Ratés de la Protection sociale complémentaire (PSC) à l’étranger : la MGEN s’explique

Ratés de la Protection sociale complémentaire (PSC) à l’étranger : la MGEN s’explique

Si notre premier article publié dans Lesfrancais.press a pointé les dangers et les limites de la PSC, ou protection sociale complémentaire, moins protectrice et curieusement plus chère pour les familles, il convenait de poursuivre notre travail d’enquête pour mieux comprendre les enjeux et les conséquences de cette nouvelle couverture complémentaire. Outre cette analyse, nous avons aussi choisi de donner la parole aux responsables de la MGEN, une des deux mutuelles, avec la Mutuelle des Affaires Étrangères, à être en charge de la gestion du paquet étranger décrié. Face aux ratés de la PSC, la MGEN a donc accepté de s’expliquer.

Les syndicats et l’impact de la PSC

Cela devait en effet être une mesure de progrès social en matière de protection de la santé des fonctionnaires. En effet, la PSC, ou protection sociale complémentaire, prévoyait une aide de l’État pour l’ensemble des agents publics. Ceux du ministère des affaires étrangères et de l’AEFE inclus. Or, depuis que les adhérents à la MGEN ou à la MAEE découvrent le « paquet étranger », on alterne entre stupeur et incompréhension. Depuis le 1er janvier des milliers d’agents sont soumis à ce nouveau régime de PSC obligatoire. Il est d’ailleurs le fruit d’un texte signé le 24 août 2024 par les syndicats représentatifs des personnels et des autorités de l’AEFE et du ministère.

« Comment les syndicats ont-ils pu accepter un tel cahier des charges pour la PSC ? »

Les délégués MGEN (Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale) sont des représentants des adhérents mutualistes et élus au scrutin de liste. Ils ne sont donc pas des personnels MGEN en tant que tels mais siègent dans les instances de la mutuelle. Ils pointent la responsabilité des syndicats qui n’auraient pas identifié clairement l’impact de la PSC en matière de reste à charge pour les soins hors de France.

Pour Pierre Ory, qui est en détachement en Corée du Sud et élu MGEN « la vraie question dans l’histoire reste : comment les syndicats ont-ils pu accepter un tel cahier des charges – qui nous est imposé – avec un bornage de certains remboursements – dont l’hospitalisation – à 90% ? ». Lors d’un échange avec notre rédaction, il ajoute aussi « 10% non pris en charge représentent rapidement quelques milliers d’euros pour une hospitalisation lourde, voire bien davantage dans certains pays… C’est une charge difficilement supportable pour un particulier… et c’est légitimement source d’anxiété ». L’élu regrette par ailleurs que les syndicats n’aient pas joué leur rôle de « lanceur d’alerte » même s’il reconnaît qu’ils n’ont pas été à l’origine d’un cahier des charges rédigé par les ressources humaines du Quai d’Orsay et de l’AEFE.

« La PSC déstabilise toute la solidarité intergénérationnelle »

Pour Renaud Le Berre, délégué MGEN mais aussi élu à l’assemblée des Français de l’étranger pour l’Espagne, « le problème vient en effet de la négociation de la PSC. C’était pourtant au départ une avancée. Mais la PSC déstabilise tout le socle mutualiste et tout le socle générationnel. Il faut craindre que les mutuelles se transforment en structures privées. Il y a le problème de l’assurance des retraités par exemple. Avant avec la solidarité intergénérationnelle il y avait une solidarité réelle. La PSC a déstabilisé cet équilibre. Couvrir les retraités ne sera plus rentable. Et les partenaires sociaux ne l’ont pas vu immédiatement. L’urgence est de revenir sur les 90 pour-cent (seulement) d’hospitalisation. On va payer plus cher moins de couvertures. Puisqu’il faudra rajouter à l’assurance santé la prévoyance qui sera d’une trentaine d’euros supplémentaires. En cas d’accident grave à l’étranger le reste à charge sera extrêmement important et il n’y a pas d’offre de sur-complémentaire car ce n’est pas rentable. On doit donc s’inquiéter de l’application de la PSC et de savoir jusqu’à quand la MGEN gardera un équilibre financier. J’ai donc une inquiétude pour tous les fonctionnaires détachés »

La réponse de la MGEN à la nouvelle PSC

Saisis par des lecteurs qui sont adhérents à la MGEN notamment, nous avons voulu rentrer dans le détail d’une mesure qui produit de l’anxiété collective chez les assurés sociaux. Entre la communication de la MGEN pour les résidents de l’étranger jugée lacunaire par certains, et l’impact négatif lié au compte AMELI, nous avons pu interroger Mme Alexandrine de Vallois, directrice du développement, marketing, digital et prévention à la MGEN. Les réponses de la directrice attestent à la fois d’une volonté de préserver des mécanismes de solidarité, rappellent les contraintes du cadre réglementaire de la PSC.

