Paris : la coalition des volontaires à l’épreuve de la paix en Ukraine et de l’Histoire

Paris : la coalition des volontaires à l’épreuve de la paix en Ukraine et de l’Histoire

Demain 6 janvier, Paris accueille une réunion diplomatique à haut risque politique et stratégique. Autour de la table : les dirigeants de la coalition des volontaires, ce groupe d’États européens et alliés engagés depuis près d’un an dans le soutien actif à l’Ukraine. L’enjeu dépasse ainsi largement la seule recherche d’un plan de paix entre Kiev et Moscou. Il s’agit, pour la coalition, de mesurer sa capacité à peser sur le cours d’une guerre qui redessine l’équilibre géopolitique mondial ; et peut-être de préparer l’après-OTAN. La coalition des volontaires est mise à l’épreuve de la paix et de l’Histoire.

De Londres à Paris : une coalition née d’un vide stratégique

La coalition des volontaires voit officiellement le jour en mars 2025, à Londres, à l’appel du Premier ministre britannique Keir Starmer. Dans un contexte de flottement américain et d’essoufflement du multilatéralisme classique, l’initiative vise à rassembler les États prêts à aller plus loin que les déclarations de principe pour garantir la sécurité de l’Ukraine.

Les Etats membres de la coalition des volontaires sont : le Royaume-Uni, le Danemark, l’Estonie, l’Espagne, l’Italie, le Canada, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Norvège, la Pologne, la Finlande, la France, la Suède.

Dès l’origine, quatre lignes rouges structurent l’engagement commun : le maintien de l’aide militaire, la pression économique accrue sur la Russie, l’impératif de souveraineté ukrainienne dans toute négociation, et la construction d’un dispositif de sécurité crédible pour dissuader toute future agression. Autrement dit, une paix armée, assumée comme telle.

Kiev, 3 janvier 2026 : la paix, sans capitulation

Trois jours avant le sommet parisien, une réunion préparatoire s’est tenue à Kiev, réunissant des conseillers à la sécurité de quinze pays, des représentants de l’Union européenne et de l’OTAN, ainsi que des interlocuteurs américains à distance. Un peu effacée sur la scène internationale par l’opération américaine au Vénézuela, cette rencontre marque un moment de clarification politique.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky © AFP / Tetiana Dzhafarova

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky y a posé un cadre sans ambiguïté : oui à un compromis, non à la renonciation. « 90 % d’accord sur 100 % du plan », résume-t-il lors de ses vœux de nouvel an, tout en excluant toute concession sur les territoires occupés ou sur les garanties de sécurité à long terme. Le message est double : l’Ukraine veut la paix, mais se prépare à poursuivre la guerre si Moscou refuse toute base de négociation sérieuse. Cette fermeté s’accompagne d’un signal interne fort : remaniements au sommet de l’appareil sécuritaire et militaire, redéploiement des responsabilités clés, et volonté affichée de « redémarrage parallèle » de l’État en cas d’échec diplomatique. La paix, oui ; l’improvisation, non.

Une coalition face à deux silences : Washington et Moscou

À Paris, la coalition ne se contentera pas de dialoguer avec Kiev. Elle devra surtout composer avec deux acteurs majeurs aux positions floues, voire délibérément ambiguës : les États-Unis et la Russie. Du côté de Moscou, le président Vladimir Poutine affirmait le 17 décembre dernier que ses objectifs seront atteints « par la voie militaire » si les négociations échouent. Le langage reste celui du rapport de force, renforcé par des gains territoriaux progressifs et une pression militaire constante sur les civils ukrainiens.

« Pour la première fois depuis des décennies, la garantie ultime de sécurité collective apparaît conditionnelle »

À Washington, l’incertitude est plus politique que militaire. Les déclarations récentes du secrétaire d’État Marco Rubio, qui reste vague quant à l’automaticité de l’article 5 de la Charte de l’OTAN, ont agi comme un électrochoc en Europe. Pour la première fois depuis des décennies, la garantie ultime de sécurité collective apparaît conditionnelle, réversible, presque négociable.

Le test stratégique du 6 janvier

C’est là que la réunion parisienne prend une dimension historique. Pour les membres européens de l’OTAN engagés dans la coalition, il ne s’agit plus seulement de soutenir l’Ukraine, mais de démontrer une capacité autonome de dissuasion, de coordination et de projection stratégique.

La conférence qui se tient aujourd’hui, annoncée par le président Emmanuel Macron lors de ses vœux de fin d’année, doit déboucher sur des « engagements concrets » : contributions militaires, garanties de sécurité, mécanismes de suivi et séquence diplomatique crédible. En filigrane, une question obsède les chancelleries : la coalition peut-elle devenir le noyau dur d’un système de sécurité européen post-américain ?

Et si l’OTAN n’était plus l’horizon indépassable ?

Sans jamais le dire ouvertement, la coalition des volontaires explore désormais un scénario longtemps impensable : celui d’un affaiblissement durable, voire d’un désengagement stratégique des États-Unis vis-à-vis de l’Europe. Dans cette hypothèse, l’Ukraine ne serait plus seulement un État à défendre, mais le laboratoire d’une nouvelle architecture de sécurité européenne.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron est le premier dirigeant de l’OTAN à émettre aussi clairement l’idée d’entraîner des troupes sur le sol ukrainien. ©ANDRE PAIN/EPA-EFE

Paris pourrait ainsi marquer un tournant : non seulement la recherche d’un cessez-le-feu « juste et durable », mais l’esquisse d’un cadre alternatif à l’OTAN, fondé sur la volonté politique, la mutualisation des moyens et une lecture réaliste des rapports de force.

Une paix sous condition de crédibilité

La conférence du 6 janvier 2026 n’apportera sans doute pas la paix immédiate. Mais elle dira si l’Europe est capable de parler d’une seule voix quand l’histoire accélère. Face à une Russie inflexible et à des États-Unis hésitants, la coalition des volontaires joue sa crédibilité, et peut-être son avenir.

À Paris, demain, il ne sera pas seulement question de l’Ukraine. Il sera question de savoir si l’Europe est prête à se défendre, à négocier et à garantir la paix… seule, s’il le faut.

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