Russie, il n’y a pas que le football dans la vie

Russie, il n’y a pas que le football dans la vie

octobre 21, 2018 0 Par La rédaction

Les autorités russes ont établi le bilan économique de la Coupe du monde de football qui a été remportée par l’équipe de France. Elle aurait permis une augmentation du PIB de 1 %. L’évènement aurait rapporté 12,5 milliards d’euros à l’économie russe entre 2013 et 2018. Entre 2013 et 2018, 315 000 emplois auraient été créés chaque année pour l’organisation de cette manifestations sportive qui a contribué à relancer l’économie. En effet, l’économie russe après avoir connu une forte récession en 2015 et 2016 a renoué, depuis, avec la croissance. Cette dernière est néanmoins décevante au regard des résultats passés. Si la Russie peut, depuis peu, compter sur le relèvement du prix du baril, elle est toujours confrontée aux effets des embargos décidés par les États-Unis et l’Union européenne en rétorsion à l’annexion de la Crimée intervenue en 2014. Du fait d’un éventuel durcissement des sanctions de la part de Washington, le rouble a connu une période de forte dépréciation, en perdant 13 % de sa valeur par rapport au dollar. La banque centrale russe a été contrainte de mettre un terme à son processus de baisse des taux afin de freiner la fuite des capitaux et l’inflation. La croissance économique de la Russie s’est élevée à 1,6 % en glissement annuel au premier semestre 2018. Elle a été soutenue par le dynamisme de la demande intérieure Elle a été portée par l’amélioration des revenus pétroliers. Les entreprises ont par ailleurs repris le chemin de l’investissement.

Un ralentissement économique est attendu en raison de la dépréciation du rouble, de la hausse des taux d’intérêt et de la hausse de la TVA qui devrait intervenir au 1er janvier 2019. La hausse de la TVA de 2 points de pourcentage sur le taux standard concerne 66,1 % des biens de consommation. Par ailleurs, 25,7 % des biens consommés seront affectés par une augmentation du taux de TVA de 10 à 20 %. Sur les huit premiers mois de l’année, la hausse des prix est restée contenue. Elle a atteint en moyenne annuelle, 2,4 %. Cependant, depuis le mois de juin 2018, les pressions inflationnistes ont légèrement augmenté (+3,1 % en août). La banque centrale a révisé à la hausse le taux d’inflation à 4 %. L’inflation devrait s’accélérer dans les prochains mois du fait de la hausse de la TVA et de la dépréciation de la monnaie. En outre, du fait du sous-investissement des dernières années, le taux d’utilisation des capacités de production est élevé provoquant des tensions tarifaires.

La situation des finances publiques reste très positive. Ainsi, sur les huit premiers mois de l’année, le solde budgétaire du gouvernement fédéral a enregistré un équivalent de 3,1 % du PIB. Quand il était en déficit il y a un an à la même époque, de 0,7 % du PIB. Pour l’ensemble de l’année, le ministère des finances projette un excédent d’au moins de 1,3 % du PIB mettant ainsi fin à une période de 6 ans de déficit. Cette amélioration est imputable en grande partie à l’augmentation des recettes pétrolières en hausse de 15 % en 8 mois). Il convient de souligner que le déficit budgétaire hors pétrole et gaz a baissé de plus de 11 % sur les huit premiers mois de l’année. Le déficit hors pétrole et gaz a atteint un plus bas en six ans. L’accroissement des recettes pétrolières et gazières a permis de renflouer le fonds de richesse nationale (« National Wealth Fund ») de 10 milliards de dollars. Son encours dépasse désormais 75 milliards de dollars. En fin d’année, il devrait bénéficier d’un apport de 38 milliards de dollars en provenance de la banque centrale.

Les autorités russes ont décidé d’accroître les dépenses publiques durant les trois prochaines années afin d’accélérer la mise en œuvre du programme de modernisation du pays. Par voie de conséquence, l’excédent budgétaire devrait se tasser. Il passerait de 1,8 à 0,8 % du PIB de 2019 à 2021. Le ratio des dépenses publiques rapportées au PIB devrait augmenter l’année prochaine de 1,1 point de pourcentage. Le programme de modernisation porte sur 7 % du PIB. Il devrait aboutir à la réalisation d’infrastructures, à accroître le niveau de l’éducation et à augmenter les dépenses de santé publique. L’objectif du nouveau gouvernement est d’élever le taux d’investissement de 21,7 % du PIB en 2017 à 25 % du PIB en 2024. Grâce à la bonne tenue des cours pétroliers, la Russie a enregistré un excédent de son compte courant de 6,7 % du PIB au premier semestre 2018 (contre 3,3 % du PIB un auparavant). En revanche, en dépit de l’amélioration des fondamentaux macroéconomiques, le pays a enregistré d’importantes sorties de capitaux après le durcissement des sanctions américaines. Les ventes d’actifs russes par les investisseurs étrangers ont atteint 17 milliards de dollars pour le seul 2e trimestre 2018. Ce montant est néanmoins bien plus faible que celui constaté au moment de l’annexion de la Crimée (entre le 3e trimestre 2014 et le premier trimestre 2015 elles s’étaient élevées à plus de 32 milliards de dollars par trimestre en moyenne). Malgré ces ventes d’actifs, les tensions sur le marché monétaire et sur la dette obligataire sont restées contenues. Entre avril et septembre 2018, les rendements à dix ans sur la dette du Gouvernement ont augmenté de seulement 100 points de base.

La menace la plus importante pour l’économie russe est actuellement liée à l’éventuelle adoption par le Congrès américain de deux projets de loi, le Deter Act et le Daskaa Act, qui limiteraient l’accès des banques publiques russes au marché en dollars et qui interdiraient aux investisseurs américains de détenir des titres de dette russe nouvellement émis. À l’heure actuelle, ces deux projets ont toutefois peu de chances d’aboutir faute de majorité au Sénat mais a situation pourrait changer après les élections américaines de mi-mandat. Ce risque pour la Russie doit être relativisé. Les besoins de refinancement de la dette extérieure, estimés à 79 milliards de dollars d’ici fin 2019, restent très largement couverts par les réserves de change qui s’élevaient à 373 milliards de dollars fin août. La Russie a d’importants besoins de capitaux pour moderniser son outil productif et ses infrastructures notamment dans les transports. Les projets avec les occidentaux étant bloqués du fait des embargos, les autorités russes se tournent de plus en plus vers les pays d’Asie. Ainsi, 7 des 40 milliards d’euros d’investissement dans les infrastructures pourraient être financés par des compagnies chinoises ou sud coréennes. Par ailleurs, Vladimir Poutine défend l’idée d’une « dédollarisation » des échanges commerciaux mondiaux.

 

extrait de Lorella Ecodata, lettre d’information économique confidentielle avec l’autorisation de son Président, Philippe Crevel, économiste

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