Malgré la guerre en Iran, les valeurs « actions » américaines ont peu baissé et demeurent chères. Une correction pourrait intervenir à court ou moyen terme compte tenu des écarts croissants entre ces valeurs et la réalité économique et financière des États-Unis.
Un marché des actions portés par des crédits
Plusieurs indicateurs démontrent que le marché des actions américain est très cher. Le Price Earning Ratio (PER, ratio cours de l’action par le bénéfice par action) s’élève à 25 pour les entreprises de l’indice S&P500, l’indice des 500 premières capitalisations américaines atteint 28, soit un niveau supérieur à celui du début 2000 avant l’éclatement de la bulle Internet. Il est huit points au-dessus de sa moyenne de ces vingt dernières années. Le niveau du ratio CAPE de Robert Shillern ratio de la capitalisation boursière aux bénéfices lissés sur 10 ans est extrêmement élevé, 40 contre 20 en 2011. Le ratio CAPE a connu trois pics, août 1929 (31,5), août 2000 (42,9) et janvier 2026 (40,7)/ Après les sommets de 1929 et de 2000, les indices boursiers se sont effondrés.
L’encours de margin credit, le crédit avec appel de marge finançant des achats d’action, est en forte augmentation, plus de 1250 milliards de dollars en ce début d’année 2026, contre 600 milliards de dollars en 2023. Les accélérations de la distribution de margin credit (1999 – début 2000, 2006 – mi-2007, 2020-2021, 2025 et début 2026) annoncent toujours un violent repli des indices boursiers, qui est amplifié par les ventes d’actions qui sont rendues nécessaires par les appels de marge.
La correction du marché des actions peut être retardée par les politiques économiques menées par la Réserve fédérale et par l’administration de Donald Trump.
Le salut dans la FED
La Réserve fédérale pourrait continuer à baisser ses taux d’intérêt. Elle a par ailleurs renoué depuis le mois de décembre dernier avec le quantitative easing, ce qui contribue à faire baisser les taux d’intérêt à long terme. La diminution des taux directeurs sera différée le temps de la guerre en Iran qui provoque la hausse des prix de l’énergie mais elle pourrait reprendre assez rapidement avec la fin des combats. Les taux d’intérêt à long terme sont depuis la fin février orientés à la hausse, les acteurs de marché intégrant une prime d’inflation supérieure. Par ailleurs, ils anticipent des besoins de financement accrus en raison de l’augmentation des dépenses militaires.
Dans ce contexte, le déficit public américain qui a atteint 5,9 % du PIB pour l’année fiscale 2025, (5,3 % pour l’année calendaire) devrait augmenter en 2026, avec la mise en place du « One Big Beautiful Bill Act », la décision de la Cour suprême de supprimer certaines majorations de droits de douane et l’accroissement des dépenses militaires. Le déficit public devrait dépasser 5,9 % du PIB.
Le CBO estime que le One Big Beautiful Bill Act accroitra le déficit budgétaire de 3 400 milliards de dollars sur 10 ans (1,1 point de PIB chaque année). Le coût du remboursement des droits de douane annulés par la Cour Suprême pourrait augmenter le déficit public de 0,6 point.
Ces dernières années, les États-Unis ont recours à des titres court terme pour financer leur dette publique. Les Treasury Bills (de maturité de 1 mois à 1 an) représentent 21 % du financement et les Treasury Notes (de maturité de 2 à 10 ans) constituent 51 % du financement. Les Treasury Bonds (de maturité de 20 à 30 ans) ne comptent plus que pour 17 % du financement.

La maturité moyenne de la dette des États-Unis est de 5,4 ans, alors qu’elle est de 8,2 ans en France et en Allemagne, 7,6 ans en Espagne, et 7 ans en Italie. Une maturité moyenne courte de la dette publique implique une moindre pression à la hausse sur les taux d’intérêt à long terme. Cette option explique la volonté de Donald Trump de faire baisser les taux directeurs afin de réduire le montant du service de la dette.
Les stablescoins captent l’épargne du monde
Le Genius Act impose aux émetteurs de stablecoins de détenir des réserves à 100 % investies en bons du Trésor américain, ou en « repos » adossés à des titres du Trésor. Cette législation vise à assurer la sûreté du système des stablecoins en dollars et surtout d’amener la conversion en dollars de l’épargne des États étrangers, en particulier émergents qui placent leurs liquidités sur le marché américain pour se protéger des effets de l’inflation et de change.
Une correction du marché américain est probable au vu des niveaux de capitalisation et d’endettement atteints. Certes, depuis la crise des subprimes, les États-Unis ont échappé à un krach (la chute du cours avec le covid fut rapidement surmontée). La rentabilité des entreprises américaines pouvant compter sur d’importants gains de productivité a réussi à déjouer les prévisions les plus sombres. La politique monétaire de plus en plus expansionniste, la politique budgétaire stimulante, la politique de financement à assez court terme du Trésor des États-Unis, la captation d’épargne mondiale par le développement des stablecoins en dollars soutiennent le cours des actions américaines. Pour autant, les menaces d’une correction s’accumulent…
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Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.






