Les hospitalisations hors de peuvent représenter un cout important
Les hospitalisations hors de peuvent représenter un coût important @adobestok

Il est admis aussi que cette transformation de la protection à l’étranger a généré des délais et des erreurs que les collaborateurs de la MGEN visent à résorber. Une analyse au long cours nous montrera si, au-delà de l’effet d’annonce, la qualité des prestations fournie par les deux mutuelles est au rendez-vous. Le sujet des 90 pour-cent en revanche pour l’hospitalisation et d’un reste à charge important reste sans solution pour l’heure.

« Tous les besoins qui s’expriment et qui ne seraient pas couverts, ou pas à la hauteur des attentes, vont forcément nourrir les réflexions des acteurs du dialogue social »

Lesfrancais.press : « Les adhérents que nous avons interrogés font part d’un réel mécontentement pour la PSC appliquée à l’étranger. Une couverture moindre (pour l’hospitalisation), l’absence de prévoyance et des tarifs en hausse (en particulier pour les ayants droit) alors que l’Etat prend en charge une partie de la cotisation. Entendez-vous ces critiques et comment y répondez-vous ? »

Alexandrine de Vallois : « La MGEN est une mutuelle de proximité avec une gouvernance démocratique ; ce qui implique une très grande écoute du terrain et de nos bénéficiaires. Pour nous chaque remontée est constructive parce qu’elle est singulière et nous permet d’appréhender des particularités qui peuvent nous aider à améliorer nos contrats. Il faut toutefois distinguer les couvertures individuelles des couvertures collectives, qui sont négociées lors d’un dialogue social et qui font l’objet d’un appel d’offres de la part de l’employeur.

Alexandrine De Vallois, directrice du développement, marketing, digital et prévention MGEN
Alexandrine De Vallois, directrice du développement, marketing, digital et prévention MGEN

La PSC c’est le principe d’une participation de l’employeur à hauteur de 50% de la cotisation dite « d’équilibre ». Autrement dit, c’est un partage agent/ministère, sur la base d’une prestation de complémentaire santé travaillée entre le ministère et les organisations syndicales. Notre rôle, en tant que mutuelle qui candidate à l’appel d’offres (avec notre partenaire MAEE), est de proposer une couverture qui obéit au cahier des charges imposé, la mieux disante possible. Le fait que nous soyons une mutuelle de l’économie sociale et solidaire, non-lucrative, favorise un prix au plus juste car nous ne rémunérons pas d’actionnariat.

« En l’espace de très peu de temps cela fait beaucoup de changements et nous savons à quel point chaque période de transition (d’un système à un autre) peut générer de l’inconfort »

Tous les besoins qui s’expriment et qui ne seraient pas couverts, ou pas à la hauteur des attentes, vont forcément nourrir les réflexions des acteurs du dialogue social qui ont en charge l’élaboration de cette complémentaire santé inédite par sa couverture et sa prise en charge employeur. Il est à souligner également que la mise en place de la PSC à l’étranger s’inscrit dans un cadre réglementaire strict, défini par le cahier des charges de l’appel d’offres. Dans ce contexte, l’intégration des mécanismes de solidarité essentiels ont été effectués. Par exemple, un fonds d’aide spécifique a été créé pour prendre en charge une partie de la cotisation de certains retraités. Cette mesure vise à atténuer l’impact financier pour une catégorie d’adhérents particulièrement vulnérable. »

La communication de la MGEN remise en cause

Lesfrancais.press : « La communication de la MGEN semble avoir été particulièrement lacunaire pour les personnes résidant à l’étranger : En effet la SEM s’est contentée d’adresser à ses adhérents le courrier type pour les adhérents hexagonaux dans le courant du mois de septembre. Ce courrier évoquait le passage à la PSC sans préciser les contours du nouveau « paquet » étranger. Il introduisait également le compte Ameli sans adapter la procédure d’ouverture à l’étranger : la mise à jour dans une pharmacie française de la carte vitale pour des personnes résidents à l’étranger étant en soi une contrainte. Comment expliquez-vous cette communication déficiente ? »

Alexandrine de Vallois : « Concernant le déploiement du contrat collectif, la communication a fait l’objet d’un travail approfondi avec les Ministères, afin de correspondre au mieux aux demandes des agents et d’apporter le plus de transparence possible. Le groupement MAEE / MGEN, conformément à son engagement dans l’appel d’offres, a animé des webinaires, en collaboration avec l’employeur permettant ainsi de répondre directement aux interrogations. Des webinaires spécifiques se sont également tenus pour les agents à l’étranger.

