Présidente des Conseillers du commerce extérieur de la France (CCE), Sophie Sidos revient pour Lesfrancais.press sur le rôle de ce réseau de 4 500 dirigeants présents dans 152 pays, dont une majorité de Français de l’étranger. Diplomatie économique, accompagnement des PME à l’export et attractivité de la France, les CCE sont un des atouts stratégiques pour le rayonnement français. Dans un contexte économique complexe, le message aux entrepreneurs français est lancé par notre invitée : « Plus que jamais, nos entreprises doivent prendre conscience que l’international est la réponse. »
La mission des CCE
Lesfrancais.press : « Pouvez-vous nous présenter les Conseillers du commerce extérieur de la France ? Est-ce une spécificité française ? »
Sophie Sidos : « Les Conseillers du commerce extérieur de la France, une association que je préside depuis maintenant 3 ans, est un réseau de plus de 4500 chefs d’entreprises et grands dirigeants, répartis dans 152 pays et experts de l’international.
Nous sommes tous nommés par décret du Premier ministre, ce qui donne à notre mandat une portée officielle au service de la France. Notre objectif est de promouvoir notre rayonnement et renforcer les liens bilatéraux que nous entretenons avec nos partenaires internationaux. Nous le faisons à travers nos quatre missions qui nous ont été données : le conseil aux pouvoirs publics, l’appui aux entreprises, la promotion de l’attractivité de la France et la formation des jeunes à l’international.
« Les CCE sont d’ailleurs tellement enviés que certains pays s’essaient à l’importation de cette particularité Made in France »
Sophie Sidos, présidente des CCE
Le modèle des CCE est unique à la France. Disposer d’un réseau d’entrepreneurs qui s’engagent au service de leur pays avec une coopération si intriquée avec le Gouvernement et l’ensemble des acteurs à l’international (diplomatie, Business France, BPI, AFD…) est un atout clé pour conclure de nouveaux partenariats et renforcer notre rayonnement dans le monde. Les CCE sont d’ailleurs tellement enviés que certains pays s’essaient à l’importation de cette particularité Made in France. C’est le cas par exemple de la Grèce. »
Les CCE et les Français de l’étranger
Lesfrancais.press : « Les Français de l’étranger semblent naturellement concernés par le commerce extérieur. Quelle place occupent-ils aujourd’hui au sein des CCE ? »
Sophie Sidos : « Les Français de l’étranger occupent une place prépondérante au sein des CCE. Majoritaires dans le réseau (3000 CCE à l’étranger, 1500 en France), implantés dans plus de 150 pays, ils constituent un relais essentiel de la diplomatie économique française.

Grâce à leur connaissance des marchés locaux et à leur insertion dans les milieux d’affaires internationaux, leur rôle est central dans l’accompagnement des entreprises françaises à l’export, le conseil aux pouvoirs publics et le rayonnement économique de la France. »
Lesfrancais.press : « Les entreprises françaises, en particulier les PME, hésitent parfois à se projeter à l’international ou à implanter des filiales hors de nos frontières. Comment le réseau des Conseillers du commerce extérieur partage-t-il concrètement ses expériences pour lever ces possibles obstacles ? »
Sophie Sidos : « Plus que jamais, nos entreprises doivent prendre conscience que l’international est la réponse, tant dans une optique de diversification que de « dé-risking». Les règles du jeu se transforment, les équilibres sont remis en cause et les partenaires évoluent.
« Plus que jamais, nos entreprises doivent prendre conscience que l’international est la réponse »
Sophie Sidos, présidente des CCE
Lorsque nos entreprises veulent s’exporter, TPE comme PME, c’est là que nos CCE sont à leur disposition pour les accompagner. Notre mission d’appui aux entreprises est dédiée à cette situation et notre place en tant que membre de la TFE (Team France Export) décuple notre efficacité. En 2025, nous avons d’ailleurs signé plus de 800 conventions de mentorat (dispositif gratuit) pour aider nos entreprises qui souhaitent faire leur premier pas à l’international ou s’implanter dans un nouveau pays.
Les CCE sont présents dans de nombreux marchés depuis de nombreuses années et sont particulièrement qualifiés pour proposer un conseil, un contact et un accompagnement pour les PME désireuses de conquérir de nouvelles opportunités à l’international. Nos conseillers connaissent les marchés locaux, maîtrisent parfaitement les subtilités juridiques et culturelles de chaque pays et disposent de réseaux professionnels opérationnels sur place qui permettent de faciliter la mise en relation commerciale. »
Les objectifs des Conseillers du commerce extérieur
Lesfrancais.press : « Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et des accords commerciaux fluctuants, quels sont les objectifs prioritaires des CCE à court et moyen terme ? »
Sophie Sidos : « Nos objectifs restent inchangés et nous continuons à soutenir nos entreprises pour qu’elles puissent mieux anticiper les risques géopolitiques qui se multiplient (sanctions, instabilité régionale, barrières douanières…) et pour les aider à adapter leurs stratégies d’exportation. La parole que nous portons vise aussi à sensibiliser à la diversification des marchés. Elle est cruciale pour limiter la dépendance à certaines zones devenues sensibles.

