Les pays occidentaux face au mur des déficits publics

Les pays occidentaux face au mur des déficits publics

Un grand nombre de pays de l’OCDE, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Japon, l’Espagne ou l’Italie, sont confrontés à des déficits publics importants. Ces pays éprouvent de plus en plus de difficultés à assainir leurs finances publiques après la survenue d’un choc. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : le vieillissement démographique, qui accroît les dépenses de retraite et de santé, le ralentissement, voire la disparition, des gains de productivité, la succession rapide de crises obligeant les pouvoirs publics à intervenir en permanence, ainsi que la montée du populisme rendant difficile l’adoption de réformes structurelles, par nature impopulaires.

L’accumulation des déficits publics se traduit et se traduira par une hausse des taux, qui aggrave la charge de la dette publique et privée. Elle pénalise l’investissement des ménages et des entreprises, réduisant à terme la croissance.

Des déficits publics à un niveau inédit

Le déficit public atteint des niveaux sans précédent malgré l’absence de choc extérieur majeur depuis 2022. Le déficit public américain pourrait cette année se situer autour de 7 % du PIB. Le déficit public de la France dépasse 5 % du PIB. Celui du Royaume-Uni est assez proche de ce ratio. L’Espagne comme l’Italie affichent des déficits supérieurs à 3 %. L’Allemagne, qui figurait parmi les bons élèves avec un déficit contenu autour de 2 points de PIB, devrait, avec l’engagement d’un plan d’infrastructures et de modernisation des armées, enregistrer un solde public négatif de près de 3 points de PIB en 2026. En revanche, le Japon pourrait afficher un déficit un peu plus faible, autour de 1,8 % du PIB, avec la fin des mesures de soutien à l’économie et grâce à une croissance plus soutenue que prévu.

L’incapacité à réduire les déficits publics s’explique de plus en plus par le vieillissement démographique auquel sont confrontés les pays occidentaux. Avec l’arrivée des générations du baby-boom à des âges élevés, les dépenses de retraite et de santé augmentent rapidement. En France, 50 % de la progression de la dette publique, soit 1 000 milliards d’euros entre 2017 et 2025, est imputable à ce vieillissement.

Le poids des Boomers

En 2025, la population de 65 ans et plus représentait 50 % de celle âgée de 15 à 64 ans au Japon, 40 % en Italie, 38 % en Allemagne, 31 % au Royaume-Uni, 28 % aux États-Unis et en France, et 27 % en Espagne.

Dans tous les pays occidentaux, la baisse du taux de fécondité (nombre de naissances par femme) s’est, depuis 2007, accélérée. Il est passé de 2 à 1,6 entre 2007 et 2025 aux États-Unis, de 1,9 à 1,6 en France, de 1,8 à 1,55 au Royaume-Uni, de 1,4 à 1,2 au Japon. En Espagne, il est passé de 1,4 à 1,1. En Allemagne, après avoir augmenté de 2007 à 2015, passant de 1,3 à 1,5, il est retombé, en 2025, à 1,4. La population active de l’Italie devrait baisser de 7 millions d’ici 2050. Celle de la France devrait diminuer d’ici une dizaine d’années.

La hausse du poids des retraités dans la population implique une augmentation spontanée des dépenses de retraite. En France, le nombre de retraités est passé de 5 à 17 millions entre 1981 et 2025. Il devrait dépasser 20 millions d’ici 2040. Par ailleurs, les dépenses de santé croissent fortement avec l’âge à partir de 60 ans.

Dépenses de santé en France par tranche d'âge en euros
Dépenses de santé en France par tranche d'âge en euros ©Cercle de l’Épargne – données Sécurité sociale

Le freinage des gains de productivité, et donc de la croissance du PIB, pèse sur le montant des recettes publiques et conduit, par ricochet, à une hausse des dépenses publiques.

Un plafond pour la productivité ?

La productivité ralentit dans tous les pays, particulièrement à partir du milieu des années 2010, à un moindre degré aux États-Unis. De 2002 à 2025, la productivité par heure travaillée a augmenté de 38 % aux États-Unis, mais elle n’a progressé que de 15 % au Royaume-Uni, de 18 % en Allemagne et de 11 % en France. Au Japon, la progression a été de 21 %, et de 20 % en Espagne. Elle a été nulle en Italie. La France et l’Italie se démarquent par une baisse de leur productivité depuis sept ans.

En permanence, les gouvernements sont contraints de stimuler la croissance, soit par des baisses d’impôts (États-Unis ou France), soit par des hausses des dépenses publiques. Les dépenses publiques sont orientées à la hausse dans la grande majorité des pays de l’OCDE. En Allemagne, elles sont passées de 48 à 52 % du PIB entre 2022 et 2025. En France, elles s’élèvent à 57 % du PIB. L’Italie, en mettant fin aux mesures de soutien aux entreprises, a réussi, entre 2022 et 2025, à réduire de quatre points de PIB le niveau de ses dépenses publiques, à 50 % du PIB en 2025.

La pression fiscale est en hausse en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, au Japon et en Espagne. Elle a légèrement baissé en France, passant de 46 à 45 % du PIB entre 2017 et 2025.

La succession rapide des crises a conduit les États à être de plus en plus interventionnistes. Les pays occidentaux ont été confrontés à la crise des subprimes en 2008, à la crise des dettes souveraines entre 2010 et 2012 pour les pays de la zone euro, à l’épidémie de Covid en 2020, à la guerre en Ukraine en 2022 et au retour de Donald Trump en 2025, avec la mise en œuvre de droits de douane.

Chaque crise a conduit à un recul de l’activité assez marqué en zone euro. L’Allemagne a ainsi connu une récession en 2023 et en 2024. À l’exception de l’Espagne, de la Pologne, du Portugal et des États-Unis, parmi les grands pays occidentaux, la croissance annuelle moyenne depuis trois ans ne dépasse pas 1 %.

De la crise budgétaire à la crise politique

Devant la montée du populisme, alimentée par un ressenti de dégradation du niveau de vie, les gouvernements peinent à rétablir les comptes publics. Plusieurs pays sont confrontés à des crises politiques à répétition. A deux reprises, la France n’a pas pu adopter dans les délais impartis sa loi de finances. L’Espagne ne dispose pas de budget depuis trois ans et la Belgique depuis plus de 600 jours. Les aides et baisses d’impôt décidées de manière temporaire sont pérennisées par crainte des réactions des populations.

Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon
Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon

Les déficits publics ne sont pas que le simple produit de choix budgétaires conjoncturels ou d’erreurs de pilotage économique. Ils constituent désormais le symptôme d’un déséquilibre plus profond, mêlant vieillissement démographique, affaiblissement des gains de productivité et instabilité politique chronique. Dans un monde marqué par l’incertitude et la succession de chocs, les États sont enfermés dans une logique d’intervention permanente, au prix d’une dégradation continue de leurs finances publiques. Faute d’un redressement durable de la croissance potentielle et d’un consensus politique sur la maîtrise des dépenses, le risque est grand de voir les déficits s’installer comme une norme, fragilisant à terme la soutenabilité de la dette et la capacité des économies occidentales à affronter les chocs futurs.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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