Alors que le financement de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) cristallise les tensions politiques, deux députés des Français établis hors de France s’opposent sur la lecture des chiffres. D’un côté, Karim Ben Cheïkh (Les Écologistes) conteste l’ « urgence budgétaire », et de l’autre, Frédéric Petit (MoDem), défend des chiffres différents qu’il affirme issus des rapports officiels. Mais derrière cette passe d’armes, il y a une question centrale : où trouver les chiffres de l’AEFE et que disent-ils réellement de l’état financier du réseau au moment où une réforme du réseau s’engage ?
AEFE : une réforme sous la pression budgétaire ?
L’année 2025 marque un tournant critique pour l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE). Lors du Conseil d’administration du 11 mars dernier, si un excédent de 3 millions d’euros a été annoncé, la réalité financière du réseau reste profondément dégradée. Cet excédent reposerait en effet sur des éléments exceptionnels : le décalage de 11 millions d’euros de bourses vers 2026 et le recouvrement ponctuel de 10 millions d’euros de créances.
« Il est essentiel d’insister sur le fait que le résultat budgétaire positif de + 3 M€ au compte financier 2025 de l’AEFE ne remet pas en cause la nécessité absolue de mise en œuvre des mesures adoptées par le CA du 18 décembre 2025 »
Communiqué publié par l’AEFE, 21 mars 2026
Un résultat qualifié de « trompe-l’œil » par l’AEFE dans un post publié le 21 mars sur le réseau LinkedIn. En effet, les fragilités budgétaires semblent donc réelles avec notamment une baisse de la subvention de l’État de 14 millions d’euros en 2025 et un déficit chronique lié aux pensions civiles, estimé à 66 millions d’euros par an.
Ainsi, dans ce communiqué publié par l’AEFE le 21 mars dernier sur le réseau LinkedIn et revenant sur les mesures financières prises à la fin de l’an dernier, l’agence précise : « Il est essentiel d’insister sur le fait que le résultat budgétaire positif de + 3 M€ au compte financier 2025 de l’AEFE ne remet pas en cause la nécessité absolue de mise en œuvre des mesures adoptées par le CA du 18 décembre 2025. »
Budget 2026 : une baisse enregistrée de l’aide de l’Etat
Autre point, selon les documents budgétaires officiels, la dotation consacrée aux aides à la scolarité bourses du programme 151 s’établit à 111,5 millions d’euros en 2025 contre 107,03 millions d’euros prévus en 2026, soit une baisse d’environ 4 % (Loi de finances 2026). Le montant, parfois communiqué, par les uns et les autres, de 102,88 millions d’euros pour 2025 correspond quant à lui à l’exécution réelle des crédits et non à la dotation votée par la loi de Finances (source AEFE Rapport de gestion 2025 – Compte financier 2025, daté du 2 mars 2026).

Quant à la subvention pour charges de service public (SCSP), elle s’élèverait à 396,09 millions d’euros en 2026, contre 410,92 millions en 2025, soit une baisse de 3,61 % (source AEFE Rapport de gestion 2025 – Compte financier 2025, daté du 2 mars 2026). Cette enveloppe comprend les frais généraux de l’agence mais aussi les dotations qu’elle attribue, principalement, aux établissements en gestion directe et à d’autres établissements partenaires ou homologués selon les conventions signées. Cependant, cette somme n’inclut pas les aides en faveur des bourses scolaires, évoquées plus haut.
Hausse des contributions et des frais de scolarité
Dans cette situation, l’Agence est donc conduite à mobiliser davantage les établissements. Dans ce cadre, le conseil d’administration du 11 mars 2026 a confirmé l’augmentation de leur contribution au financement des pensions civiles des anciens professeurs ou fonctionnaires détachés dans le réseau. Cela entraine mécaniquement une hausse de la contribution des établissements en gestion direct. Néanmoins, il a également été décidé de solliciter une participation des établissements partenaires pouvant atteindre 4 % de leur chiffre d’affaires.
Ces mesures s’inscrivent dans le prolongement des décisions du 18 décembre 2025, jugées indispensables pour prévenir toute impasse budgétaire. Dans la pratique, la plupart des établissements français à l’étranger, appelés à contribuer davantage, répercutent ces efforts financiers sur les familles. Il en résulte une hausse généralisée des frais de scolarité au sein du réseau, estimée en moyenne à environ 400 euros par élève pour l’année 2026.
