Vu de l’étranger, les élections municipales françaises semblent anecdotiques, surtout que les maires ne sont pas munis de grands pouvoirs en France où l’Etat jacobin reste le dernier décideur. Pourtant, le premier échelon, du pouvoir politique, est en charge de nombreux pans de la vie quotidienne de nos compatriotes restés au pays, l’école, la circulation, le plan d’urbanisme. Et c’est aussi une élection du cœur, puisque c’est avant tout l’action locale et la personnalité des candidats qui sont jugées. Cependant à quelques mois de l’élection présidentielle, c’est aussi un grand baromètre. Alors quelles leçons tirer de ce premier des élections municipales 2026 ?
Paris, le PS garde le leadership
Le premier tour des élections municipales 2026 à Paris a confirmé plusieurs tendances politiques marquantes. Emmanuel Grégoire, soutenu par une coalition PS-PCF-Les Écologistes, s’est imposé en tête pour la mairie centrale, devançant Rachida Dati, candidate de la droite (LR, MoDem, UDI). Ce scrutin a également révélé une forte fragmentation de l’électorat parisien, avec la qualification inattendue de Sarah Knafo (Reconquête) pour le second tour, illustrant la montée des forces politiques émergentes.
Dans certains arrondissements, comme le 8e, la droite s’est divisée, avec des candidats dissidents obtenant des scores significatifs, tandis que la gauche unie a su mobiliser son électorat. Le taux de participation, autour de 44 % à Paris, reste un enjeu majeur, reflétant un intérêt modéré pour ce scrutin malgré les réformes récentes du mode de scrutin, qui ont introduit une élection simultanée des conseillers d’arrondissement et de Paris. Ces résultats dessinent un second tour potentiellement très disputé, avec des alliances à construire et des reports de voix qui pourraient redessiner la carte politique de la capitale.
| Candidat | Liste/Parti | Résultat (estimation) |
|---|---|---|
| Emmanuel Grégoire | PS, PCF, Les Écologistes | 37,98 % |
| Rachida Dati | LR, MoDem, UDI | 25,46 % |
| Sophia Chikirou | LFI | 11,72 % |
| Pierre-Yves Bournazel | Renaissance et Horizons | 11,34 % |
| Sarah Knafo | Reconquête | 10,40 % |
Le RN, remportera-t-il la seconde ville de France ?
Le premier tour des élections municipales 2026 à Marseille a été marqué par un duel serré entre le maire sortant Benoît Payan (PS), qui arrive en tête avec 36,70 % des voix, et Franck Allisio (Rassemblement National), très proche avec 35,02 %. Ce scrutin a révélé une forte poussée du RN, qui frôle la victoire dans la deuxième ville de France, un phénomène inédit à Marseille. La participation, en hausse par rapport à 2020, s’est établie à 52,17 %, reflétant une mobilisation accrue des électeurs.
Les résultats soulignent également la fragmentation de l’électorat, avec des candidats comme Thomas Battesti (ex-Reconquête) obtenant des scores significatifs dans certains secteurs. La campagne pour le second tour s’annonce donc intense, avec des enjeux majeurs autour des reports de voix et des alliances possibles pour contrer la montée de l’extrême droite.
| Candidat | Liste/Parti | Résultat (estimation) |
|---|---|---|
| Benoît Payan | PS | 36,70 % |
| Franck Allisio | Rassemblement National | 35,02 % |
| Martine Vassal | Les Républicains et Renaissance | 12,40 % |
| Sébastien Delogu | LFI | 11,9 % |

Lyon, une ville divisée
A Lyon, ce premier tout a été marqué par un duel serré entre le maire écologiste sortant, Grégory Doucet, et Jean-Michel Aulas, candidat divers droite. Les deux hommes se sont retrouvés au coude-à-coude, illustrant une polarisation de l’électorat lyonnais entre une gauche écologiste en place depuis 2020 et une droite déterminée à reprendre la mairie.
