Une Seule circonscription ? Tour d’Horizon du vote des Français de l’étranger

Une Seule circonscription ? Tour d’Horizon du vote des Français de l’étranger

novembre 1, 2018 0 Par La rédaction

Alors que le Gouvernement s’apprête à annoncer l’établissement d’une seule circonscription pour les Français établis à l’étranger, découvrons en détail la complexité de ce vote.

En effet, nous profitions de la sortie du rapport sur les Français de l’Etranger de la fondation Jean-Jaures, et du  soutien de Jerôme Fourquet, un de ses principaux rédacteurs et commentateurs,  pour vous proposer un tour d’horizon du vote des Français de l’Etranger.

On recensait 1.264.000 Français établis hors de France à l’élection présidentielle de 2017, contre 385.000 en 2002. Une progression de 228 % en quinze ans quand, sur la même période, l’ensemble du corps électoral n’augmentait que de 15 %. Au sein de cette diaspora, Emmanuel Macron a été plébiscité: 40,4 % des voix dès le premier tour auprès de ces compatriotes vivant de plain-pied dans la mondialisation, parmi lesquels diplômés, cadres et personnes aisées sont surprésentés.

Hormis la très forte prime (+ 16 points) dont bénéficie Emmanuel Macron, François Fillon surperforme (6 points de plus que sa moyenne nationale) et dispose de 10 points d’avance sur Jean-Luc Mélenchon alors qu’ils furent au coude-à-coude en métropole. L‘autre différence majeure est le score très faible de Marine Le Pen, qui accuse chez les expatriés 15 points de retard par rapport à sa moyenne nationale et arrive derrière Benoît Hamon.

● La force de Macron en Europe

Défendant un modèle ouvert, Emmanuel Macron est apparu comme le candidat naturel des expatriés. C’est dans certains pays européens que le candidat au projet le plus proeuropéen a obtenu ses scores les plus élevés: 55,9 % en Allemagne, 52,2 % aux Pays-Bas, 51,1 % en Suède, 51 % dans la communauté française de Grande-Bretagne traumatisée par le Brexit ou bien encore 50,5 % au Danemark. Les expatriés ont également massivement voté pour un programme parlant aux cadres et aux milieux d’affaires et financiers. Ses scores ont été plus élevés dans les villes abritant des places financières: 45,6 % à Zürich contre 32,7 % à Genève, 58,7 % à Francfort contre 50 % à Berlin. C’est vrai aussi au Canada: 48,2 % à Toronto, 36,1 % à Montréal.

On soulignera encore que Macon enregistre ses meilleurs résultats européens, dès le premier tour, dans le nord du continent: 59 % à Düsseldorf, 57 % à Munich, 51,4 % à Londres et 52,2 % à Amsterdam, contre «seulement» 34,1 % à Athènes, 33,6 % à Lisbonne, 33 % à Naples ou 31,9 % à Séville. Les Français résidant dans les pays du sud de l’Europe, qui ont subi les politiques d’ajustements structurels demandées par les instances européennes, ont été moins sensibles à l’idéologie macronienne que leurs concitoyens vivant dans les États du Nord, bons élèves de la zone euro.

● Les diplomates pour Macron, des militaires avec Le Pen

L’analyse du vote des expatriés fait apparaître les tropismes idéologiques de différents groupes dont les comportements électoraux ne sont pas décelables dans l’Hexagone, ces groupes étant soit numériquement trop faibles pour être isolés dans des échantillons nationaux représentatifs, soit trop dispersés géographiquement. C’est le cas par exemple pour les fonctionnaires du Quai d’Orsay.

On observe un vote Le Pen particulièrement élevé à Djibouti, où est implantée l’une des principales bases militaires françaises

Pour approcher le vote de ce groupe, la fondation a isolé les 40 pays dans lesquels moins de 200 ressortissants français ont voté au premier tour de l’élection présidentielle. Ces pays très divers (les îles Fidji, le Salvador, l’Ouganda, le Sri Lanka ou la Mongolie par exemple) se caractérisent par l’étroitesse de la communauté française, communautés dont, au regard des faibles effectifs de votants, on peut penser qu’elles sont essentiellement composées par le personnel diplomatique.

Parmi cette catégorie, Emmanuel Macron arrive largement en tête avec 34,7 %, suivi par François Fillon (25 %), Jean-Luc Mélenchon (17,5 %), Benoît Hamon (9,6 %) et enfin Marine Le Pen (8,2 %), dont le positionnement nationaliste séduit peu dans ces milieux. Les militaires en revanche ont été plus sensibles au discours frontiste. On observe en effet un vote Le Pen particulièrement élevé à Djibouti, où est implantée l’une des principales bases militaires françaises. La fondation a aussi repéré également la présence de militaires dans les résultats aux Émirats arabes unis. Marine Le Pen n’obtient 4,9 % en moyenne dans les bureaux de vote de Dubaï, mais son score est nettement plus élevé (12,6 %) à Abu Dhabi, où est située une base abritant 900 militaires.

● Le match Macron-Fillon auprès des cadres supérieurs

Certains segments des expatriés étaient jusqu’à présent la chasse gardée de la droite. C’était le cas des pays producteurs de pétrole, où la grande majorité des communautés françaises est constituée de cadres et d’ingénieurs travaillant chez Total ou pour d’autres majors, ou des sociétés parapétrolières. Or, en 2017, si François Fillon a obtenu parmi ses meilleurs scores dans ces pays, Emmanuel Macron a souvent fait jeu égal avec lui.

De même, la communauté française en Asie, où les cadres bancaires, industriels et commerciaux sont nombreux, a certes accordé de bons scores à Fillon, mais Macron y a viré en tête. Dans certains pays, l’écart est amplifié, notamment au Japon, en Corée du Sud et à Taïwan, où le profil des expatriés est plus diversifié, avec une proportion significative de jeunes diplômés travaillant dans le secteur des nouvelles technologies et des start-up.

À l’appui de cette thèse, on notera qu’en Californie, dans les trois bureaux de vote de Palo Alto, cœur névralgique de la Silicon Valley, Emmanuel Macron a été plébiscité dès le premier tour par 59 % des expatriés, contre seulement 22 % pour François Fillon. Le candidat d’En marche! recueille également 50,8 % à Bangalore, fief du high-tech et de l’informatique indienne, contre une moyenne de 30,6 % dans ce pays. Le candidat de droite obtient le même score en Inde (30,4 %) mais est très nettement distancé à Bangalore (26,8 %).

Un zoom sur la Suisse (premier contingent de Français votant à l’étranger: 66.000 suffrages) confirme cette concurrence. François Fillon a conservé le soutien majoritaire de l’électorat très aisé et retraité ; il arrive ainsi en tête dans les bureaux de vote du centre de Genève et de la ville huppée et résidentielle de Nyon, en bordure du lac Léman. Tandis qu’Emmanuel Macron a été massivement choisi par les cadres bancaires et financiers ; il frôle la barre des 50 % au premier tour dans les bureaux de Bâle et de Zürich.

● Le Liban pro-Fillon, Mélenchon fort au Maghreb

Le contexte politique et historique ainsi que des prises de position de certains candidats sur des questions de politiques étrangères jouent également sur le comportement électoral des expatriés. On constate ainsi un survote massif en faveur de François Fillon au Liban. Ce vote traduit le poids de la communauté chrétienne franco-libanaise, population traditionnellement favorable à la droite et qui fut sensible au plaidoyer appuyé du candidat des Républicains en faveur des chrétiens d’Orient et à sa dénonciation du péril islamiste.

Le vote Fillon est extrêmement massif dans les bureaux de Beyrouth-Est (partie chrétienne) alors que l’écart avec Macron est moins important à Beyrouth-Ouest (partie musulmane de la ville). On observe également que ces quartiers ont davantage voté Mélenchon et nettement moins voté pour Le Pen que les bureaux situés en zone chrétienne. On retrouve également un survote pour Fillon et Le Pen à Jounieh, fief maronite, tandis qu’à Saïda et Tripoli, en zone musulmane, Macron et Mélenchon résistent davantage.

En Israël, les binationaux sont très nombreux parmi les Français de l’étranger. Ayant voté à 80 % pour Nicolas Sarkozy lors des précédents scrutins, ces Franco-Israéliens ont toujours plébiscité la droite en 2017 (60 % pour Fillon), mais un tiers d’entre eux a opté pour Macron. Les candidats Mélenchon (payant son soutien affiché à la cause palestinienne) et Le Pen (dont le parti demeure perçu par beaucoup comme antisémite) sont totalement marginalisés.

François Fillon, assumant sa volonté d’un dialogue constructif avec Vladimir Poutine, a obtenu 44 % de voix parmi les Français vivant en Russie. De la même façon, la déclaration d’Emmanuel Macron assimilant la colonisation française de l’Algérie à un crime contre l’humanité s’est révélée très rentable électoralement dans la communauté franco-algérienne.

Alors que son score oscille entre autour d’un tiers des voix au Maroc et en Tunisie, il atteint près de 52 % en Algérie. Ces chiffres montrent également l’audience résiduelle du FN dans cette partie du corps électoral et à l’inverse un tropisme mélenchoniste assez marqué ; tropisme que l’on retrouve en France dans les quartiers où la population issue de l’immigration maghrébine est nombreuse.

On constate enfin un survote Fillon au Maroc. Avec des scores particulièrement élevés à Marrakech et Agadir, communes très touristiques où habitent de nombreux retraités français, et des résultats nettement moins bon à Fès, Rabat ou Tanger où résident davantage de binationaux.

Le candidat des Républicains obtient également des scores très significatifs dans certains pays d’Afrique subsaharienne. Cela traduit la persistance des réseaux néogaullistes dans des pays historiquement très liés à la France. François Fillon devance nettement Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire et au Gabon et fait jeu égal avec lui au Congo et au Cameroun. Il est en revanche légèrement devancé par son concurrent au Sénégal, où ces réseaux sont moins puissants.

La rédaction

Article documenté auprès de la fondation Jean-Jaures et avec l’aimable soutien de Jerôme Fourquet

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