« Il n’y a donc pas d’alternative possible à l’augmentation de ces contributions des établissements pour permettre de financer les dépenses obligatoires des services centraux, en particulier de masse salariale des personnels détachés. »
Communiqué publié par l’AEFE, 21 mars 2026
Dans ce même communiqué publié par l’AEFE le 21 mars dernier sur le réseau LinkedIn, l’agence stipule qu’« Il n’y a donc pas d’alternative possible à l’augmentation de ces contributions des établissements pour permettre de financer les dépenses obligatoires des services centraux, en particulier la masse salariale des personnels détachés. »
AEFE : des investissements revus à la baisse
Aussi, pour contenir ses dépenses, l’AEFE a notamment mis sur la table plusieurs hypothèses : une réduction des postes de personnels détachés, un recours accru aux recrutements locaux et/ou une limitation des détachements à environ 6 ans afin de freiner la progression de la masse salariale.

Pour contenir le budget 2026, l’agence a aussi mis sur la table la déprogrammation de 7 millions d’euros d’investissements immobiliers et un ralentissement général des dépenses dans les établissements en gestion directe. Malgré les ajustements, l’AEFE informe que la trésorerie se maintiendrait à un niveau critique.
C’est donc dans cet objectif d’assainir la situation que 3 mesures exceptionnelles ont été décidées au CA de décembre, mais elles ont le potentiel de produire des effets progressifs plus ou moins importants selon la catégorie d’établissement.
« Si les données comptables de l’exercice 2025 sont connues et arrêtées par l’agent comptable de l’agence, les données à venir de 2026 sont très largement inconnues »
En effet, les EGD, sous tutelle directe de l’AEFE, les ont en grande partie mises en œuvre déjà, et on a pu constater 8 % d’augmentation des frais de scolarité. Et cela alors que le dialogue de gestion entre Paris et ces établissements est tout juste en train de se terminer. Tandis que les effets budgétaires sur les établissements conventionnés se traduisent pour une contribution nouvelle qui est applicable au 1er septembre prochain, mais sous réserve que les conseils d’établissements approuvent les nouvelles conventions., idem pour les partenaires qui paieront s’ils signent la nouvelle convention avec l’AEFE.
Dès lors si les données comptables de l’exercice 2025 sont connues et arrêtées par l’agent comptable de l’agence, les données à venir de 2026 sont très largement inconnues. Nombre de comités de gestion jouent d’ailleurs la montre et la stratégie de la tortue prévenant le siège de l’AEFE Paris qu’ils ne signeraient pas. Vu les levées de boucliers, le tour de vis, mal nécessaire, devra être juste et accepté par tous ?
C’est donc dans ce contexte que se dessine la réforme de l’AEFE. Au-delà des positions, à ce stade divergentes, exprimées par les députés Karim Ben Cheïkh et Frédéric Petit c’est plus largement l’avenir de l’enseignement français à l’étranger qui se trouve aujourd’hui en débat. Parallèlement, une mission parlementaire sur ce sujet a été confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne. Une mission d’information est également en cours au Sénat, pilotée, entre autres,par Mathilde Ollivier (Les Écologistes) et Yan Chantrel (PS). Au final, y aura-t-il ou pas un consensus de trouvé ? Derrière les chiffres, c’est la réalité quotidienne de nos établissements scolaires et de la communauté éducative qui est en jeu.
Écouter les podcasts ou lire les interviews qui font le débat
Brice Bultot (FAPEE) appelle à plus de visibilité et de transparence dans les écoles françaises à l’étranger face à la réforme de l’AEFE.
Éléonore Caroit (ministre des Français de l’étranger) présente ses priorités : réforme de l’AEFE, avenir de la CFE et renforcement de la francophonie pour plus d’efficacité.
Hélène Conway-Mouret (sénatrice des Français de l’étranger) alerte sur une réforme AEFE trop comptable, qui fragiliserait le réseau et les familles modestes.
Jean Dayet (secrétaire de la section étranger du Snpden-Unsa (syndicat des personnels de direction)) critique la réforme de l’AEFE votée en décembre 2025 et met en garde contre ses effets sur les établissements et les familles.
Face aux inquiétudes sur la réforme de l’AEFE, la sénatrice Samantha Cazebonne prône la concertation pour rassurer parents et personnels.
Mathilde Ollivier et Yan Chantrel dirigent une mission d’information du Sénat sur l’avenir de l’AEFE en pleine crise de financement.
De 59 M€ de déficit à un excédent, Karim Ben Cheïkh dénonce une “urgence budgétaire” injustifiée et ses impacts sur les familles.
Frédéric Petit répond aux critiques de Karim Ben Cheïkh sur les chiffres et la transparence financière.
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