Soins de santé
Photo d'illustration

Concernant le régime obligatoire, une évolution majeure a eu lieu en novembre 2025, donnant lieu à des communications écrites et mails spécifiques pour les assurés à l’étranger. Des ajustements, au fil de l’eau, ont été apportés à cette communication ainsi qu’à la FAQ mise en ligne par MGEN : https://www.mgen.fr/aide-et-contact.

Aux premiers retours nous avons engagé des corrections dans notre communication. Notre premier devoir c’est de rendre l’information la plus disponible et lisible possible.

« Délais et difficultés de remboursement « nous avons conscience de cela ! »

En l’espace de très peu de temps cela fait beaucoup de changements et nous savons à quel point chaque période de transition (d’un système à un autre) peut générer de l’inconfort. Vous avez très certainement raison de dire que nous aurions pu nous rendre meilleurs sur notre communication à l’écrit. Nous avons dû trouver le point d’équilibre entre le trop et le trop peu, tout en renforçant nos équipes, extrêmement mobilisées, pour répondre au téléphone. »

Lesfrancais.press : « Les adhérents de l’étranger font remonter à l’heure actuelle des vraies difficultés sur les délais de remboursements et des erreurs de remboursement inhabituelles. Alors que la MGEN vient avec la Mutuelle des affaires étrangères de remporter un contrat PSC qui lui garantit un nombre d’adhérents conséquent comment expliquer ces difficultés ? »

Alexandrine de Vallois : « Oui nous avons conscience de cela, et nous tenons à vous rassurer : ce fut un état temporaire pour la bonne cause. La migration de notre système d’information vers un outil de la CNAM, a provoqué un délai d’attente supérieur à la normale, de quelques jours sur certains remboursements. Ce projet complexe, qui a nous a pris 3 ans de préparation, va permettre à terme de gagner du temps sur le traitement d’actes du quotidien ! Plus de 400 collaborateurs et collaboratrices se sont mobilisés pour résorber l’écart avec notre qualité de service habituelle et les délais devraient même s’améliorer à l’avenir. »

Lesfrancais.press : « L‘utilisation du compte Ameli semble avoir été repoussée de 6 mois. C’est une information reçue par certains adhérents qui ont écrit à la SEM mais qui n’a pas été diffusée très largement. Concrètement, quelle est la conséquence pour la procédure de remboursements ? »

Alexandrine de Vallois : « L’évolution des outils de gestion n’a eu aucun impact sur les remboursements au titre du régime obligatoire. Pour les assurés qui n’auraient pas la possibilité de créer leur compte Ameli, la MGEN, à titre exceptionnel, a laissé ouvert les espaces personnels actuels afin de permettre aux assurés de continuer à déposer de façon digitalisée l’ensemble de leur demande. »

La MGEN et Ameli

Lesfrancais.press : « Les adhérents saisiront-ils, comme avant, leurs demandes via le site de la MGEN sans passer par Ameli ? »

Alexandrine de Vallois : « Oui, dans l’attente de la création du compte Améli. »

Lesfrancais.press : « La part sécurité sociale et la part mutuelle feront – elles l’objet d’un seul versement ou de versements fractionnés ? »

Alexandrine de Vallois : « Les remboursements sont différenciés, un remboursement au titre du RO et un remboursement au titre du RC, comme actuellement. »

Lesfrancais.press : « Quelle est la répartition des rôles entre les deux mutuelles qui ont remporté le marché ? » 

Alexandrine de Vallois : « La Mutuelle des Affaires Étrangères et Européennes (MAEE) a remporté l’appel d’offres pour la couverture santé des agents du ministère de lEurope et des Affaires étrangères, et de ceux de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE). MAEE est l’apériteur sur le volet santé et MGEN est co assureur et gestionnaire du dispositif. »

Lesfrancais.press : « À ce stade le passage à la PSC pour l’étranger suscite des critiques, y compris, en interne, parmi les syndicats signataires de l’accord de fin août. Allez-vous revoir la gestion du paquet étranger ou les adhérents sont-ils condamnés à subir la situation pour les années à venir ? »

Alexandrine de Vallois : « Cela ne relève pas de notre niveau, nous avons répondu à un appel d’offres public dont le cahier des charges des prestations a donné lieu à un accord majoritaire* après une phase de négociations entre l’employeur et les organisations syndicales de la fonction publique d’État. » (*Accord collectif qui a été signé par les organisations syndicales représentatives au comité social d’administration ministérielle).

Auteur/Autrice

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire