Pourquoi il faut investir dans le vin anglais ?

Pourquoi il faut investir dans le vin anglais ?

novembre 2, 2018 0 Par La rédaction

Les vendanges se font deux à trois semaines plus tôt en France qu’il y a trente ans. La hausse de la température va accélérer le phénomène et modifier le degré d’alcool des vins et leur acidité.

Et si les vignes quittaient la France pour la Suède, le Royaume-Uni ou la Pologne ? Un scénario catastrophe pour l’économie et pour le rayonnement mondial de la France. Le vin dans l’Hexagone, c’est 558.000 emplois, un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros, dont 60 % à l’exportation, et 12 millions de touristes par an, si on se limite à l’oenotourisme.

Les scientifiques rechignent à accréditer cette hypothèse, tout en reconnaissant que la vigne est une des cultures les plus sensibles qui soient aux variations climatiques. C’est même un marqueur essentiel du réchauffement de la planète. A vrai dire, « les cépages ont été sélectionnés en fonction de leur sensibilité au climat au fil des années « , explique, au site lesechos.fr, Jean-Marc Touzard,  chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Montpellier. « La vigne est le fruit d’un travail d’adaptation progressive sur des millénaires « .

« Les rendements ont plus que triplé en trente ans « 

Les chercheurs n’en sont pas moins extrêmement attentifs à ce qui se passe dans les vignobles et aux évolutions liées au réchauffement climatique depuis des années. Et ce qu’ils ont observé est tout à fait surprenant. Ainsi, le calendrier des vendanges a été très notablement changé. En l’espace de… trente ans, elles ont été avancées de deux à trois semaines dans tous les vignobles. Christophe Pichon, le président de la célèbre appellation « Condrieu », viticulteur dans la Loire, se rappelle que les vendanges de son enfance se faisaient entre la fin du mois de septembre et la première semaine d’octobre. « Aujourd’hui, on vendange du 5 au 15 septembre », dit-il au journaliste de lesechos.fr.        « Avec la hausse des températures, c’est tout le développement de la plante qui est accéléré », souligne Jean-Marc Touzard. Pour Christophe Pichon, 1°C suffit à bouleverser la vigne. « Les rendements ont plus que triplé en trente ans du seul fait des températures plus élevées de 10 à 35 quintaux/hectare en trente ans. Pour nous, le réchauffement climatique a été très positif « . Cela n’est pas vrai pour tous les cépages. Dans le bordelais, les étés plus chauds font du bien au Cabernet sauvignon, qu’on avait tendance à cueillir avant la totale maturité, alors que le Merlot, qui entre dans l’assemblage de bordeaux, est menacé, selon Jean-Marc Touzard dans les échos.fr

Des vin plus chargés en alcool

En fait, les températures ont augmenté de bien plus d’un degré au moment des vendanges car elles se font désormais en été. Si on considère que le mercure est monté de 1°C avec le changement climatique, il faut y ajouter les 3°C de plus liés à une vendange en août par rapport à septembre. « En 2050, l’hypothèse basse est une nouvelle hausse de 1 à 2 °C « , pour l’INRA. Il faut donc plutôt raisonner sur la base de 4 à 5 degrés de plus au moment des vendanges à cette date. Tout cela modifie sérieusement les paramètres du vin. Son taux de sucre, le degré d’alcool, les arômes… « C’est plutôt bien vu dans le bordelais. Cela peut poser des problèmes dans le languedoc et dans le couloir rhodanien, dont les vins sont déjà plus chargés en alcool « , dit Jean-Marc Touzard toujours dans lesechos.fr

Préserver le matériel végétal

En Bourgogne, on s’estime moins exposé au réchauffement du fait de la position géographique plus septentrionale du vignoble. Néanmoins, les évolutions sont là et une des difficultés à résoudre tient au fait que la région travaille surtout avec un seul cépage : le pinot noir, qu’il conviendra de protéger et d’adapter. Claire Naudin, vigneronne en Hautes-Cotes et productrice de crus tels que Echezeaux, Aloxe, Ladoix et Nuit-Saint-Georges, constate une élévation du degré d’alcool des vins dans la région de 12° à 13°.

