Videos : Le Ministre de l’Economie annule son déplacement au Davos du Désert

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octobre 18, 2018 0 Par La rédaction

VIDÉOS – Le ministre de l’Économie et des Finances a annulé sa venue à la conférence économique prévue la semaine prochaine à Riyad. Une défection qui s’ajoute à une liste déjà longue depuis la disparition du journaliste Jamal Khashoggi en Turquie.

L’Arabie Saoudite continue de s’enfoncer dans la crise liée à la disparition de Jamal Khashoggi. Ce journaliste, très critique à l’égard du régime du prince héritier Mohammed Ben Salman, n’a plus donné signe de vie depuis son entrée au consulat saoudien à Istanbul, le 2 octobre. Et le retentissement international de cette affaire n’en finit pas de perturber l’organisation de la deuxième édition du sommet Future Investment Initiative, qui doit se tenir du 23 au 25 octobre à Riyad: véritable vitrine pour «MBS», qui compte l’utiliser pour vendre ses très ambitieux projets économiques censés moderniser son pays, la conférence fait face à des annulations en cascade depuis quelques jours.

 

Bruno Le Maire a annoncé ce jeudi qu’il n’irait pas à Riyad, estimant que «les conditions» n’étaient pas réunies pour sa venue. «L’essentiel, c’est que toute la lumière soit faite sur cette affaire». Le ministre de l’Economie et des Finances a tout de même rappelé que l’Arabie Saoudite restait un «partenaire stratégique» de la France malgré les tensions suscitées par la disparition de Jamal Khashoggi.

Du côté des entreprises françaises, Frédéric Oudéa, le directeur général de Société générale, a annulé sa participation à la conférence. Tout comme le Jean Lemierre, président de BNP Paribas, et Patrice Caine, PDG de Thales. En revanche, le patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy, et celui d’AccorHotels, Sébastien Bazin, maintiennent leur présence. Pour rappel, environ 80 entreprises françaises, en majorité des sociétés du CAC 40, sont implantées en Arabie saoudite.

Le patron d’Uber, Dara Khosrowshahi, a annoncé qu’il n’irait pas à Riyad «à moins qu’une série de faits considérablement différents n’émerge» sur la disparition du journaliste. Le fonds souverain saoudien avait pourtant investi 3,5 milliards de dollars en 2016 dans sa société de VTC. Le PDG de la banque américaine JP Morgan, James Dimon, sera également absent, de même que les dirigeants d’HSBC, Standard Chartered, Credit Suisse ainsi que ceux des fonds d’investissement Blackstone et BlackRock. Ford Motor a pour sa part annoncé que son président, Bill Ford, avait annulé une visite en plusieurs étapes au Moyen-Orient, dont une apparition à cette conférence.

Le milliardaire britannique Richard Branson, fondateur du groupe Virgin, a quant à lui annoncé le gel de plusieurs projets avec le royaume. «Si ce qui a été rapporté à propos de la disparition du journaliste Jamal Khashoggi est véridique, cela changerait radicalement les perspectives d’affaires de tous les Occidentaux vis-à-vis du gouvernement saoudien», a-t-il déclaré dans un communiqué. L’Arabie saoudite lui avait pourtant donné un poste de conseiller dans le tourisme et lui avait promis un investissement d’un milliard de dollars dans Virgin Galactic, sa compagnie de tourisme spatial. L’événement est aussi boudé par des médias comme le Financial Times, le LA Times, le New York Times, The Economist, Bloomberg et CNN . La directrice du FMI, Christine Lagarde, a également repoussé un voyage prévu au Proche-Orient, qui comportait une étape en Arabie saoudite et sa participation à ce Davos du désert.

D’autres entreprises ont maintenu leur participation tout en faisant preuve de prudence. Le géant allemand Siemens a par exemple fait savoir qu’il «surveillait la situation de près». «Si elles n’annulent pas purement et simplement leur présence à cette conférence, les entreprises pourraient choisir de se faire représenter à un niveau moindre. En s’affichant à cet événement, elles craignent une atteinte à leur image», précise au Figaro Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Sur les marchés, certaines d’entre elles sont déjà sanctionnées du fait de leur lien avec le marché saoudien. C’est le cas du géant japonais des télécoms SoftBank dont l’action a chuté lundi de 7,26% à la Bourse de Tokyo. Il y a quelques jours, Mohammed Ben Salman annonçait en effet son intention d’investir 45 milliards de dollars dans Vision Fund 2, le futur fonds d’investissement de Softbank.

En plus du risque concernant leur image, les entreprises redoutent les éventuelles conséquences de la récente escalade verbale entre Washington et Riyad. Bien qu’opposé à une limitation des ventes d’armes, Donald Trump a promis au royaume un «châtiment sévère» si sa responsabilité dans la disparition du journaliste était avérée. Le président américain a dépêché son secrétaire d’État, Mike Pompeo, à Riyad pour tenter de faire la lumière sur cette affaire. Le royaume a répondu qu’il se tenait prêt à répondre aux États-Unis par de «plus grandes» sanctions, laissant planer la menace d’une action sur les marchés pétroliers. «Il faut relativiser ces tensions entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite», assure toutefois Didier Billion. «Il pourrait y avoir des sanctions mais on ne peut pas imaginer que le soutien total et inconditionnel des États-Unis va se dissoudre prochainement», affirme le spécialiste. D’après ce dernier, la possibilité de voir «MBS» utiliser le pétrole comme arme de représailles semble aussi peu probable sur le long terme: «L’Arabie Saoudite peut agir sur ce levier, mais cela n’ira pas loin. Nous ne sommes pas dans la même configuration que lors du choc pétrolier des années 1970. Les autres membres de l’Opep l’empêcheront de prendre ses décisions seules. Et pour Mohammed Ben Salman, les enjeux sont trop importants».

Le prince héritier cherche à convaincre les grands patrons et investisseurs mondiaux de le suivre dans son ambitieux programme de transformation du pays. Baptisé Vision 2030, ce plan doit faire de l’Arabie Saoudite un géant du numérique et du tourisme, via des projets pharaoniques. «MBS» doit aussi convaincre les investisseurs de bien accueillir la mise sur le marché de 5% du géant pétrolier Aramco, qui pourrait rapporter pas moins de 100 milliards de dollars. Un temps envisagée pour cette année, cette opération a déjà été repoussée à fin 2020. «Les enjeux de ces projets sont colossaux pour de nombreux secteurs comme l’armement, le bancaire, le transport, l’agroalimentaire. Les entreprises veulent se positionner sur cet énorme marché. C’est la raison pour laquelle dans cette crise, la réalité économique va l’emporter. Ces groupes savent que la politique d’ultimatum ne fonctionne pas. S’ils s’en vont, d’autres prendront leur place», résume Didier Billion. «Malgré tout, Mohammed Ben Salman va peut-être comprendre que le sentiment d’impunité qui le caractérise peut lui jouer des tours».`

Mickael Plussy

18 Octobre 2018

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