La PEEP Maroc attaque en justice l’AEFE sur les frais de scolarité, Abdellah Belemlih s’explique

La PEEP Maroc attaque en justice l’AEFE sur les frais de scolarité, Abdellah Belemlih s’explique

Les bras-de-fer perpétuels suscités par la hausse des frais de scolarité entre l’AEFE et les associations de parents d’élèves ne se traduisent plus par l’organisation de Sit-In devant les grilles des écoles françaises au Maroc. Ils prennent aujourd’hui une forme plus juridique après que la PEEP Maroc a décidé, le 11 février dernier, de saisir la justice française en France (Tribunal de Montreuil). Pour en savoir plus sur les raisons et les motivations qui ont conduit à une action en justice, Lesfrancais.press a interrogé Abdellah Belemlih, Président de l’association des Parents d’Élèves de l’Enseignement Public Français au Maroc. Pour lui, « les parents veulent avant tout comprendre clairement les raisons des hausses. »

Les parents d’élèves et la hausse des frais de scolarité

Lesfrancais.press : « Pourquoi avoir décidé d’instruire une action en justice en France pour dénoncer la hausse des frais de scolarité ? »

Abdellah Belemlih : « En tant qu’association de parents d’élèves qui représente plus de 3500 élèves, l’association des Parents d’Elèves de l’Enseignement Public Français au Maroc (PEEP FM) reproche d’avoir abusé de la confiance des parents et du caractère arbitraire dans la prise de décision de l’AEFE (agence pour l’enseignement français à l’étranger). Ces dernières années ont été marquées par un désengagement progressif de l’État français au niveau des EGD (Établissements en Gestion Directe). Les parents d’élèves sont considérés comme une variable d’ajustement budgétaire, appelés à compenser ce désengagement. Nous subissons, année après année, des augmentations successives, jusque-là de l’ordre de 3 à 4 %, pour atteindre 6% la rentrée prochaine sans visibilité sur les années à venir. Les augmentations de frais de scolarité ne sont annoncées que quelques mois avant le démarrage de l’année scolaire, ce qui n’était pas le cas auparavant.

« Les parents d’élèves sont considérés comme une variable d’ajustement budgétaire »

Parallèlement, on observe une réduction progressive des postes de personnels détachés à l’étranger, qui sont de plus en plus remplacés par des postes de droit local, suscitant des interrogations sur l’évolution des moyens humains consacrés à ces établissements.  Dans ce contexte, il est essentiel de noter que l’État a engagé un transfert progressif de la charge du fonds de pension des personnels détachés vers les établissements. Ce transfert représente 35 % dès l’année scolaire 2026-2027, puis 50 % en 2027-2028. Cette évolution structurelle a un impact direct sur les budgets des établissements et contribue mécaniquement à la pression à la hausse sur les frais de scolarité. »

Une action en justice contre l’AEFE, pour quoi faire ?

Lesfrançais.press : « Quels sont vos objectifs avec cette action en justice ? »

Abdellah Belemlih  : « La décision d’instruire une action en justice en France vise avant tout à obtenir davantage de transparence et de prévisibilité dans l’évolution des frais de scolarité, dont la hausse pèse fortement sur de nombreuses familles. Depuis plusieurs années, les augmentations successives suscitent une incompréhension croissante et un besoin légitime d’explications sur leur justification et leur trajectoire à moyen terme.
Abdellah Belemlih, Président PEEP Maroc
Abdellah Belemlih, Président PEEP Maroc

Pour la PEEP FM, cette situation ne peut être abordée sans un débat transparent sur le partage des responsabilités financières entre l’État, les établissements et les familles. L’action en justice ne vise pas à fragiliser le système éducatif, mais à clarifier le cadre de décision, s’assurer que les familles sont correctement informées et que les augmentations sont justifiées, proportionnées et prévisibles. Notre objectif est donc de défendre les intérêts des familles, tout en contribuant à un dialogue constructif et durable sur le financement du réseau éducatif, afin de préserver son accessibilité et son attractivité. »

Lesfrancais.press : « Êtes-vous convaincus de pouvoir avoir gain de cause auprès de la justice ? »

Abdellah Belemlih : « La démarche n’est pas d’anticiper la décision de la justice mais de faire valoir les droits et les préoccupations légitimes des familles. Nous estimons que les questions de transparence, de prévisibilité et de gouvernance dans la fixation des frais de scolarité méritent d’être examinées par le juge. Le recours vise avant tout à obtenir des clarifications sur le cadre dans lequel ces décisions sont prises. Les familles doivent pouvoir comprendre les facteurs qui expliquent les hausses et disposer d’une visibilité suffisante.

« La démarche n’est pas d’anticiper la décision de la justice mais de faire valoir les droits et les préoccupations légitimes des familles »

Dans ce contexte, il est également important de rappeler que l’État a engagé un transfert progressif de la charge du fonds de pension des personnels détachés vers les établissements, à hauteur de 35 % en 2026-2027 puis 50 % en 2027-2028. Cette évolution structurelle pèse sur les budgets et doit faire l’objet d’un débat transparent sur son impact pour les familles. Nous faisons confiance à la justice pour examiner ces éléments avec impartialité »

Objectif : défendre l’intérêt des familles

Lesfrancais.press : « Ce n’est pas la première fois que la PEEP Maroc saisit la justice française, je crois savoir que ce fut le cas en 2012 et vous aviez eu gain de cause, est-ce exact ? »

Abdellah Belemlih : En effet, la Cour administrative d’appel de Paris, saisie par la PEEP FM, avait prononcé l’annulation de la décision de la directrice de l’AEFE fixant les frais de scolarité applicables dans les établissements relevant du groupement de gestion de Casablanca /Mohammedia au titre de l’année scolaire 2012-2013.  Cette décision avait permis de rappeler l’importance du respect des règles dans les décisions qui ont un impact direct sur les familles.

« Je souhaite préciser que nous n'avons pas déposé de recours gracieux auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères »

Cette expérience montre que le recours au juge peut être un moyen légitime d’obtenir des clarifications lorsque les parents estiment que certaines décisions soulèvent des questions de fond. La démarche actuelle s’inscrit dans le même esprit. Défendre les intérêts des familles et veiller à ce que les évolutions financières soient pleinement justifiées, transparentes et compréhensibles. Je souhaite aussi préciser que nous n’avons pas déposé de recours gracieux auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

Lesfrancais.press : « Dans l’attente de la décision de justice, quel est l’état d’esprit des parents d’élèves notamment ceux qui sont concernés et qui seront impactés par la hausse de 6 %  a priori dès la rentrée prochaine ? »

Abdellah Belemlih : « Dans l’attente de la décision de justice, l’état d’esprit des parents est marqué à la fois par de l’inquiétude et par un fort besoin de visibilité. Pour les familles directement concernées par la hausse de 6 % qui pourrait être appliquée à la prochaine rentrée, l’impact financier est réel, d’autant plus que ces augmentations s’inscrivent dans une dynamique déjà observée ces dernières années.
Hausse des frais de scolarité, les élèves impactés
Hausse des frais de scolarité, les élèves impactés

D’une part, les parents souhaitent avant tout comprendre clairement les raisons de ces hausses qui n’améliorent ni l’état de l’infrastructure, ni la qualité de l’enseignement.  D’autre part, les parents aimeraient disposer d’une trajectoire prévisible des frais de scolarité.  Enfin, beaucoup expriment également un sentiment d’injustice face à des décisions qui pèsent directement sur leur budget familial. Les familles restent toutefois attachées à la qualité et à l’attractivité du réseau éducatif des EGD de l’AEFE. Leur attente est donc claire.  Davantage de transparence, de dialogue et de prévisibilité dans les décisions qui les concernent directement. »

Auteur/Autrice

  • Rachid Hallaouy

    Rachid Hallaouy est journaliste et éditorialiste installé au Maroc depuis 2006. Après avoir collaboré avec de nombreux médias en presse écrite (L’Economiste), électronique (Yabiladi) et audiovisuel (France 24), il a rejoint Luxe radio pour y lancer en 2011 un concept de débat d’idées traitant de sujets politiques et économiques.

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