Ce scrutin a également confirmé la vitalité des écologistes à Lyon, malgré un contexte national moins favorable pour le parti, et a révélé une participation modérée, dans la tendance observée dans les autres grandes villes. Les résultats soulignent l’importance des reports de voix et des alliances pour le second tour, qui s’annonce décisif pour déterminer la couleur politique de la troisième ville de France.
| Candidat | Liste/Parti | Résultat (estimation) |
|---|---|---|
| Grégory Doucet | Écologistes | 37 % |
| Jean-Michel Aulas | Divers droite | 36,70 % |
A Toulouse, la montée en puissance de l’extrême gauche
À Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc (divers droite) a confirmé la position de force du, arrivé en tête avec environ 37 % des voix. Cependant, la gauche, bien que divisée entre François Piquemal (LFI) et François Briançon (PS-PCF-Écologistes), représente un défi sérieux pour le second tour, puisque leurs scores cumulés dépassent ceux de Moudenc.
Ce scrutin a aussi révélé une dynamique inattendue pour LFI, qui devance le PS, traditionnellement dominant à gauche. La campagne pour le second tour s’annonce donc particulièrement tendue, avec des enjeux majeurs autour des reports de voix et de la capacité des candidats à fédérer au-delà de leur base électorale. La participation, bien que non précisée dans les sources, semble avoir été suffisante pour valider la représentativité de ces résultats.
| Candidat | Liste/Parti | Résultat (estimation) |
|---|---|---|
| Jean-Luc Moudenc | Divers droite (DVD-LR-RE-MoDem-Horizon) | 37,23 % |
| François Piquemal | LFI | 27,56 % |
| François Briançon | PS-PCF-Écologistes | 24,99 % |
A Nice, le duel entre le député et le maire sortant
À Nice, c’est la nette avance d’Éric Ciotti (UDR) qui fut l surprise. Soutenu par le Rassemblement National), qui arrive largement en tête avec 43,43 % des voix, devant le maire sortant Christian Estrosi (union de la droite), le député des Alpes-Maritimes est crédité de 30,92 %.
Ce résultat reflète un désir d’alternance chez les électeurs niçois, après 18 ans de mandat d’Estrosi. La gauche, représentée par Juliette Chesnel-Le Roux (PS-PCF-Verts), se maintient au second tour avec 11,93 %, tandis que la participation a connu une hausse significative par rapport à 2020, atteignant 53,91 %. Le second tour s’annonce donc comme un duel serré entre Ciotti et Estrosi, avec la question des reports de voix comme enjeu central.
| Candidat | Liste/Parti | Résultat (estimation) |
|---|---|---|
| Éric Ciotti | UDR, soutenu par le RN | 43,43 % |
| Christian Estrosi | Union de la droite (Horizons, LR) | 30,92 % |
| Juliette Chesnel-Le Roux | PS-PCF-Verts | 11,93 % |

Le RN s’installe petit à petit
Le premier tour des élections municipales 2026 a confirmé la progression significative du Rassemblement National (RN) à l’échelle nationale, avec une implantation renforcée dans des communes de toutes tailles, y compris dans de nouveaux territoires comme la Gironde, la Bretagne ou la Corse. Le RN a remporté une vingtaine de mairies dès le premier tour, principalement dans des communes de moins de 3 500 habitants, et se qualifie pour le second tour dans des centaines d’autres, souvent avec des scores dépassant les 10 %.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie d’ancrage local, avec des victoires symboliques comme celles de Louis Aliot à Perpignan (réélu dès le premier tour avec 51,4 %) ou de Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer. Cependant, dans les grandes villes, le RN reste en position de challenger, comme à Marseille où Franck Allisio est au coude-à-coude avec le maire sortant, ou à Nice où Éric Ciotti, allié au RN, devance largement Christian Estrosi.
