S’installer à l’étranger est une aventure exaltante, mais c’est aussi une période de vulnérabilité. Entre la barrière de la langue, l’isolement social relatif et la méconnaissance des codes administratifs locaux, l’expatrié devient, souvent sans le savoir, une cible de choix. Pour les escrocs, le « nouveau venu » est une proie facile : il a besoin d’un logement, d’un travail, et cherche souvent à recréer un lien avec sa communauté d’origine. Pourtant, être loin de l’Hexagone ne signifie pas être sans défense. Pour éviter que les Français de l’étranger soient des proies idéales pour les escrocs, on vous propose un décryptage des pièges les plus courants.
Quels pièges guettent les expatriés ?
Les escroqueries ciblant les Français de l’étranger sont de plus en plus sophistiquées. Elles s’appuient sur deux leviers puissants : l’urgence et la confiance.
On commence par l’arnaque à la fausse offre d’emploi qui est sans doute l’une des plus dévastatrices. Avant même le départ ou dès l’arrivée, vous trouvez une offre d’emploi alléchante sur des réseaux comme LinkedIn ou Indeed. Les conditions sont parfaites, le recruteur est pressé. La mécanique est connue. Sous prétexte de frais de visa, de caution pour du matériel informatique ou de formation initiale, on vous demande de verser une somme d’argent.
Lorsqu’on cherche des revenus, on peut vous proposer une variante de cette arnaque, l’emploi pour la « réexpédition« . Cette fois, on vous recrute pour recevoir des colis et les réexpédier. En réalité, vous participerez à un réseau de blanchiment de marchandises achetées avec des cartes bancaires volées.
Les escrocs s’attaquent aussi à vous quand trouver un toit est la priorité n°1. Ces derniers postent des annonces avec des photos magnifiques à des prix compétitifs. Et le prétendu propriétaire explique qu’il ne peut pas faire de visite car il est en déplacement, mais qu’il y a « beaucoup de demandes ». Pour réserver le bien, il vous demande un virement via Western Union ou un dépôt de garantie immédiat. Une fois l’argent versé, l’interlocuteur disparaît.
Toujours plus « pervers », les gangs profitent de l’isolement. Ce sentiment peut pousser certains expatriés à chercher des contacts sur des sites de rencontre ou des groupes communautaires. Et l’arnaque peut commencer dès l’aéroport où un individu (souvent un compatriote feint) vous contacte en affirmant être bloqué à la douane ou dans une administration, ayant perdu ses papiers. Il vous demande une aide financière d’urgence en jurant de vous rembourser dès le lendemain. Mais l’escroquerie qui fait le plus de dégâts c’est celle aux sentiments. Par exemple, alors qu’une relation s’installe en ligne. Très vite, un drame familial ou un problème médical survient, nécessitant votre aide financière.
Enfin, dans certains pays, les escrocs se font passer pour des agents de l’immigration ou de la police. Ils vous appellent en affirmant qu’il y a un problème avec votre visa ou vos impôts et menacent d’expulsion immédiate si une « amende » n’est pas payée sur-le-champ par téléphone ou via un lien de paiement.

La culture de la vigilance pour se prémunir
La meilleure défense reste la prévention. Voici les règles d’or pour ne pas tomber dans le panneau :
Le principe de gratuité de l’embauche : En aucun cas un employeur sérieux ne vous demandera d’argent pour signer un contrat de travail ou pour des frais de dossier. Si on vous demande de payer pour travailler, fuyez.
Vérification systématique : Avant de verser un centime pour un logement, exigez une visite physique (ou via un tiers de confiance sur place). Vérifiez l’existence légale des entreprises via des registres officiels locaux.
Méfiance envers les modes de paiement anonymes : Western Union, MoneyGram, ou les paiements en cryptomonnaies et tickets Neosurf sont les outils préférés des fraudeurs car ils sont intraçables. Privilégiez toujours les virements bancaires classiques (IBAN) ou les plateformes sécurisées.
Protection des données : Ne transmettez jamais de copie de votre passeport ou de vos coordonnées bancaires par e-mail à un inconnu. Ces documents servent ensuite à usurper votre identité.
Utilisez les réseaux officiels : Pour vos démarches, fiez-vous uniquement aux sites se terminant par .gouv.fr ou aux sites officiels du gouvernement local.
Que faire si vous êtes victime ?
Si malgré votre prudence, vous avez été piégé, la rapidité de réaction est cruciale. Contrairement à une idée reçue, vous n’êtes pas seul et la justice française peut intervenir.
Première chose à faire, une fois le larcin constaté, c’est porter plainte immédiatement. Pour cela, rendez-vous au poste de police le plus proche pour déposer une plainte. C’est une étape indispensable pour vos assurances et pour que les autorités locales puissent agir. Et n’oubliez pas d’exiger une copie du procès-verbal (PV) ou au moins un numéro d’enregistrement, même si la langue est un obstacle (faites-vous assister par un traducteur si besoin).
Aussi, si le consulat ne peut pas mener l’enquête à la place de la police locale, il reste votre premier soutien. En effet, le personnel consulaire peut vous fournir une liste d’avocats francophones spécialisés ou vous orienter vers des associations d’aide aux victimes. Enfin, en cas de détresse financière totale suite à une escroquerie, il peut vous aider à contacter votre famille pour un transfert d’argent rapide.
Enfin, et c’est un point fondamental souvent méconnu : la loi pénale française est compétente dès lors que la victime est de nationalité française, même si les faits se sont produits à l’étranger (Article 113-7 du Code pénal). Vous pouvez déposer une plainte auprès du procureur de la République en France via le consulat ou par un avocat. Si vous n’avez plus de résidence sur le territoire national, le tribunal compétent sera le Parquet de Paris.

Pour les escroqueries sur Internet, vous pouvez utiliser la plateforme THESEE (Traitement Harmonisé des Enquêtes et Signalements pour les E-escroqueries) sur le site service-public.fr. Cela permet de porter plainte en ligne sans avoir à se déplacer. Et pensez au service France Victimes, joignable aux horaires français, au +33 1 80 52 33 76 (numéro accessible depuis l’étranger). Cette fédération d’associations propose une aide juridique et psychologique gratuite aux Français, où qu’ils soient.
Ainsi, si les expatriés sont des cibles de choix pour les escrocs en raison de leur isolement et de leur méconnaissance des pratiques locales, en restant vigilant, en vérifiant systématiquement les informations, et en connaissant les démarches à suivre en cas de fraude, vous réduirez considérablement les risques. N’oubliez pas : en cas de doute, consultez toujours un professionnel ou les autorités compétentes.
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Loic Pautou est un jeune Français parti en VIE au Vietnam et qui n'est jamais revenu. Propriétaire d'une agence de tourisme à Hanoï, il écrit aussi pour Lesfrancais.press et le Guide du Routard.
























