Vu des États‑Unis, l’image d’Emmanuel Macron

Vu des États‑Unis, l’image d’Emmanuel Macron

Aux États-Unis, Emmanuel Macron ne fait pas l’objet d’un débat public structuré ni d’une attention durable dans l’opinion. Son nom apparaît principalement dans les analyses diplomatiques, les commentaires institutionnels et la couverture médiatique des relations transatlantiques, sans jamais s’imposer comme une figure politique identifiée par le grand public américain. Cette relative invisibilité ne traduit ni un désintérêt ni une défiance particulière, elle reflète une relation franco-américaine largement cantonnée aux sphères politiques, diplomatiques et médiatiques, et peu investie par l’opinion publique.

Une relation suivie par les institutions, pas par le public

Durant la première présidence de Donald Trump (2017‑2021), Emmanuel Macron a été l’un des dirigeants européens les plus visibles à Washington. Lors d’une visite d’État en avril 2018, l’attention accordée par les autorités américaines au président français était manifeste, une rencontre largement couverte par les médias américains, même si elle n’a pas conduit à une notoriété durable d’ Emmanuel Macron dans l’opinion publique américaine. Cette présence soutenue dans les médias n’a pas nécessairement converti le chef de l’État français en figure d’opinion domestique, mais elle l’a établi comme un interlocuteur clé dans le dialogue transatlantique.

« Emmanuel Macron est perçu à travers ses actes diplomatiques et ses relations avec Washington, et non comme une personnalité jugée pour elle‑même »

Les grands médias américains (The New York Times, Washington Post, Reuters) ont décrit à plusieurs reprises Emmanuel Macron comme un dirigeant désireux de maintenir un canal de dialogue avec une administration américaine souvent en rupture avec ses alliés traditionnels, notamment sur les questions climatiques, commerciales et institutionnelles (par exemple l’accord de Paris). Ces analyses reposent sur des faits politiques concrets, notamment sur le retrait des États‑Unis de certains engagements multilatéraux, et non sur des appréciations d’opinion domestique.

Dans ce contexte, le témoignage d’un observateur américain donne une échelle différente à ces observations institutionnelles. Javier Oviedo, originaire du Texas et installé à New York, explique :

         « Dans mes cercles sociaux, je pense que la critique de Macron ne constitue pas une ingérence. Ce que dit et fait Trump affecte toute lEurope. Je considère que ses commentaires viennent dune volonté dalerte de la part dun allié. Cest rassurant de voir que les dirigeants européens nont pas peur de sexprimer, même en marchant sur la ligne diplomatique avec un personnage aussi imprévisible. »

Ce point souligne que, même chez des Américains politiquement engagés ou intéressés par l’actualité internationale, Emmanuel Macron est perçu à travers ses actes diplomatiques et ses relations avec Washington, et non comme une personnalité jugée pour elle‑même.

Confrontations récentes au niveau diplomatique entre la France et les Etats-Unis

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, plusieurs épisodes ont mis en lumière les tensions institutionnelles entre Paris et Washington. Le 8 janvier 2026, Emmanuel Macron a publiquement accusé les États‑Unis de « se détourner progressivement » de certains de leurs alliés et des institutions multilatérales, évoquant un comportement qu’il juge contraire à l’esprit de coopération traditionnellement associé à l’alliance transatlantique.

Emmanuel Macron et Donald Trump
Emmanuel Macron et Donald Trump

Dans son discours aux ambassadeurs français, il a affirmé que « les institutions multilatérales fonctionnent de moins en moins efficacement » et que le monde est en proie à « une réelle tentation de diviser le monde ». Ces propos ont été largement commentés dans les médias internationaux, y compris aux États‑Unis, où ils ont alimenté des débats sur la cohésion transatlantique.

Le dossier du Groenland, cité dans ces mêmes échanges diplomatiques, a également ressurgi comme un signal de méfiance stratégique entre Washington et ses alliés européens. Même si Emmanuel Macron a réaffirmé qu’il ne croyait pas à une action unilatérale américaine contre la souveraineté danoise, cette question a servi de catalyseur à des discussions plus larges sur la sécurité et l’autonomie européenne.

Une image façonnée par les élites, pas par les sondages

Les données disponibles sur l’opinion américaine à propos de Macron sont rares et indirectes. Là où des sondages internationaux montrent une plus forte confiance en Emmanuel Macron que pour Donald Trump dans la conduite des affaires mondiales, ces données ne mesurent pas l’opinion publique américaine mais celle d’une diversité de pays partenaires ou alliés. Par exemple, une enquête internationale du Pew Research Center de juin 2025 montre que le président Macron arrive en tête des dirigeants mondiaux en termes de confiance dans la gestion des affaires internationales, avec un score médian de 46 % contre 34 % pour Donald Trump dans plusieurs pays étudiés.

“La couverture des questions internationales dans les médias amériains tend à être filtrée par des considérations partisanes ou institutionnelles”

Cette différence entre perception internationale et perception aux États‑Unis est instructive parce qu’elle signifie que l’attention portée à Emmanuel Macron dans certaines parties du monde n’a pas forcément d’écho comparable dans l’opinion publique américaine. Aux États‑Unis, la discussion sur le président français se déroule davantage dans les milieux politiques, diplomatiques et médiatiques plutôt que comme un sujet majeur de débat public ou de sondage national.

Donald Trump face à Emmanuel Macron
Donald Trump face à Emmanuel Macron

Cette abstraction méthodologique est confirmée par l’expérience de Javier Oviedo lorsqu’il évoque le paysage médiatique américain :

         « Comme vous le savez sûrement, les grands médias sont achetés et financés par cette administration. Même les médias soi‑disant objectifs(CNN, MSNBC, etc.) cèdent sous pression, car leurs budgets dépendent de ces financements. Les réponses sont donc orientées selon linclinaison de chaque média. Personnellement, je suis les médias indépendants. »

Ce commentaire illustre un phénomène observé par des analystes politiques : la couverture des questions internationales dans les médias américains tend à être filtrée par des considérations partisanes ou institutionnelles plutôt que par une attention spontanée du grand public envers des dirigeants étrangers.

Des interprétations partisanes distinctes

Outre cette médiatisation orientée, la perception d’Emmanuel Macron dépend fortement du prisme politique interne américain. Dans un système bipartite fortement polarisé, toute figure étrangère est souvent interprétée au travers des lignes de fracture domestiques. Oviedo résume ce clivage comme suit :

         « Les seules vraies informations qui dominent les médias américains semblent être les Républicains (MAGA) et les Démocrates. Je ne sais même pas ce que font les Indépendants ces jours‑ci. Ils semblent napparaître que pendant la période électorale. Quant à la manière dont le président français est perçu, la droite le voit comme un étranger se mêlant des affaires américaines, tandis que la gauche le considère comme un dirigeant fort sopposant au fascisme. »

Ce témoignage est en ligne avec des analyses de médias américains de premier plan, qui montrent que les lecteurs et commentateurs se concentrent sur les positions partisanes de figures politiques étrangères lorsqu’ils sont évoqués, avec peu d’attention pour des nuances diplomatiques ou des stratégies internationales plus larges.

Attentes et limites de la perception américaine

Sur les attentes vis‑à‑vis de la France sur la scène internationale, Javier Oviedo observe :

         « Je pense que beaucoup dAméricains, qui sont encore capables de réfléchir, sattendent à ce que la France continue de jouer un rôle diplomatique sur la scène internationale. Je ne pense pas que quelquun ait le monopole de la morale dans ce monde. Quant au rôle militaire, eh bien, les États‑Unis restent en tête avec leur puissance, et cela, je my oppose totalement ! »

Cette citation souligne que parmi ceux qui s’intéressent à la politique internationale, l’attention est davantage portée sur ce que Washington fait ou laisse de côté, plutôt que sur l’évaluation de dirigeants étrangers en tant que tels.

« En France, Donald Trump a été la personnalité la plus médiatisée en 2025, devançant même Emmanuel Macron dans les occurrences médiatiques nationales. »

Un signe de cet intérêt relatif pour la politique étrangère dans les perceptions populaires est fourni par la manière dont les personnalités politiques sont médiatisées ailleurs qu’aux États‑Unis. Par exemple, en France, Donald Trump a été la personnalité la plus médiatisée en 2025, devançant même Emmanuel Macron dans les occurrences médiatiques nationales.  Cela suggère que, dans certains contextes, la figure du président américain génère plus de débat que celle de son homologue français, un marqueur indirect de l’asymétrie d’attention médiatique et politique.

Une perception américaine indirecte mais stable

En l’absence de données d’opinion directe sur Emmanuel Macron aux États‑Unis, les faits disponibles convergent vers un constat clair : « aux États‑Unis, Emmanuel Macron nest ni un adversaire symbolique ni un allié charismatique pour le grand public ». Il est plutôt un acteur diplomatique observé, discuté et parfois critiqué dans les élites politiques et les médias, dans le cadre de désaccords stratégiques clairement identifiés.

Cette perception se cristallise dans l’expression de Javier Oviedo lorsqu’il résume la manière dont « lAmérique de tous les jours » pourrait voir Emmanuel Macron :

         « Je pense que le mot est stable”. Macron a bien sûr ses problèmes, mais vraiment… »

Ce terme stable illustre un point de convergence : même lorsqu’il est discuté, ce n’est pas pour son charisme ou sa popularité, mais pour sa constance diplomatique dans le cadre d’un contexte géopolitique complexe, marqué par la volatilité des relations internationales et par la polarisation interne américaine.

Et Javier Oviedo de conclure à propos de son pays : « Ces derniers temps, je porte peu destime aux politiciens. »

Auteur/Autrice

  • Rachel Brunet

    Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.

    Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.

    Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.

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