Trump et la constitution américaine

Trump et la constitution américaine

novembre 5, 2019 0 Par Marc Albert Cormier

Le journaliste et essayiste américain, Ted Stanger, avait déclaré à l’antenne lors d’une émission radio, qu’il y avait en France 66 millions d’experts de la politique américaine. En effet, les Français en sont très friands pour un tas de raisons : atlantisme pour certains, anti-américanisme primaire pour d’autres, mais aussi du fait que le Bureau ovale est le point focal de tant de films, documentaires et téléséries : le bureau présidentiel américain est un lieu de notre imaginaire collectif. Pourtant, en France, on n’arrive plus vraiment à suivre la politique américaine comme avant : c’est devenu si compliqué … et pour eux aussi !

Fait incontournable, Donald Trump est un des cinq présidents à avoir gagné grâce au fameux collège électoral sans avoir gagné le fameux « popular vote » ou vote cumulé à l’urne. Ce fut le point de départ d’une présidence hors normes et qui allait nullement se soumettre aux codes et pratiques établies. Fortement ancré dans un univers parallèle où les faits réels n’ont plus d’importance, Donald Trump n’a jamais cessé d’être l’acteur principal de sa série The Apprentice, où toutes les décisions sont prises par un seul homme, sans conseils, sans réflexion et surtout sans cadre de fonctionnement. Expert autoproclamé dans tous les domaines, il a fait fi des conseils des agents du renseignement, du réseau diplomatique et de l’administration de l’état fédéral. Dernier ingrédient : sa soumission béate face à certains hommes fort de la planète, notamment le dirigeant du Kremlin, dont le rôle dans l’élection de 2016 est loin d’être écarté.

Après plus de mille jours au pouvoir, Trump est désormais au centre d’une tourmente politico-judiciaire sans précédent, qui passera par la fameuse procédure d’impeachment. Les démocrates, majoritaires dans la Chambre des représentants ont entamé une procédure de destitution telle que prévue par la constitution suite à la révélation de très fortes pressions sur l’Ukraine : un financement et un soutien militaire en échange d’informations compromettantes au sujet du fils de son principal rival politique pour la prochaine présidentielle, Joe Biden.

L’opinion politique américaine, lassée par le flop médiatique et politique du rapport Mueller, pourtant si riche en faits avérés, ne suivait plus trop le quotidien des enquêtes de la Chambre des représentants.

La présidente de la chambre, Nancy Pelosi, refusait même d’entretenir l’idée d’une procédure d’impeachmentpost-Mueller. Pendant que certains démocrates jouaient au dames, Pelosi roquait, attendant un meilleur coup. C’est exactement ce qui est arrivé avec l’affaire ukrainienne : le nombre de témoins, la qualité de leurs témoignages, la gravité des faits avérés, l’anti-constitutionnalité des gestes posés par le président des Etats-Unis a déclenché par effet cliquet, la procédure dont rêvaient tous les démocrates depuis l’élection de 2016.

Certains prévoient qu’avant Thanksgiving, fin novembre, que la Chambre des représentants, aura préparé les chefs d’accusation contre le président Donald Trump. Une fois votés, ces chefs d’accusation ou articles of impeachment, seront alors envoyés au Sénat américain, alors contraint de se muer en tribunal politique. Tous s’accordent pour dire que la majorité républicaine du Sénat américain fera barrage, pourtant c’est bien mal connaître la nature de cette créature qu’est le sénateur américain.

Il faut bien comprendre que le parti Républicain américain est en très mauvaise posture. Malgré son soutien, jusqu’ici infaillible, envers son président, des failles apparaissent. Si le président du Sénat Mitch McConnell, voit que le parti va à sa perte, que la majorité sénatoriale est en danger et que le parti ne décolle pas dans les sondages ni pour la Chambre des représentants, ni pour la présidentielle, nous verrons émerger un scénario nixonien : Trump sera contraint à la démission par son propre parti. Trump quittera-t-il de son propre gré ? Poser la question, c’est en partie y répondre.

En revanche, si la procédure de destitution est désavouée par le Sénat, le président blessé fera de sa survie politique la clef de voûte de la prochaine présidentielle, arguant d’une immense machination politico-judiciaire contre lui par le fameux « deep state » ou l’appareil d’état. Ce sera alors une campagne politique terrible, certains y voient déjà la fin de la République, du moins celle que nous connaissons.

Ecrit par Marc Albert Cormier – Conseiller Consulaire des Français de Toronto/Ottawa

Afin de suivre le quotidien de cet impeachment depuis l’étranger ou la France, Marc Albert Cormier vous conseille la série de podcasts suivants :

Deadline White House avec Nicolle Wallace (MSNBC)

The 11th Hour with Brian Williams (MSNBC)

Article II: Inside Impeachment (MSNBC)

Inside Politics (CNN)

The Daily (New York Times)

 Can He Do That (Washington Post)

 

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