Offensive contre les mariages mixtes en Tunisie

Offensive contre les mariages mixtes en Tunisie

octobre 9, 2018 0 Par La rédaction

En juillet dernier l’avocat Fathi Laayouni a été élu maire du Kram, une commune du nord de ma Tunisie.  Islamiste conservateur,   il a  déclaré mi-août au micro de Mosaique FM avoir donné des instructions pour qu’aucun mariage d’une Tunisienne avec un non musulman ne se fasse sans preuve de la conversion de l’homme à l’Islam.   Il a aussi affirmé avoir pris des mesures pour  qu’aucun non arabe ne soir inscrit sur les registres de l’état civil.  Il a prononcé ces propos en marge d’une conférence sur la protection du Coran, la constitution et le développement équitable.

Les Tunisiennes n’ont la possibilité d’épouser des  non musulmans que depuis peu.   Le 14 septembre 2017, Béji Caïd Essebsi,  le Président de la République a abrogé les  circulaires administratives interdisant le mariage de Tunisiennes avec des non-musulmans.  Dans le cadre de mesures pour l’égalité entre hommes et femmes, le chef de l’Etat  entendait  instaurer l’égalité successorale entre hommes et femmes et lever l’interdiction frappant les mariages entre Tunisiennes et non-musulmans.  La mesure sur le mariage fut vite adoptée.

Cette mesure a mis la Tunisie à l’avant-garde des droits des femmes dans le monde musulman.  Le pays en est coutumier. Avec la réforme du code du statut personnel imposée dès l’indépendance en 1956 par le premier président du pays,  Habib Bourguiba, la polygamie avait été abolie, le divorce judiciaire substitué  à la répudiation, un âge minimum pour le mariage – 15 ans pour les femmes, devenu plus tard 18 ans –  avait été instauré  et  enfin  le consentement des deux époux lors du mariage avait été imposé.

L’interdiction des mariages mixtes  est une tradition ancienne en terre d’Islam.  Dans la Tunisie  pourtant progressiste de Bourguiba, elle a même été codifiée par une circulaire de 1973.  Avec son abrogation et l’autorisation des mariages mixtes,  le président Essebsi  a  voulu conforter son image de chef d’Etat moderniste, alors qu’il avait conclu une alliance gouvernementale avec les islamistes de Ennahda.

L’attitude du maire du Kram est  non  seulement un défi lancé au Président tunisien, qui se trouve confronté à des islamistes plus conservateurs, mais aussi une surenchère dans le camp islamiste.

La Rédaction

Le 03/09/2018

 

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