16 ans.
  • Une Belge âgée de 17 ans.
  • Une Portugaise âgée de 22 ans.
  • Un Roumain âgé de 18 ans.
  • Un Turc âgé de 18 ans.

32 Français frappés par l’incendie

Parmi les victimes, la France compte donc neuf ressortissants décédés, selon le Quai d’Orsay. Il y aussi 23 blessés. Au moins 4 sont grièvement blessés avec un pronostic vital engagé. Les autres ont été répartis dans des hôpitaux suisses et français.

Ce drame a été vécu comme une onde de choc par les Suisses et les frontaliers comme le déclarait dès le 1er janvier, Marc Ferracci, le député des Français de Suisse.

"L'émotion est très profonde, de par la proximité qui nous lie avec nos amis suisses, de par le fait que vivent en Suisse près de 200 000 Français. En Suisse, il y a très peu de souvenirs de quelque chose d'aussi grave qui se soit produit."

Mais nos pensées vont surtout aux familles de nos 9 compatriotes qui y ont perdu la vie. Si l’identité de quatre autres ressortissants décédés (une Française de 33 ans et trois Français de 14, 17 et 20 ans) n’a pas encore été rendue publique, les noms de plusieurs victimes ont été rendus publics par leurs familles et/ou leurs proches.

Charlotte Niddam, 15 ans. Cette jeune fille à la triple nationalité franco-britannico-israélienne est l’une des plus jeunes victimes décédées lors du drame. Après avoir publié un avis de recherche sur Facebook, sa famille a finalement annoncé son décès ce week-end, dans un message signé de ses parents et de sa sœur Marie-Sophie Lena et Michael. « Ses obsèques auront lieu probablement jeudi à Paris », ajoute le texte.

Charlotte Niddam
Charlotte Niddam

Matéo Lesguer, 23 ans. Ce jeune homme originaire de la région d’Angers (Maine-et-Loire) était le DJ du bar Le Constellation, où il mixait ce soir-là. Son décès a été rendu public par sa famille, selon le maire de sa commune Saint-Georges-sur-Loire, cité par Ouest-France.

Matéo Lesguer
Matéo Lesguer

Cyane Panine, 24 ans. Cette jeune femme originaire de Sète (Hérault) était serveuse. Elle fêtait le Nouvel An dans la station de ski huppée de Crans-Montana, où elle travaillait comme saisonnière. Selon Midi Libre, cette fille de commerçants sétois avait grandi dans le Gard.

Cyane Panine
Cyane Panine

Giovanni Putelli, 39 ans. Originaire de la commune de Fresse-sur-Moselle (Vosges), il est père de deux enfants âgés de cinq et trois ans, selon Vosges Matin. Il avait quitté la France en décembre 2022, pour s’installer en Suisse où il travaillait dans un casino. 

Giovanni Putelli
Giovanni Putelli

Noémie Dabin, 26 ans. Étudiante dans une école de management à Toulouse, elle participait à la soirée avec sa meilleure amie Pauline Perissini, pour sa part grièvement blessée.

Noémie Dabin
Noémie Dabin

Auteurs/autrices

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire