Vivre à Londres en 2026 : quelles réalités pour les Français expatriés ?

Vivre à Londres en 2026 : quelles réalités pour les Français expatriés ?

Malgré le Brexit, Londres reste l’une des principales destinations d’expatriation pour les Français. Capitale économique, culturelle et universitaire, la ville continue d’attirer des profils variés (jeunes actifs, familles, étudiants ou entrepreneurs), même si les conditions d’installation et de vie ont profondément évolué ces dernières années. En 2026, vivre à Londres lorsqu’on est Français expatrié implique de composer avec un cadre administratif plus contraignant, un coût de la vie élevé et un climat politique parfois tendu. Cela permet toutefois de bénéficier de réseaux francophones solidement implantés et d’opportunités professionnelles toujours réelles.

Une diaspora nombreuse, mais invisible dans les statistiques

Il n’existe pas de chiffre officiel précis sur le nombre de Français vivant à Londres. Les inscriptions consulaires restant partielles, les estimations évoquent plusieurs centaines de milliers de ressortissants dans le Grand Londres, ce qui classe cette communauté parmi les plus importantes communautés françaises à l’étranger.

« Le Brexit n’a pas entraîné de départ massif des Français déjà installés, mais il a nettement ralenti les nouvelles arrivées »

Cette présence se traduit par une vie associative dense, des commerces et des médias francophones, ainsi qu’une activité soutenue sur les réseaux sociaux. Des groupes Facebook comme « Les Français à Londres » ou « Français de Londres » comptent tous deux des dizaines de milliers de membres. Ils jouent un rôle clé dans l’entraide quotidienne : logement, emploi, démarches administratives, scolarité et vie sociale. Un troisième groupe, Bons plans Français à Londres, rassemble également beaucoup de monde.

Depuis le Brexit, une expatriation sous conditions

Depuis la fin de la liberté de circulation, s’installer ou rester au Royaume-Uni nécessite l’obtention d’un statut migratoire clairement défini. Les Français arrivés avant 2021 ont pu bénéficier du EU Settlement Scheme, tandis que les nouveaux arrivants doivent désormais recourir à des visas de travail, d’études ou familiaux, souvent coûteux et soumis à des critères stricts. Ce nouveau cadre n’a pas entraîné de départ massif des Français déjà installés dans la capitale britannique, mais il a nettement ralenti les nouvelles arrivées, en particulier parmi les jeunes actifs et les profils disposant de ressources financières limitées.

Des carrières attractives, un coût de la vie dissuasif

Londres demeure un pôle majeur de l’emploi, notamment dans la finance, la tech, la santé, les industries créatives, le conseil et les services professionnels. Les perspectives salariales y restent élevées, en particulier pour les profils qualifiés et internationaux.
Le coût de la vie constitue toutefois l’un des principaux freins à l’installation. Le logement, en particulier, affiche des niveaux de prix supérieurs de 30 à 40 % à ceux de Paris, ce qui le hisse au rang de premier poste de dépense et de principal facteur de ségrégation résidentielle.

Budget mensuel moyen d’une famille à Londres (zone 2)

  • Loyer : 2 500 £ (≈2 950 €)
  • Énergie : 130 £ (≈154 €)
  • Alimentation : 480 £ (≈567 €)
  • Transport (2 adultes) : 336 £ (≈397 €)
  • Assurances/divers : 300 £ (≈354 €)

Total mensuel : 3,746 £ (≈4 422 €)

Les courses alimentaires représentent également un poste conséquent, avec un panier hebdomadaire oscillant autour de 100 à 130 livres dans les grandes enseignes britanniques, dans un contexte où l’inflation alimentaire demeure soutenue.

Maison Bertaux à Londres
Maison Bertaux à Londres

Les transports pèsent aussi lourdement, un abonnement mensuel en zones centrales dépassant les 160 livres, même si les enfants bénéficient de la gratuité ou de tarifs réduits. À l’inverse, la récente baisse de l’inflation énergétique au Royaume-Uni a rendu la facture d’électricité et de gaz ponctuellement plus avantageuse qu’en France, un renversement notable après plusieurs années de flambée des prix.

Parcours de salarié expatrié

« Londres est exigeante, mais la qualité de vie peut être réelle »

Arrivé à Londres en septembre 2024 dans le cadre d’un transfert interne, Mathieu Plaisant, originaire du nord de la France, s’est installé avec un Skilled Worker Visa.
« Sur le plan professionnel, tout s’est relativement bien déroulé. Je n’ai pas eu à chercher d’emploi, ce qui a supprimé une grande source de stress liée à l’installation », nous a-t-il indiqué. Mais la recherche de logement a constitué un premier choc.
« Le marché londonien est très différent de celui de Paris. Les biens partent extrêmement vite, parfois via des mécanismes proches des enchères. J’ai finalement trouvé une colocation avec un autre Français, dans l’Est de Londres. »

« À Londres, le coût de la vie constitue
toutefois l’un des principaux freins à l’installation. »

Malgré un coût de la vie nettement plus élevé, il estime avoir gagné en qualité de vie.
« La ville est plus étendue, moins dense, avec de nombreux espaces verts. On respire davantage qu’à Paris. » Il souligne également la diversité culturelle et un rapport au travail qu’il juge plus apaisé. Reste une contrainte structurelle : « La dépendance au visa et à un employeur sponsor crée une pression réelle. Et je sais que mon expérience serait très différente avec un salaire plus modeste », prévient-il.

Parcours d’entrepreneure française : « Être Française n’a jamais été un frein »

Installée à Londres depuis onze ans, Samantha Gnimavo incarne une expatriation durable, construite autour de l’entrepreneuriat. Nutritionniste et coach de santé spécialisée dans la santé des femmes, elle a fondé sa clinique en ligne, Happy Body Ltd, fin 2022.
« La simplicité des démarches m’a frappée. L’enregistrement de mon entreprise m’a coûté 12 livres sterling. » La principale difficulté concerne la fiscalité et la comptabilité avec le HM Revenue and Customs.

Boulangerie Paul à Londres
Boulangerie Paul à Londres

« Les chiffres ne sont pas mon point fort, mais, comparé à la France, la charge administrative reste limitée et l’impôt sur les sociétés, autour de 19 %, demeure raisonnable. »
Contrairement à certaines idées reçues, sa nationalité française ne lui a jamais porté préjudice.
« Le profil international est souvent perçu comme un atout. Être Française n’a jamais été un frein, bien au contraire. » En parallèle de son activité, elle s’apprête à rejoindre le Lambeth Council comme responsable de l’éducation nutritionnelle, afin d’accompagner enfants et parents vers une alimentation plus saine.

Parcours de cadre français dans la finance : « Londres offre des perspectives que la France ne permet plus »

Installé à Londres depuis six ans, Antonin attend la naturalisation britannique et n’envisage pas un retour à court terme. « La ville est chère, et débuter dans une petite chambre en colocation, même avec un bon diplôme, peut être déstabilisant. » Il considère néanmoins Londres comme un puissant accélérateur de carrière.

« La ville est chère, et débuter dans une petite chambre en colocation, même avec un bon diplôme, peut être déstabilisant »

« Les salaires dans la finance et la tech dépassent souvent de 40 à 60 % ceux de Paris. Pour certains profils, cela compense largement le surcoût du logement. » Il met en avant la diversité culturelle de son environnement professionnel et se dit confiant pour l’avenir, tant sur le plan de la santé que de la retraite, grâce aux systèmes de couverture privée et de capitalisation.

Insécurité : que disent réellement les chiffres ?

La sécurité demeure également un thème central du débat public britannique. Le maire de Londres, Sadiq Khan, appelle régulièrement à s’appuyer sur les données plutôt que sur les perceptions anxiogènes. S’il reconnaît des difficultés persistantes, notamment liées aux inégalités sociales et à la violence juvénile, il rappelle que Londres reste, rapportée à sa taille, une métropole relativement sûre. Le plan de lutte contre la criminalité 2025-2029 prévoit un renforcement de la police de proximité et une approche préventive fondée sur un modèle de santé publique.

Éducation française : plusieurs options, mais un coût élevé

Lycée Charles de Gaulle à Londres
Lycée Charles de Gaulle à Londres

Pour les familles françaises, la scolarité constitue un enjeu central.

Londres compte plusieurs établissements du réseau français ou bilingue, dont le Lycée Français Charles-de-Gaulle et le Lycée International de Londres Winston Churchill.

Ces structures offrent notamment une continuité avec le système éducatif français, mais leurs frais de scolarité élevés conduisent de nombreuses familles à se tourner vers l’enseignement public britannique ou vers des écoles bilingues privées.

Londres en 2026 : une destination toujours rêvée, mais plus élitiste

En 2026, vivre à Londres en tant que Français demeure une expérience riche, formative et porteuse d’opportunités, mais nettement plus exigeante qu’avant le Brexit. Contraintes administratives, pression économique et sélection par le niveau de revenu redessinent les trajectoires d’expatriation.

Pour les cadres de la finance et de la tech, les entrepreneurs, les couples bi-actifs sans enfants ou les jeunes diplômés cherchant une valorisation internationale de leur parcours, la capitale britannique conserve un fort pouvoir d’attraction. Pour les autres, elle apparaît de plus en plus comme une ville d’opportunités… à condition d’en avoir les moyens.

« On ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait pas où l’on va », écrivait Christophe Colomb. Pour nombre de Français, Londres reste cette promesse d’horizon. Mais en 2026, la capitale britannique n’est plus une porte grande ouverte : c’est un sas. On y entre encore, mais sous conditions, après sélection, et souvent au prix d’efforts durables. Cela en vaut-il la chandelle ? À chacun expatrié sa réponse.

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