Donald Trump est revenu à la présidence des États-Unis le 20 janvier 2025 avec un programme clairement affiché : “America First”, une politique économique et migratoire qui prétend protéger les travailleurs américains et renforcer la compétitivité nationale. Un an plus tard, les effets de cette orientation se font sentir dans les échanges économiques franco-américains, sur la vie des Français installés aux États-Unis, et dans la façon dont les questions de liberté d’expression touchent les étrangers dans un contexte politique plus tendu.
Une relation commerciale marquée par des tensions protectionnistes
Sur le plan économique bilatéral, les États-Unis restent un partenaire majeur pour la France. Historiquement, les échanges commerciaux sont importants, avec des secteurs comme l’aéronautique, les vins et spiritueux ou le luxe particulièrement exportateurs vers le marché américain. Cependant, depuis le début de 2025, l’administration Trump a renforcé des mesures protectionnistes qui ont modifié le contexte des échanges. Selon une note économique de la Banque de France publiée en septembre 2025, le taux moyen de droits de douane appliqué par les États-Unis a augmenté d’environ 14 points depuis janvier 2025, plaçant les importations françaises à un taux moyen estimé à environ 11 % contre 1,5 % en début d’année. Cette hausse est historiquement importante et significative pour les échanges transatlantiques.
« Emmanuel Macron a publiquement appelé à une suspension des investissements français aux États-Unis »
Ces mesures s’inscrivent dans une politique de droits de douane supplémentaires décidée par décret (souvent appelée dans la presse “Executive Order” sur les tarifs additionnels), visant à taxer davantage les importations étrangères pour favoriser la production américaine.
Pour la France, ces évolutions ont des conséquences économiques concrètes. Le marché américain est le premier pour de nombreux producteurs de vins français : Bordeaux, par exemple, y exporte une part significative de sa production. Sur ce segment, la simple perspective de tarifs additionnels a déjà généré de l’incertitude et des reports de décision côté producteurs, même sans application effective immédiate.
Sur le plan politique, Emmanuel Macron a publiquement appelé à une suspension des investissements français aux États-Unis tant que la clarification sur ces mesures n’était pas obtenue, estimant que maintenir des investissements massifs tout en subissant des tarifs élevés n’était pas cohérent pour l’économie française.
Migration et visas professionnels : un contexte plus contraignant
L’un des changements les plus structurants concerne les visas professionnels, notamment les H-1B, utilisés largement par les entreprises pour recruter des travailleurs étrangers hautement qualifiés. En septembre 2025, l’administration Trump a signé une proclamation imposant une taxe d’entrée de 100 000 $ par demande de visa H-1B pour les travailleurs hors des États-Unis, mesure visant à “lutter contre l’abus du système H-1B” et à protéger l’emploi américain.

Cette surcharge financière a été documentée comme un choc potentiel pour l’écosystème startup et les PME, qui dépendent souvent de talents internationaux, car elle pourrait rendre l’embauche de profils étrangers trop coûteuse pour des entreprises naissantes ou de moyenne taille. De plus, à partir de décembre 2025, le département d’État a élargi un contrôle des profils en ligne à la plupart des demandes de visas H-1B et H-4, exigeant que les candidats ouvrent leurs réseaux sociaux à l’examen administratif, un changement que des cabinets d’avocats spécialisés en immigration rapportent comme sans précédent et source de lourdeurs supplémentaires.
« En pratique, ces mesures peuvent ralentir les embauches internationales et dissuader certains talents de choisir les États-Unis »
Les grandes entreprises technologiques, conscientes des risques de retards et d’incertitudes, ont même recommandé à certains employés visa-porteurs d’éviter de quitter le pays temporairement, de peur de longues périodes hors des États-Unis lors des procédures consulaires. En pratique, ces mesures peuvent ralentir les embauches internationales, dissuader certains talents de choisir les États-Unis comme destination professionnelle, et forcer les filiales françaises à adapter leurs stratégies de recrutement et d’implantation.
Liberté d’expression sous pression
Un autre volet structurant de cette année de politique est la manière dont les questions de liberté d’expression et de discours public s’entremêlent aux politiques migratoires.
Depuis 2025, l’administration américaine a, à plusieurs reprises, souligné la priorité donnée à une lecture expansive de la liberté d’expression tout en liant de plus en plus étroitement l’accès au territoire à l’examen du comportement des personnes dans l’espace numérique. Selon le Washington Post, l’administration a étendu la surveillance des activités en ligne des demandeurs de visa, incluant étudiants, travailleurs et visiteurs, pour examiner tout contenu jugé « anti-américain », ce qui a conduit à des cas documentés de refus ou de révocabilité de visas dans certains dossiers.

Cette politique administrative, officiellement présentée comme une mesure de sécurité, a suscité des critiques importantes de la part de groupes de défense des libertés civiles, qui estiment qu’elle pourrait créer un climat d’auto-censure chez les étrangers souhaitant s’exprimer librement sur des questions politiques sensibles.
Sur la scène diplomatique, les tensions se sont également manifestées dans une dispute très médiatisée entre les États-Unis et l’Union européenne. Fin décembre 2025, l’administration Trump a interdit l’entrée de plusieurs responsables européens, dont l’ancien commissaire Thierry Breton, accusés par Washington de participer à une “censure extraterritoriale” via des réglementations numériques. Cette décision a été fermement condamnée par la France et l’Union européenne, qui l’ont qualifiée d’attaque envers la souveraineté réglementaire européenne.
Pour de nombreux Français vivant aux États-Unis, étudiants, journalistes, chercheurs ou entrepreneurs, ces évolutions des pratiques administratives soulèvent des questions concrètes : quel impact aura l’examen des profils numériques sur leur capacité à renouveler un visa ? Quel degré de critique politique peut être exprimé sans risque lors d’une visite à l’étranger ?
Continuité ou transformation ?
Plutôt qu’un effondrement immédiat, la première année de présidence Trump II est caractérisée par une transformation économique, administrative et diplomatique. La relation franco-américaine reste robuste sur le plan des échanges, mais elle se déroule désormais dans un cadre plus incertain, plus conditionnel et plus visible politiquement.
Pour les Français des États-Unis, ces changements ont des conséquences concrètes : des décisions d’investissement plus prudentes, des stratégies de recrutement international révisées, des procédures d’immigration plus lourdes, et un débat renouvelé sur la façon dont les libertés individuelles y compris d’expression s’exercent dans des contextes administratifs sensibles.
Ce bilan ne se limite pas à des chiffres et décisions politiques. Il illustre une époque où l’économie et la politique se mêlent étroitement, où les frontières du commerce se redéfinissent, où la mobilité internationale devient un terrain d’équilibre entre opportunités économiques et impératifs politiques.
Auteur/Autrice
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Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.
Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.
Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.
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