Pour beaucoup de Français, le vendredi 13 évoque instantanément un mélange de frisson et d’opportunité. Entre la crainte de croiser un chat noir et l’irrépressible envie de valider une grille de Loto, cette date ne laisse personne indifférent. Mais qu’en est-il lorsque l’on vit à l’autre bout du monde ?
Que vous soyez installé à Tokyo, New York, Buenos Aires ou Madrid, la perception du chiffre 13 et du vendredi change radicalement. En tant qu’expatrié, comprendre ces nuances culturelles est essentiel pour s’intégrer et éviter les impairs. Plongeons dans le grand bain des croyances mondiales pour démystifier cette date si particulière.
L'Origine de la Paraskevidékatriaphobie
Avant de parcourir le globe, un peu d’étymologie et d’histoire. La peur du vendredi 13 porte un nom savant : la paraskevidékatriaphobie (Oui, le mot existe !). Cette peur irrationnelle puise ses racines dans un mélange de traditions religieuses et de faits historiques marquants en Occident.
Les racines sont avant tout bibliques mais aussi historiques. Ainsi, la Cène inspire cette superstition. Dans la tradition chrétienne, ils étaient 13 à table lors du dernier repas du Christ. Le treizième convive était Judas, le traître. En plus, le Christ aurait été crucifié un vendredi. L’association des deux éléments crée un cocktail explosif de mauvais augure. En France, il y aussi le vendredi 13 octobre 1307 qui résonne dans l’imaginaire collectif. Le roi Philippe le Bel fit arrêter, à cette date, les membres de l’ordre du Temple, marquant le début de leur fin tragique.
Pourtant, cette « malédiction » est loin d’être universelle. En traversant les frontières, on découvre que le danger ne se cache pas toujours là où on l’attend.
Europe : Entre chance insolente et prudence extrême
Vous le savez, en France, le vendredi 13 est une anomalie statistique. C’est le jour où la Française des Jeux enregistre ses plus gros pics de participation. On ne sait pas si c’est un jour de malchance, alors dans le doute, on tente de devenir millionnaire !
Par contre, si vous vivez à Madrid ou Athènes, ne soyez pas surpris si le vendredi 13 passe totalement inaperçu. En Espagne et en Grèce, le jour de la malchance est le mardi 13 (Martes 13). En effet, dans ces pays, le mardi est associé à Mars, le dieu de la guerre. Pour les Grecs, la chute de Constantinople a eu lieu un mardi. Un proverbe espagnol résume bien l’ambiance : « En martes, ni te cases ni te embarques » (Le mardi, ne te marie pas et ne t’embarque pas sur un bateau).
Du côté de Rome ou de Milan, le 13 est plutôt synonyme de chance. La véritable crainte des Italiens est le vendredi 17. En chiffres romains, 17 s’écrit XVII, ce qui est l’anagramme de « VIXI » (« J’ai vécu », donc « Je suis mort »).
Amériques : Le 13 est persona non grata
Aux États-Unis et au Canada anglophone, la peur du 13 est prise très au sérieux, au point d’influencer l’architecture et l’économie. Ainsi, dans la majorité des gratte-ciels de New York ou Chicago, l’ascenseur passe directement du 12e au 14e étage. En plus, les experts estiment que des centaines de millions de dollars sont perdus chaque vendredi 13 car des gens refusent de prendre l’avion, de signer des contrats ou même de sortir de chez eux.
Plus au sud, l’Amérique latine, riche de son mélange de cultures catholiques et de croyances indigènes, offre un panorama fascinant. Au Mexique, comme aux États-Unis, le vendredi 13 est redouté sous l’influence de la pop culture américaine (merci les films d’horreur !). De même au Brésil où le vendredi 13 est considéré comme un jour de mauvais augure, mais c’est aussi un jour important dans certaines religions afro-brésiliennes comme le Candomblé, où la couleur blanche est portée pour attirer la paix.
Asie : Le chiffre 4, le véritable ennemi
Enfin si vous êtes expatrié en Chine, au Japon ou en Corée, vous avez sans doute remarqué que le chiffre 13 n’émeut personne. Ici, c’est la tétraphobie (peur du chiffre 4) qui domine. Mais pourquoi le 4 ?
En mandarin, en japonais et en coréen, la prononciation du chiffre 4 est très proche, voire identique, au mot « mort ». Dans les hôpitaux et les hôtels, le 4e étage est souvent inexistant. On évite d’offrir des cadeaux par lot de quatre.
Le 13, en revanche, peut être considéré comme neutre, voire positif dans certaines combinaisons numérologiques.
Mais pourquoi sommes-nous si superstitieux ?
Même l’expatrié le plus rationnel peut se surprendre à toucher du bois avant un entretien d’embauche à l’autre bout du monde. Selon les psychologues, la superstition est un mécanisme de défense face à l’incertitude.
En expatriation, nous perdons nos repères habituels. Se rattacher à des croyances, qu’elles soient françaises ou locales, permet de reprendre un sentiment de contrôle sur un environnement inconnu. C’est une manière de créer du lien avec la culture d’accueil : partager une superstition, c’est partager une émotion collective.
Mais gardons tête froide, car le vendredi 13 n’est finalement qu’une construction culturelle. Ce qui est terrifiant à Paris peut être totalement banal à Bangkok ou festif à Rio. Pour un Français de l’étranger, ces croyances sont autant de fenêtres ouvertes sur la psyché de son pays d’adoption.
Alors, ce vendredi 13, allez-vous rester sous la couette ou tenter votre chance ? Dans tous les cas, rappelez-vous que la plus belle chance est celle que vous avez saisie en partant vivre votre aventure internationale.
Récap des superstitions
| Pays / Région | Jour/Chiffre Maudit | Comportement à éviter |
|---|---|---|
| France | Vendredi 13 | Mettre le pain à l'envers sur la table. |
| Espagne | Mardi 13 | Se marier ou voyager ce jour-là. |
| Italie | Vendredi 17 | Organiser un événement important. |
| Chine / Vietnam | Chiffre 4 | Offrir une horloge ou des objets par 4. |
| Russie | Pas de chiffre spécifique | Siffler à l'intérieur (on risque de perdre son argent). |
| Brésil | Vendredi 13 | Laisser traîner son sac à main par terre (ruine assurée). |
























