Les projections macro-économiques de la Banque de France pour 2026

Les projections macro-économiques de la Banque de France pour 2026

Dans ses projections de mars 2026, la Banque de France confirme que l’économie française poursuit sa croissance à faible vitesse tout en évitant la récession.

Le plafond du 1%

Après une croissance de 0,9 % en 2025, le PIB progresserait encore de 0,9 % en 2026, avant de ralentir à 0,8 % en 2027 puis de remonter à 1,2 % en 2028. La croissance française demeure ainsi au-dessus de la stagnation, mais en dessous de ce qu’exigerait la réduction durable du chômage, la restauration des finances publiques ou le redressement de l’investissement.

Le scénario central de la Banque de France repose sur l’hypothèse d’un conflit au Moyen-Orient contenu dans le temps, avec un baril de Brent qui monterait à 92 dollars au deuxième trimestre 2026 avant de revenir autour de 70 dollars à partir de la mi-2027. Le gaz, lui, atteindrait 51 euros par MWh au deuxième trimestre 2026 avant de refluer vers 24 euros fin 2028. La Banque de France fait le pari d’un conflit borné dans le temps et ne croit pas à un emballement durable des prix de l’énergie. Elle admet néanmoins que le haut niveau des incertitudes. Dans son scénario défavorable, le pétrole passerait à 119 dollars le baril et le gaz à 87 euros par MWh ; dans le scénario très défavorable, le Brent atteindrait 145 dollars et le gaz 106 euros. L’économie française n’entrerait pas pour autant en récession, ce qui mérite d’être souligné. La croissance resterait positive à 0,6 % en 2026 dans le scénario défavorable et à 0,3 % dans le scénario très défavorable.

La guerre et l’inflation

L’inflation atteindrait 2,5 % dans le premier cas et 3,3 % dans le second. Dans le cadre du scénario central, l’inflation harmonisée remonterait à 1,7 %, après 0,9 % en 2025. L’inflation hors énergie et alimentation reculerait à 1,2 %, avant de remonter à 1,7 % en 2027 puis de revenir à 1,6 % en 2028. Pour la Banque de France, le choc inflationniste sera plus circonscrit qu’en 2022 lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La Banque de France rappelle qu’en février 2022 l’inflation française atteignait déjà 4,2 %, contre 1,1 % en février 2026. Elle souligne aussi que la dépendance européenne au gaz russe était bien plus forte à l’époque, avec 45 % des importations de gaz de l’Union provenant de Russie en 2021, quand aujourd’hui le marché du gaz liquéfié est plus diversifié, la demande de gaz a baissé d’environ 20 %, la part des renouvelables a progressé et la France est redevenue exportatrice nette d’électricité.

La remontée du prix des hydrocarbures devrait relever l’inflation de 0,8 à 1,6 point selon les scénarios. La situation de 2026 diffère profondément de celle des chocs pétroliers de 1973 et de 1979. Les anticipations d’inflation paraissent mieux ancrées, la politique monétaire est plus crédible, le système énergétique européen a partiellement diversifié ses sources, et l’inflation de départ était faible. Les États et les entreprises ont fortement limité les règles d’indexation.

Tarif pompe à essence
Image d'illustration

Pouvoir d’achat et consommation stables

Pour les économistes de la banque centrale, en 2026, le pouvoir d’achat serait stable. Le salaire moyen par tête n’augmenterait que de 1,9 % en 2026, après 1,8 % en 2025. Il progresserait davantage ensuite, soit 2,3 % en 2027 et 2,3 % en 2028, permettant un véritable redressement du revenu réel.

La consommation serait relativement étale en 2026. En raison de la hausse des taux et de l’incertitude, l’investissement des entreprises a été, de son côté, revu en baisse par la Banque de France. L’investissement des ménages pâtirait lui aussi de ce contexte. En 2026, l’investissement total progresserait de 0,7 %, mais cette moyenne masque une forte divergence : l’investissement public reculerait de 1,7 %, tandis que l’investissement des ménages augmenterait de 2,9 % après l’effondrement immobilier des années précédentes, et que celui des entreprises ne progresserait que de 0,7 %. En 2027, l’investissement des entreprises s’améliorerait à 1,5 %, avant 1,6 % en 2028.

Les exportations progresseraient de 3,5 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,9 % en 2028, tandis que les importations n’augmenteraient que de 0,7 % en 2026 avant 2,1 % puis 2,4 %. L’évolution des échanges pourrait être remis en cause avec la hausse du cours de l’énergie. Celle-ci pourrait peser sur les résultats du commerce extérieur.

De 7,7 % en 2025, le taux de chômage monterait à 8,0 % en 2026 avant de redescendre à 7,9 % en 2027 puis 7,7 % en 2028. Les créations nettes d’emplois seraient de 16 000 en 2026, après 34 000 en 2025, puis remonteraient à 67 000 en 2027 et 126 000 en 2028.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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