Nous sommes tous des réfugiés

Nous sommes tous des réfugiés

octobre 11, 2018 0 Par La rédaction

Le Pape François

 

Lors d’un déplacement de  quelques jours dans les Pays Baltes, le pape François a  évoqué, sans les nommer,  » les voix qui sèment la division et l’affrontement « , en instrumentalisant l’insécurité ou les conflits, ou « proclament que l’unique manière possible de garantir la sécurité et la survie d’une culture réside dans l’effort pour éliminer, effacer ou expulser les autres « .

C’est une mise en garde contre ceux qui voient dans le repli sur soi le seul moyen de sauver leur culture. C’est une référence non voilée aux pays anti-immigration d’Europe de l’Est.Cette nécessité de l’accueil des autres est même un devoir pour les chrétiens, a insisté le pape dans un autre discours.   Pour le chef de l’Eglise catholique, ne pas le faire, c’est refuser Dieu.   Mais le message du pape dépasse la simple condamnation du refus d’accueillir les migrants.

En effet le discours a été prononcé  à Kaunas, la deuxième ville de Lituanie, à l’occasion du 75e anniversaire de la liquidation du ghetto de Vilnius, les 23 et 24 septembre 1943.  Ce n’est pas anodin : le pape a voulu rappeler aux Européens  les horreurs du passé.  Plus de 200.000 juifs de Lituanie avaient été assassinés par les nazis, avec la complicité de certains habitants. La communauté juive du pays compte aujourd’hui 3.000 membres.  Il a demandé que l’holocauste soit enseigné aux nouvelles générations.

Le message du pape  est adressé aux dirigeants des pays de Visegrad: Hongrie, Pologne, Slovaquie et République Tchèque.  Ces pays d’Europe centrale, qui ont été pendant  40 ans sous la férule soviétique et communiste, sont  pour trois d’entre eux actuellement lesfers de lance  de la réaction  identitaire en Europe: Viktor Orban en Hongrie,  Andrjez Duda en Pologne   et Andrej Babis en République Tchèque.  Les 14.000 Français qui vivent en Pologne, Hongrie et République tchèque sont les témoins de l’évolution de la droite en Europe centrale. Ils assistent aux mesures de restriction des libertés prises au nom de la protection de l’identité nationale. Les instances européennes dénoncent d’ailleurs les violations de l’état de  droit  en Pologne et en  Hongrie.  C’est contre des mesures prises contre  l’indépendance de la justice et la liberté de la presse que la Commission européenne et le Parlement européenne ont réagi, comme les y autorisent les traités européens.

 

Le combat a aussi une dimension électorale. MM Orban et Duda dirigent l’offensive de l’Ultra Droite pour influencer la campagne des Européennes qui auront lieu en juin 2019  et faire émerger une droite sur le modèle de Donald Trump. L’ancien conseiller de Donal Trump, Steve Bannon  multiplie les efforts pour unifier les partis de « droite populiste et nationaliste » en Europe. On le voit aussi bien à Rome et Budapest qu’à Londres et Prague.    Cette recomposition est en oeuvre dans de nombreux pays européens  aidée par certains dirigeants locaux de la droite.  Tel est le cas de  Marion Maréchal et Laurent Wauquiez en France.

Le vote par le parlement européen le  11 septembre dernier d’une motion  sur la Hongrie a été l’occasion d’assister à la recomposition de la droite européenne et  française.  Il y a littéralement eu scission du Parti Populaire Européen.  On assiste ainsi à un soutien à Viktor Orban qui va du président de la délégation LR Christian Proust  aux élus du Front National en passant par Nadine Morano.  D’autres tels Arnaud Danjean (ancien Juppéistes)  ou Rachida Dati s’abstiennent …

 

 

En France, depuis quelques jours Eric Zemmour est omniprésentsur la scène médiatique pour la sortie de son livre. Sa polémique avec  Hapsatou Sy illustre bien sa volonté de mettre la question de l’identité au cœur du débat politiqueCe n’est pas tant la question des migrants qui est le cœur du problème que la question de l’identité. Essayiste et ancien chroniqueur au Figaro (1983-2000), Guy Sorman écrit dimanche  30 septembredans une tribune pour le journal Le Monde  « Eric Zemmour a élargi le champ de la haine« . Il accuse le polémiste d’être  le symptôme de la droite la plus décomplexée, qui s’attaque en révisionniste aux marqueurs de notre histoire contemporaine.    En écho à la mise en garde faite à Kaunas par le pape François, Guy Sorman, né en  1944 en France de parents juifs et apatrides, termine sa tribune par ce constat   » Il ne reste aux esprits faibles que le passé, malléable, dans lequel se complaire, infiniment ».

 

Guy Sorman

 

En 1968, face aux attaques  contre  Daniel Cohn-Bendit, les étudiants   inventèrent ce slogan « Nous sommes tous des juifs allemands »Cinquante ans plus tard, face à cette Ultra Droite, nous pourrions dire  » Nous sommes tous des journalistes hongrois »…« Nous sommes tous des réfugiés ».  

Tel est politiquement le message du pape François. Tel est le véritable enjeu des élections européennes : 30 ans après la chute du communisme,   75 ans après celle du nazisme, il faut se mobiliser pour gagner le combat contre l’ultra droite au nom des valeurs  judéo chrétiennes et humanistes de l’Europe.

Ayant franchi les frontières, les Français de l’étranger ne peuvent qu’être inquiets  et se mobiliser.

 

 

Jean Louis GIBAULT

Le 30/09/2018

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