Pour cela, notre action est multiple : veille stratégique sur les évolutions réglementaires, commerciales et politiques, partage fréquent d’analyses qui nous reviennent du terrain, appui à la diplomatie économique. Ce ne sont là que quelques exemples de la manière dont notre engagement se structure. Ces interventions nous permettent ainsi de mettre à disposition de nos acteurs notre connaissance fine de l’international au service de tous. Aussi, il nous semble essentiel de promouvoir la souveraineté française et européenne, un sujet qui nous tient à cœur. Identifier de nouveaux partenaires fiables, ce que nous faisons d’ailleurs avec la signature de nouveaux accords commerciaux bilatéraux, et encourager la diversification de nos chaînes de valeur sont essentiels pour notre souveraineté. »
Lesfrancais.press : « Les derniers chiffres du commerce extérieur publiés indiquent un solde négatif de 69,2 milliards, quelle est votre lecture de ces résultats ? »
Sophie Sidos : « Le solde négatif de 69,2 milliards d’euros en 2025 est en progression par rapport aux années précédentes et nous notons des performances en amélioration. Le déficit commercial s’est beaucoup réduit depuis 2022 (il a été exceptionnellement élevé : -161.7 Md€ du fait de la guerre en Ukraine). Si les progrès sont visibles, nous devons rester vigilants et continuer à favoriser l’export pour nos entreprises. Les chiffres continuent là aussi à être encourageants, la croissance de nos exportations étant plus forte que celle de nos importations (+2.5% d’une part et +0.7% de l’autre). Nous devons les valoriser. Certains secteurs à forte valeur ajoutée comme l’aéronautique ou la défense ont d’ailleurs contribué positivement à réduire le déficit.
« Il faut donc poursuivre l’accompagnement de nos entreprises à l’international »
Sophie Sidos, présidente des CCE
Certains secteurs attirent tout de même notre attention et les CCE maintiendront leur vigilance. C’est le cas du secteur agroalimentaire, qui pendant longtemps a été un atout structurel pour la France et a vu son excédent (22 Md€) tomber à un niveau historiquement bas (environ 200 M€). C’est aussi le cas du secteur de la Santé traditionnellement excédentaire, dont le solde est revenu à l’équilibre.
Il convient désormais, pour concrétiser la réduction constatée de notre solde négatif, de réduire nos déficits persistants avec certains pays et ce même si l’environnement international se complexifie (droits de douane, concurrence accrue, volatilité des taux de change…). Il faut donc poursuivre l’accompagnement de nos entreprises à l’international, renforcer les capacités de nos filières exportatrices et améliorer notre compétitivité. Ces éléments sont la clé vers le retour d’une balance commerciale plus équilibrée. »
La communication des CCE
Lesfrancais.press : « Comment les CCE communiquent-ils et valorisent-ils les actions de leurs membres ? Quels sont vos principaux canaux de diffusion ? »
Sophie Sidos : « Nous valorisons en premier lieu nos actions auprès de nos autorités en vertu de notre mandat. Association reconnue d’utilité publique, nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos autorités en leur faisant remonter les informations importantes en provenance du terrain.

Notre communication est dirigée aussi vers les entreprises, pour leur donner goût à l’international et leur faire prendre conscience des opportunités qui les attendent à l’export. C’est un travail que nous menons conjointement avec l’ensemble de l’écosystème de la Team France.
Nous valorisons également nos actions auprès du grand public pour informer et relayer les actions multiples de la France à l’international. Notre objectif, nous faire les humbles relais de notre excellence, nos savoir-faire et notre expertise que beaucoup nous envient à l’international. »
Comment devenir CCE ?
Lesfrancais.press : « Pour les Françaises et Français établis hors de France qui souhaiteraient rejoindre votre réseau, quelles sont les conditions et les démarches à accomplir ? »
Sophie Sidos : « Enrichir notre réseau de nouveaux profils est le meilleur moyen de continuer à apporter notre aide à nos entreprises à l’international d’une part et pour renforcer notre rayonnement d’autre part. Chaque candidature pour intégrer le réseau des CCE est soumise à l’approbation d’une commission d’examen à laquelle les pouvoirs publics (ministère de l’Économie et des finances et ministère de l’Europe et des Affaires étrangères) siègent et apportent un avis.
« Notre devise (…) notre passion la France, notre mission le monde. »
Sophie Sidos, présidente des CCE
Les candidats CCE doivent remplir un certain nombre de critères que je peux vous détailler et qui fixent leur éligibilité. Chaque candidat doit, entre autres, exercer des responsabilités en lien avec l’international (dirigeant ou cadre dirigeant d’entreprises, d’organisations professionnelles ou d’association) et contribuer au rayonnement de la France, justifier de cinq années au moins d’activité et de pratiques dans ces domaines, être de nationalité française ou de celle d’un État membre de l’UE et jouir de tous ses droits civils et civiques.
Si vous remplissez ces critères, nous serons ravis de pouvoir étudier votre candidature pour intégrer un réseau résolument engagé pour la France. Notre devise nous rappelle d’ailleurs au quotidien cet engagement qui est le nôtre : notre passion la France, notre mission le monde. »
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