Révoltes ou révolutions mondiales?

Révoltes ou révolutions mondiales?

novembre 1, 2019 0 Par Laurent Dominati

« Mais c’est une révolte ? » demande le bon roi Louis réveillé par le Grand maître de sa garde robe, duc de La Rochefoucault-Liancourt, dans la nuit du 14 juillet. On connait la réponse : « Non, Sire, c’est une révolution ». Et au Liban, Irak, Algérie, Hong Kong, révoltes ou révolutions ?

Si les Libanais sont seuls, on peut être certain que l’argent des uns et les kalachnikovs des autres aura vite raison de l’extraordinaire chaine humaine libanaise. « Il faut une âme atroce pour verser le sang de ses sujets » écrivait Louis XVI pour excuser sa faiblesse. Nul ne doute de l’âme de Nasrallah, le chef du Hezbollah. Elle est de la trempe de celles d’Assad. Il y a de par le monde bien des puissants qui ne reculent pas devant une guerre civile.

Du Liban à Bogota, les manifestations ceinturent la planète. Chili, 18 morts, Guinée, 10 ; Equateur, 8 ; Irak, 150 ; Bolivie, 2 ; Ethiopie, 67. Il y aussi toutes les protestations qui, heureusement, n’ont pas leurs martyrs. Bolivie, Algérie, Hong Kong. On peut ajouter les protestations dans les pays Occidentaux : à Barcelone, ou en France, où les Gilets jaunes ont inventé la révolte hebdomadaire. Le déclenchement des protestations parait divers  mais est assez banal : hausse des tarifs publics (Chili, Equateur, France, Liban), corruption (Liban, Algérie, Honduras), élections truquées (Bolivie, Guinée, Algérie), demande de liberté (Barcelone, Hong Kong).

On peut analyser ces révoltes comme les éléments classiques déclencheurs de révolutions : refus des taxes, défi à l’autorité qui les impose, renversement du « système ».

Dans un monde unifié, où les nouvelles se répandent à la vitesse de la lumière quand elles accèdent à la visibilité, il faut se demander si cette contestation simultanée en différents points de la planète correspond à la mise en cause du « système »  mondial. La fin de l’ordre libéral américain, en somme.

En Occident, Greta succède aux Indignés, dont on retrouve la trace à Barcelone. Ailleurs, les peuples se révolteraient contre un impérialisme marchand qui ne conduit qu’à la pauvreté. On peut aussi défendre l’autre thèse : partout les peuples mettent en cause les pouvoirs corrompus, refusent les hausses d’impôt et la corruption, demandent plus de justice et de démocratie. La liberté reste le moteur. Alors ?

L’absence de thématique claire, les contradictions entre les revendications (entre ceux qui veulent la décroissance pour sauver la planète et ceux qui veulent plus de croissance pour augmenter leur salaire) laissent penser que ces manifestations ne sont que des phénomènes locaux, qui n’ont de commun que la facilité avec laquelle on amalgame les nouvelles, d’un tweet de Trump à un transfert de football.

D’un autre coté, ceux qui manifestent le savent. Ceux de Hong Kong attendent de passer à la télé à Londres. Et les Libanais, qu’on les regarde en France, et en Irak. Les Libanais ont déjà perdu s’ils restent seuls.

Il n’y a pas de mouvement de protestation mondial. Mais il y a une révolution mondiale. Quelque chose de profond, de dangereux, d’inédit : le pouvoir apparait obsolète. Les dirigeants sont ridicules. En grande partie impuissants. Les manifestants sentent que leurs impôts, leurs armées, leurs discours, sont d’un autre temps. Ils s’engagent là où ils vivent : sur Facebook, pas dans les partis ou les syndicats. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de répression efficace, (il n’y a qu’à voir l’Iran, l’Arabie saoudite, la Russie, la Chine, le Venezuela) mais que les foules met en demeure les puissants de ce monde de se légitimer, ce qu’ils ont peu capables de faire.

Ces révoltes locales et circonstanciées ne déboucheront – hélas ou tant mieux- que rarement sur des révolutions. Mais elles traduisent un renouveau de la désobéissance avec un courage devenu rare. Elles accusent un vide dans le discours des dirigeants. Elles témoignent d’une vraie révolution, très profonde, qui est la mise en cause des Etats, de leur autorité, de leur efficacité, avec la concurrence d’autres pouvoirs, l’interaction d’autres forces, d’autres pays et modes de pensée. Il y a une révolution mondiale, un esprit de révolte l’accompagne, lui résiste et l’anime. La forme classique du pouvoir est en cause, partout. Ce n’est qu’un début. Et ce n’est pas une mauvaise nouvelle.

Même si on ne peut qu’être inquiet pour ceux qui défit les kalachnikovs.

Laurent Dominati

A. Ambassadeur de France

A. Député de Paris

Président de la société éditrice du site “lesfrancais.press”

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