Des vins écoeurants

L’INRA a fait goûter des vins préfigurant les changements climatiques à un panel de consommateurs. La majorité d’entre eux les ont préféré aux bordeaux actuels, malgré la moindre acidité, un degré alcoolique élevé (15 degrés) et en raison de leurs traits aromatiques plus marqués. Mais principalement lors du premier jour de dégustation. Au bout d’une semaine, ils ont manifesté leur écoeurement.

C’est donc aussi pour protéger les marchés des exploitants français que l’INRA travaille à la protection des vignes contre le réchauffement. Les moyens à disposition sont multiples, parfois immédiatement disponibles, comme le choix des parcelles les moins exposées à la chaleur sur une même exploitation. Au sein d’un même cépage, il existe aussi des variations génétiques permettant de contrer le stress hydrique et la perte d’acidité. Il est également possible d’adapter des cépages méditerranéens, espagnols, italiens ou grecs. Ou de croiser les cépages actuels avec des sauvages, dont l’INRA possède le plus grand conservatoire mondial avec… 2.500 variétés. De quoi offrir une batterie d’outils pour s’adapter à ce nouvel environnement.

Si le réchauffement climatique inquiète leurs confrères du sud de l’Europe, les viticulteurs anglais y voient au contraire une opportunité de produire davantage de vin, et d’une meilleure qualité, renouant ainsi avec une tradition ancestrale.

Outre-Manche, les viticulteurs ne voient pas d’un si mauvais œil le dérèglement climatique. Et pour cause, un certain réchauffement va de pair avec une plus forte production ainsi qu’avec une meilleure qualité.

« Le changement climatique nous est très bénéfique (…). Cela nous a vraiment aidés à nous développer », explique à l’AFP Chris Foss, directeur du département vin de Plumpton College, la première et unique école de viticulture britannique, qui a ouvert ses portes au milieu des années 1990. Tout un symbole pour un pays qui, il y a 30 ans, ne figurait même pas sur la carte des pays viticoles.

Depuis, on est passé de quelques vignobles à plus de 600, souligne Alistair Nesbitt, chercheur sur le climat et la vigne à l’université East Anglia (UEA).

Moins de maladies et moins de risque de gel

La plupart d’entre eux se situent dans le sud-est du pays (Surrey, Sussex et Kent) ainsi que dans le Hampshire (sud-ouest). Mais on voit aussi fleurir quelques domaines bien plus au nord, dans le Yorkshire et en Écosse notamment.

Les météorologistes prévoient aussi une augmentation des températures moyennes pendant l’hiver et le printemps, une baisse des précipitations en été, ce qui aide à contenir les maladies comme le botrytis et le mildiou, et une augmentation des températures minimales durant l’hiver et le printemps, ce qui signifie moins de gel tardif dangereux pour les récoltes.

Le pinot noir dans le viseur

Cette évolution du climat, associée à un sol calcaire, a largement bénéficié aux vins effervescents anglais, qui représentaient les deux tiers des plus de 6 millions de bouteilles produites en 2014.

« La qualité des vins effervescents anglais est très, très bonne« , constate Alistair Nesbitt , au diapason d’une industrie fière des nombreuses récompenses glanées à travers le monde ces dernières années. Consécration suprême, c’est un effervescent anglais, le Ridgeview Grosvenor 2009, que Buckingham Palace a choisi comme apéritif pour le dîner officiel donné fin octobre en l’honneur du président chinois Xi Jinping.

Déjà, certains vignobles produisent des pinots noirs de très grande tenue, souligne Chris Foss au Plumpton College. Il regrette toutefois que cela ne soit « malheureusement pas tous les ans le cas« , à cause d’un temps qui varie beaucoup et constitue un bémol à l’euphorie ambiante.

Alistair Nesbitt confirme que « les températures et les récoltes sont très variables d’une année sur l’autre. Le réchauffement n’est pas une ligne droite, il y a des hauts et des bas ».

La rédaction

Le 02 novembre 2018

 

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