Les enjeux du second tour sont majeurs : le RN mise sur des reports de voix favorables et sur la division de ses adversaires pour convertir ses positions de force en victoires, tandis que les partis traditionnels (LR, PS, Renaissance) et la gauche radicale (LFI) tentent de se mobiliser pour limiter sa progression.
Les alliances entre listes de gauche et les consignes de vote seront déterminantes, notamment dans les villes où le RN est en tête mais pas encore majoritaire. La capacité du RN à transformer ses scores du premier tour en victoires au second tour sera un indicateur clé de son influence croissante en vue de la présidentielle de 2027.
| Candidat | Ville | Résultat (estimation) | Issue du 1er tour |
|---|---|---|---|
| Louis Aliot | Perpignan | 51,4 % | Réélu dès le 1er tour |
| Franck Allisio | Marseille | ~35 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| Éric Ciotti | Nice | 43,43 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| Laure Lavalette | Toulon | ~40 % | Qualifiée pour le 2nd tour |
| Bryan Masson | Cagnes-sur-Mer | 50,21 % | Élu dès le 1er tour |
LFI, des résultats inattendus
Le premier tour des élections municipales 2026 a marqué une percée significative de La France Insoumise (LFI) à l’échelle nationale, avec des résultats inattendus dans plusieurs grandes villes et une capacité à se qualifier pour le second tour dans des communes où le parti était peu implanté en 2020.
LFI a notamment remporté des victoires symboliques, comme celle de Bally Bagayoko à Saint-Denis dès le premier tour, et se positionne en force dans des villes comme Toulouse, Paris, ou Roubaix, où ses candidats arrivent en deuxième ou troisième position.
Cette dynamique s’explique par une mobilisation accrue de l’électorat populaire et une stratégie de différenciation claire face aux autres forces de gauche. Cependant, les enjeux du second tour sont cruciaux : LFI devra réussir à nouer des alliances locales avec le PS et les Écologistes, malgré les réticences nationales de ces partis, pour contrer la droite et l’extrême droite.
La capacité à fédérer et à éviter la dispersion des voix de gauche sera déterminante pour transformer ces percées en victoires concrètes, notamment dans les villes où le RN est en tête.
| Candidat | Ville | Résultat (estimation) | Issue du 1er tour |
|---|---|---|---|
| Bally Bagayoko | Saint-Denis | Victoire | Réélu dès le 1er tour |
| Sophia Chikirou | Paris | 11,72 % | Qualifiée pour le 2nd tour |
| François Piquemal | Toulouse | 27,56 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| David Guiraud | Roubaix | 46,64 % | Qualifié pour le 2nd tour |
Renaissance et ses alliés en difficulté
Le premier tour des élections municipales 2026 a révélé des résultats contrastés pour Renaissance et ses alliés (Horizons, MoDem), avec une implantation locale inégale et une absence de stratégie unifiée au niveau national.
Le camp présidentiel, souvent en retrait ou en alliance avec les Républicains, a peiné à s’imposer comme une force dominante, à l’exception de quelques bastions comme Le Havre, où Édouard Philippe (Horizons) a confirmé sa position de leader avec plus de 43 % des voix.

Les enjeux du second tour sont donc cruciaux : il s’agira pour Renaissance et ses alliés de consolider leurs alliances locales, notamment avec LR, pour contrer la montée du RN et de LFI, tout en évitant la dispersion des voix. La capacité à négocier des désistements et à mobiliser l’électorat modéré sera déterminante pour limiter les pertes et maintenir une présence significative dans les grandes villes.
| Candidat | Ville | Résultat (estimation) | Issue du 1er tour |
|---|---|---|---|
| Édouard Philippe | Le Havre | 43,76 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| Pierre-Yves Bournazel | Paris | 11,7 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| Arnaud Robinet | Reims | 43,79 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| Jean-Michel Aulas | Lyon | 36,70 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| Violette Spillebout | Nantes | 11,14 % | Non qualifiée |
Le PS, sans LFI, résiste
Le Parti Socialiste (PS) a connu des résultats mitigés lors du premier tour des élections municipales 2026, avec une présence inégale selon les territoires. À Paris, Emmanuel Grégoire (PS, soutenu par les Écologistes et le PCF) arrive en tête avec près de 38 % des voix, confirmant la capacité du PS à fédérer une partie de la gauche dans la capitale. Cependant, dans d’autres villes, le parti a souvent été devancé par LFI ou le RN, comme à Marseille ou à Toulouse, où les candidats socialistes se retrouvent en troisième position.
Le PS a également subi des revers dans des communes où il était traditionnellement implanté, comme à Saint-Denis, perdue au profit de LFI. Les enjeux du second tour sont donc majeurs : le PS devra choisir entre des alliances locales avec LFI pour contrer la droite et l’extrême droite, ou maintenir une ligne plus autonome, au risque de voir ses candidats éliminés.
Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a d’ores et déjà exclu tout accord national avec LFI, mais des tractations locales pourraient émerger, notamment dans les villes où le RN est en tête. La capacité à mobiliser l’électorat de gauche et à éviter la dispersion des voix sera déterminante pour le PS, qui cherche à conserver ses bastions et à limiter les gains du RN et de LFI.
| Candidat | Ville | Résultat (estimation) | Issue du 1er tour |
|---|---|---|---|
| Emmanuel Grégoire | Paris | 37,98 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| François Briançon | Toulouse | 24,99 % | Qualifié pour le 2nd tour |
| Philippe Brun | Louviers | Résultat non précisé | En course pour le 2nd tour |
| Anne Vignot | Besançon | Distancée | Alliance avec LFI envisagée |

LR, un ancrage qui s’étiole
Les Républicains (LR) ont affiché une performance contrastée lors du premier tour des élections municipales 2026, confirmant leur ancrage dans certaines villes tout en subissant des revers face à la montée du RN et de LFI.
À Paris, Rachida Dati (LR, soutenue par le MoDem et l’UDI) arrive en deuxième position avec 25,46 % des voix, derrière Emmanuel Grégoire (PS) mais devant les candidats de LFI et d’Horizons-Renaissance. À Marseille, Martine Vassal (ex-LR) se qualifie pour le second tour, mais dans un contexte de quadrangulaire serrée avec le RN, la gauche et LFI. LR a également enregistré des succès notables dans des communes de taille moyenne, comme à Clermont-Ferrand où Julien Bony a créé la surprise en arrivant en tête.
Cependant, le parti peine à s’imposer dans les grandes métropoles, où il est souvent devancé par le RN ou la gauche. Les enjeux du second tour sont donc cruciaux : LR devra réussir à fédérer les voix de la droite et du centre pour contrer le RN, tout en évitant les divisions internes et en négociant des désistements avec Renaissance et le MoDem. Bruno Retailleau, président de LR, a appelé à un « grand rassemblement de la droite » pour maximiser les chances de victoire, mais la capacité à concrétiser ces alliances locales restera déterminante pour limiter les gains du RN et de LFI.
| Candidat | Ville | Résultat (estimation) | Issue du 1er tour |
|---|---|---|---|
| Rachida Dati | Paris | 25,46 % | Qualifiée pour le 2nd tour |
| Martine Vassal | Marseille | 12,40 % | Qualifiée pour le 2nd tour |
| Julien Bony | Clermont-Ferrand | En tête | Qualifié pour le 2nd tour |
| Ludovic Fagaut | Besançon | En tête | Qualifié pour le 2nd tour |
Auteur/Autrice
- Voir toutes les publications
L'AFP est, avec l'Associated Press et Reuters, une des trois agences de presse qui se partagent un quasi-monopole de l'information dans le monde. Elles ont en commun, à la différence de son prédécesseur Havas, de ne pas avoir d'actionnaire mais un conseil d'administration composé majoritairement d'éditeurs de presse.























